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Allen Weisselberg, prochain témoin-clé contre Trump

Il dirige les finances de la Trump Organization et a été cité à maintes reprises mercredi par l’ex-avocat Michael Cohen: homme de l’ombre, au service de la famille Trump depuis des décennies, Allen Weisselberg pourrait s’avérer un témoin plus dangereux encore pour le président américain, de plus en plus cerné par les affaires judiciaires.

Contrairement au reste du clan Trump, M. Weisselberg, basé dans la tour Trump sur la 5e Avenue à Manhattan, est d’une discrétion légendaire, se tenant loin des caméras et des réseaux sociaux.

Mais à 71 ans, dont plus de 40 au service d’abord de Frederick Trump puis de son fils Donald, ce petit moustachu originaire de Brooklyn a été de toutes les aventures entrepreneuriales du milliardaire new-yorkais et connaît mieux que personne ses finances. Finances scrutées à la loupe tant par les procureurs new-yorkais que par le procureur spécial Robert Mueller, qui enquête sur une éventuelle collusion de l’équipe de campagne Trump avec la Russie.

Lorsque Donald Trump s’est désengagé de la direction quotidienne de ses affaires juste avant d’entrer à la Maison Blanche, il a remis les rênes de la Trump Organization à trois hommes: ses deux fils Donald Junior et Eric Trump, et Allen Weisselberg.

Qu’a dit de ce dernier Michael Cohen, l’ex-avocat personnel de Donald Trump, devant le Congrès et des millions de téléspectateurs mercredi?

– Témoin essentiel –

Il a affirmé que c’était M. Weisselberg qui avait organisé, avec Donald Junior, le remboursement de deux ex-maîtresses présumées de Donald Trump, Stormy Daniels et Karen McDougal.

Ces paiements constituent des violations des lois américaines sur le financement des campagnes électorales. C’est en partie à cause d’eux que Michael Cohen a été condamné à trois ans de prison en décembre.

Interrogé par la jeune star démocrate du Congrès, Alexandria Ocasio-Cortez, l’ex-avocat du président a aussi affirmé que M. Weisselberg était au courant des sous-évaluations et sur-évaluations d’actifs – propriétés immobilières, clubs de golf, valeur de la « marque » Trump – faites par la Trump Organization: erreurs d’appréciation délibérées selon lui pour obtenir des prêts bancaires, des indemnisations d’assurances ou des réductions d’impôts.

De telles erreurs peuvent être poursuivies lorsqu’elles sont faites auprès d’institutions financières, comme la Deutsche Bank, auprès de laquelle Donald Trump a sollicité un prêt important en 2014, a expliqué à l’AFP un avocat et ex-procureur fédéral, sous couvert d’anonymat.

Les informations concernant les paiements aux ex-maîtresses et les erreurs d’appréciation sont sûrement connues des enquêteurs depuis des mois, puisque Michael Cohen coopère avec eux depuis l’été dernier, selon cette source.

Mais son témoignage confirme que d’autres proches du président, dont Donald Trump Junior, pourraient être inculpés et l’importance des informations qu’Allen Weisselberg pourrait fournir aux enquêteurs.


M. Weisselberg est « un témoin essentiel » et « sera très probablement un des témoins les plus importants si les procureurs (fédéraux new-yorkais) vont de l’avant dans leurs inculpations sur le financement des campagnes électorales contre d’autres que Michael Cohen », selon l’ex-procureur.

– Autres inculpations? –

Fidèle parmi les fidèles du clan Trump, M. Weisselberg peut-il se retourner, comme Michael Cohen, contre son ancien patron?

En tout cas, il parle aux enquêteurs, puisqu’il a signé à l’été dernier un accord de coopération avec eux.

Certains médias américains ont affirmé que cet accord, resté secret, se limitait aux opérations liées au paiement des maîtresses présumées.

Mais rien ne dit qu’il ne peut être élargi, si les enquêteurs disposent d’éléments nouveaux potentiellement compromettants pour Weisselberg, a souligné l’ex-procureur.

Qui pourrait être le prochain proche de M. Trump à tomber dans les filets de la justice?

Les juristes américains estiment que la jurisprudence rend M. Trump inattaquable tant qu’il est à la Maison Blanche.

En revanche, les spéculations sur une inculpation de Donald Trump Junior vont et viennent depuis des mois.

Mais l’interpellation du fils du président serait extrêmement délicate, selon l’ex-procureur, qui va jusqu’à envisager un scénario aux conséquences politiques imprévisibles: la possibilité que le président américain intervienne en graciant son propre fils, comme la Constitution l’y autorise.

Dans un dossier aussi sensible, « tant que les procureurs collectent des informations, ils vont continuer à travailler », dit-il. « Car s’ils passent à l’action trop tôt et que ce n’est pas irréprochable, ils n’auront pas de deuxième chance ».

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