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Arrestation du journaliste Adama Gaye: «J’accuse le président de penchants arbitraires» (Ibrahima Thiam)

Ibrahima Thiam (c) Droits réservés

Ibrahima Thiam, le président du mouvement « Un Autre Avenir » estime que l’interpellation de l’homme de médias est une violation de la loi et un abus d’autorité.

 

 Sommes-nous en train d’assister à une dérive autoritaire du président Macky Sall ? Avec les arrestations d’opposants à son régime on a tout lieu de le penser. Ce qui se passe actuellement au Sénégal rappelle fâcheusement les méthodes d’un autre dirigeant, Vladimir Poutine.

J’accuse le pouvoir de recourir abusivement au délit « d’offense au chef de l’Etat »

 

En effet au moment ou à Moscou Alexeï Navalny principal opposant politique à celui qui fut par le passé colonel au KGB est une nouvelle fois arrêté et qu’on soupçonne le pouvoir d’avoir voulu l’empoisonner, à Dakar, lundi matin, la Division des Investigations criminelles interpellait le journaliste Adama Gaye. Certes comparaison ne vaut pas raison mais le cas d’Adama Gaye n’est pas le seul en ce mois de juillet. Le motif de l’arrestation prêterait à sourire si l’affaire n’était pas aussi grave : « diffusion d’informations contraires aux bonnes mœurs ». De quoi s’agit-il ? Adama Gaye aurait révélé le 15 juillet sur sa page Facebook une relation extra-conjugale entre le président de la République à la villa Cotonou lors d’un sommet de l’UEMOA. Une question se pose : Qu’est-ce qu’est-ce qui est contraire aux bonnes mœurs : La relation adultère elle-même ou le fait de la révéler ? Selon ce même principe, le fait de révéler qu’Aliou Sall, le frère du chef de l’Etat, serait à l’origine d’un « enrichissement malhonnête » ferait-il de son auteur un voleur ? C’est là une curieuse façon de voir les choses.

 

J’accuse le président de penchants arbitraires

 

Il y a eu aussi l’affaire de l’activiste Guy Marius Sagna arrêté pour avoir osé critiquer la politique de santé de l’actuel président et de ses prédécesseurs accusés de n’avoir pas su créer depuis l’indépendance du pays un système de soins digne de ce nom au point d’obliger nos ressortissants à se faire hospitaliser en France. Faut-il rappeler que le troisième personnage de l’Etat, Ousmane Tanor Dieng, est décédé à la mi-juillet à Paris où il était hospitalisé depuis plusieurs mois ?

 


C’est aussi le cas de l’ancien premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne, évacué pour des raisons de santé et toujours hospitalisé dans une structure hospitalière en France. Toute vérité ne serait-elle pas bonne à dire au pays de la Teranga ? Résultat il y a quelques jours ce sont des gendarmes appartenant à la section de recherches de Colobane qui sont allés cueillir cette figure de proue de la lutte contre la mal-gouvernance comme un vulgaire malfaiteur.

 

J’accuse le pouvoir de vouloir bâillonner l’opposition

 

Ces deux exemples sont significatifs de la réponse autoritaire du régime à tous ceux qui émettent les moindres critiques sur ses agissements. Mais brandir le risque d’une poursuite pour « offense au chef de l’Etat » ne fera pas taire les voix qui s’élèvent de plus en plus nombreuses pour dénoncer les excès du régime de Macky Sall. Au demeurant dans le cas d’Adama Gaye, si la situation de ce qu’il rrévèle est avéré, est-ce le journaliste qui a offensé Macky Sall ou n’est-ce pas plutôt celui-ci qui a offensé son épouse ?

 

J’accuse le régime de méthodes despotiques

 

En février dernier, les Sénégalais ont voté pour un chef d’Etat républicain et n’ont pas élu un « despote » fusse-t-il « éclairé ». Un pouvoir démocratique suppose l’existence de contre-pouvoirs quand bien même ceux-ci déplaisent aux éminences qui nous gouvernent. Décidément pour certains les réflexes démocratiques sont difficiles à prendre et les bonnes vieilles habitudes autocratiques difficiles à perdre. Et pourtant depuis 2012 Macky Sall devrait avoir eu le temps de faire son apprentissage. Ne dit-on pas que 7 ans est l’âge de raison ?



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