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Brésil: Bolsonaro mise sur les lobbys conservateurs au Parlement

Fort de ses 50 millions de voix au premier tour de la présidentielle et d’un raz-de-marée aux législatives, le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro, s’il est élu, est pratiquement assuré d’une mainmise sur le Parlement grâce aux puissants lobbys conservateurs.

Sa formation, le Parti social libéral (PSL), auparavant insignifiante, a profité de la lame de fond Bolsonaro pour multiplier par six son nombre de députés, de 8 à 52. Elle fera aussi son entrée au Sénat, avec quatre sièges.

Même s’il est parvenu à redessiner le paysage parlementaire, l’ancien parachutiste de l’armée a l’intention de pourfendre le système traditionnel composé d’une myriade de partis, qui rend le Brésil si difficile à gouverner.

La véritable base parlementaire de Jair Bolsonaro tient en trois lettres: BBB, les initiales de « boeuf, balle et Bible ».

On y retrouve les élus issus de divers partis qui défendent respectivement les intérêts de l’agro-business (boeuf), de la libéralisation du port d’arme à la ligne dure en matière de sécurité publique (balle) et des églises évangéliques (Bible).

Le Congrès, composé de 513 députés et 81 sénateurs, est incontournable. Sans une base parlementaire solide, impossible de voter le budget et encore moins les nombreuses réformes promises durant la campagne.

« Bolsonaro va gouverner avec les lobbys parlementaires. C’est ça la vérité. Ça dépasse les partis », a résumé le très influent pasteur Silas Malafaia, dans une vidéo transmise en direct sur Facebook aux côtés de Jair Bolsonaro.

– Union sacrée anti-PT –

Dans un Brésil extrêmement polarisé, ce candidat à la présidentielle, qui a été député pendant 27 ans, suscitait il y a encore quelques semaines une certaine méfiance de la part des autres parlementaires.

Cet apologiste décomplexé de la dictature militaire (1964-1985), coutumier des dérapages racistes, misogynes ou homophobes, n’était pas très fréquentable.

Le soutien des groupes conservateurs, dans un premier temps discret, est devenu explicite lors de la dernière semaine de la campagne, quand Jair Bolsonaro a commencé à grimper en flèche dans les sondages.

Pour Sylvio Costa, le fondateur du site spécialisé sur les sujets parlementaires Congresso em Foco, les lobbys conservateurs ont décidé de faire front derrière le candidat d’extrême droite « par peur de voir la gauche revenir au pouvoir ».


Un sentiment renforcé par l’idée qu’une victoire dès le premier tour était possible.

Malgré ses 46% de suffrages au premier tour, il n’est pas parvenu à éviter un duel incertain avec Fernando Haddad, du Parti des Travailleurs (PT), poulain de l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva incarcéré depuis avril.

Le PT, qui a gouverné le Brésil de 2003 à 2016, est considéré par les groupes conservateurs comme le responsable de tous les maux du pays, de la crise économique qui a fait près de 13 millions de chômeurs aux graves problèmes d’insécurité et à la corruption.

« Nous allons unir nos forces pour éviter que les candidats liés à la corruption et à l’aggravation de la crise économique reviennent au pouvoir », avait dit la semaine dernière le Front parlementaire agricole (FPA), groupe qui représente le lobby agro-alimentaire.

Leader du bloc évangélique au Parlement, le pasteur Hidekazu Takayama a affirmé pour sa part que le soutien à Bolsonaro serait une « tendance naturelle », dans la mesure où ce dernier « défend les valeurs chrétiennes de la famille ».

– Les ministères en question –

Le lobby de la « balle » a aussitôt emboité le pas, son leader Arminio Fraga affirmant sur les réseaux sociaux qu’il « était ami de Bolsonaro depuis 36 ans » et qu’il voulait « gouverner avec lui ».

Pour parvenir à gouverner avec un Parlement atomisé dans lequel une trentaine de partis sont représentés, le président brésilien a pour habitude de distribuer les ministères en échange du soutien de chaque formation avec qui il souhaite former une coalition.

Mais Jair Bolsonaro a déjà promis qu’il ferait tout le contraire: réduire drastiquement le nombre de ministères et mettre plusieurs généraux au gouvernement, sans se soucier des partis.

« Avec la légitimité que lui confère sa victoire au premier tour, il peut tenter de gouverner sans négocier les ministères », explique Sylvio Costa. « Mais pour bénéficier d’un soutien durable, il doit maintenir une cote de popularité élevée (…) et présenter de bons résultats économiques ».


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