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A Malabo, les habitants regrettent le Djibloho, « bateau du peuple »

« C’était le bateau du peuple »: à Malabo, capitale insulaire de la Guinée équatoriale, la mise à la retraite, pour raisons de sécurité, du seul bateau public reliant l’île à la partie continentale de ce pays d’Afrique centrale désole les habitants et bride le commerce.

« J’ai été coincée deux semaines à Bata faute d’argent parce que le cargo ne fonctionnait plus », raconte à l’AFP Reïna Nesefumu, une cuisinière qui a finalement réussi à quitter la capitale économique, sur la partie continentale, pour rejoindre Malabo.

« Ma soeur a dû m’envoyer de l’argent. Cela n’arrivait pas quand le Djibloho fonctionnait encore », explique-t-elle.

Pendant plus de vingt ans, le Djibloho, cargo long de 104 mètres, a permis aux Équato-guinéens peu fortunés de voyager entre Malabo, la capitale du pays située sur l’île de Bioko, et Bata.

A chaque traversée, plus de cinq cent passagers embarquaient à son bord, les bras chargés de colis et marchandises en tout genre.

En période de vacances scolaires, le pont grouillait même d’étudiants et d’élèves partis rejoindre leur famille d’un côté ou de l’autre du golfe de Guinée. Leurs tickets étaient entièrement financés par le gouvernement.

Mais depuis plus d’un mois, le vieux cargo à la peinture bleu décrépie n’effectue plus son aller-retour hebdomadaire.

Sa mise à quai s’est faite au grand dam de la population, pour qui le Djibloho représentait un service public substantiel dans ce pays où plus de la moitié des quelques un million d’habitants vit sous le seuil de pauvreté.

Depuis, seules les compagnies privées assurent la liaison entre les deux villes.

– « Sécurité des passagers » –

Mais celles-ci facturent la traversée entre 30.000 et 70.000 francs CFA (entre 45 et 105 euros), soit plus du double du prix du ticket du Djibloho, autour de 14.000 francs CFA (20 euros).

« Dijibloho était bien pour ceux qui n’ont pas d’argent, comme nous. C’était le bateau du peuple, c’était pour nous », se désole Natalia Obona, 35 ans.

Début février, le directeur du port de Malabo, Alberto Ndong Obiang, a annoncé à la télévision nationale la retraite anticipée du navire « pour garantir la sécurité des passagers et des biens ».

L’état de délabrement est tel qu’aucune réparation n’a pu être envisagée, a indiqué à la télévision M. Obiang, l’un des fils du président Teodoro Obiang Nguema au pouvoir depuis 1979.

Depuis, dans la capitale insulaire, les prix de certaines denrées ont flambé, quand d’autres aliments ont tout simplement disparu des étals des marchés.


Le prix de la tomate a ainsi doublé. « Nous achetions une tomate en moyenne 100 francs. aujourd’hui elle coûte déjà 200 francs », se plaint une habitante, Caterina Ondo.

Dans les cuisines d’un petit restaurant du quartier Sumco à Malabo, Maria Mangue, ronge son frein: depuis plusieurs semaines, elle peine à proposer à ses clients la carte à laquelle ils sont habitués.

– Pénuries –

Finies les tortues de forêt qu’elle importait de la partie continentale. « Depuis que le Djibloho a cessé de fonctionner, impossible d’en trouver à Malabo », peste-t-elle.

Ce mois, le chiffre d’affaires de son restaurant a chuté de 25%, explique-t-elle, préoccupée.

Même constat chez d’autres de ses concurrents interrogés par l’AFP. Sur les marchés de Malabo, impossible à présent de trouver certaines espèces de viandes de brousse importées du continent.

En Guinée, comme au Gabon voisin, la majorité des biens de consommation et denrées alimentaires sont importés.

Les deux pays n’ont que peu développé leur agriculture, profitant depuis des années de leur large rente pétrolière.

Une manne dont la majeure partie de la population ne profite guère et qui survit, notamment du petit commerce, le plus souvent informel.

Pour Malabo, ces biens de consommation importés passent pour la plupart par la zone dite des trois frontières, entre le Cameroun, le Gabon et la Guinée équatoriale.

Puis ils étaient embarqués sur le Djibloho, plus grand transporteur de produits agricoles provenant de Kye-Ossi, ville frontalière guinéenne au coeur de ce carrefour des commerces.

Ce n’est désormais plus le cas.

Malgré l’embarras des habitants, le gouvernement, dont les recettes publiques ont fondu depuis la baisse du cours du pétrole en 2014, ne s’est pas encore prononcé sur l’achat d’un nouveau bateau.

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