Sénégal : fausses informations persistantes autour de l’arabe et de l’enseignement islamique

Au Sénégal, de fausses informations liées à la langue arabe et à l’enseignement religieux musulman continuent de circuler sur les…

Au Sénégal, de fausses informations liées à la langue arabe et à l’enseignement religieux musulman continuent de circuler sur les réseaux sociaux. Ces rumeurs, régulièrement relancées, entretiennent la confusion autour de décisions pourtant inexistantes des autorités.

 

Des publications trompeuses relatives à la langue arabe et à l’enseignement religieux musulman au Sénégal circulent de manière récurrente sur les réseaux sociaux, tant à l’intérieur du pays que dans plusieurs États ouest-africains.

Diffusées de façon périodique, ces contenus remettent en avant des affirmations infondées. Depuis avril 2024, ils entretiennent un climat de confusion autour des politiques éducatives et religieuses.

La dernière rumeur en date, sans aucun fondement, prête aux autorités sénégalaises la volonté d’introduire le Coran comme matière « centrale » dans les écoles publiques. Apparues à partir du 24 février, ces publications s’accompagnent de visuels associant un exemplaire du Coran à l’image du président Bassirou Diomaye Faye, dans le but de crédibiliser ces allégations.

Une page Facebook dénommée “Islam Religion de droiture” affirme, à tort, que le gouvernement aurait décidé d’intégrer l’enseignement du Coran comme discipline fondamentale dans le système éducatif, dans une logique de renforcement des valeurs culturelles. Dans la même veine, une autre rumeur largement relayée en avril 2024 attribuait au chef de l’État une volonté de faire de l’arabe la langue officielle du Sénégal, en remplacement du français.

Ces fausses informations ont connu une large diffusion, au Sénégal comme dans la sous-région, notamment via certaines plateformes se revendiquant du panafricanisme. La rumeur liée au changement de langue officielle a d’ailleurs refait surface à partir de décembre 2025.

Un cadre constitutionnel clair

Dans un éditorial publié le 1er février 2026, le journaliste Fadel Guèye, directeur de publication du média arabophone Réveil Dakar, est revenu sur ces infox récurrentes. Il indique que plusieurs journalistes étrangers ont sollicité des vérifications face à ces informations affirmant un changement de langue officielle.

Après un démenti formel, il rappelle que le choix des langues officielles relève de la Constitution. Un tel changement ne peut intervenir sans référendum, une procédure lourde et encadrée. Il souligne également que la création d’un département chargé des affaires religieuses vise plutôt à mieux intégrer les diplômés arabophones, longtemps marginalisés.

Si l’arabe occupe une place importante sur le plan socioculturel et religieux au Sénégal, aucun projet de modification du régime linguistique n’a été engagé. Le français demeure la langue officielle, conformément à la Constitution. Ces fausses informations s’apparentent ainsi à des tentatives de manipulation de l’opinion, dans un contexte régional marqué par des recompositions politiques et des discours souverainistes.

Ce qu’il faut savoir sur l’enseignement religieux

Le 17 avril 2024, le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé la création d’une Direction des affaires religieuses et de l’insertion des diplômés en langue arabe. Cette structure, officialisée en septembre 2024, est aujourd’hui devenue une Délégation générale.

Contrairement aux idées reçues, cette entité ne se limite pas à l’islam. Elle prend en compte l’ensemble des confessions, notamment le christianisme et les religions traditionnelles. Depuis sa création, aucune mesure n’a été adoptée visant à faire du Coran une matière obligatoire dans les écoles publiques.

Une évolution progressive du système éducatif

L’enseignement arabo-islamique au Sénégal s’inscrit dans une dynamique ancienne. Dès 1977, un département d’arabe a été introduit à l’École normale supérieure, aujourd’hui intégrée à la FASTEF. Cette évolution s’est poursuivie avec l’introduction de l’enseignement religieux à l’école élémentaire en 2002, puis avec l’instauration d’un baccalauréat unifié en 2013. D’autres initiatives ont renforcé cette dynamique, notamment la réouverture d’une section diplomatique à l’ENA en 2016 pour les diplômés arabophones.

Plus récemment, la création d’une Journée nationale des daaras en 2022 et la mise en place d’une structure dédiée aux diplômés arabophones en 2024 témoignent d’une volonté d’intégration progressive. En parallèle, certaines innovations ont été introduites, comme la traduction de communications officielles en arabe et en wolof. La FASTEF a également ouvert, en 2023, une filière dédiée à l’enseignement de l’arabe et de l’éducation religieuse pour les nouveaux bacheliers.

Enfin, la réforme la plus récente du système éducatif reste l’introduction de l’anglais dès le primaire, marquant une diversification linguistique.

Face à la multiplication des fausses informations sur l’arabe Sénégal, la vigilance reste essentielle. La vérification des sources demeure un réflexe indispensable pour éviter la propagation de contenus trompeurs

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