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Brésil : l’acte d’extradition de Battisti signé, l’ex-militant italien introuvable

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Le président brésilien Michel Temer a signé vendredi l’acte d’extradition de l’ex-militant d’extrême gauche italien Cesare Battisti, actuellement recherché par les autorités locales et réclamé par la justice de son pays après une condamnation par contumace pour quatre homicides.

« Le président a bien signé l’acte d’extradition de Cesare Battisti », a indiqué à l’AFP une source présidentielle, confirmant une information révélée par les médias locaux.

Cette signature intervient moins de 24 heures après la décision d’un juge de la Cour suprême d’ordonner l’arrestation de l’Italien de 63 ans en vue de son extradition vers son pays d’origine.

Un mandat de détention préventive a été émis jeudi soir par le juge Luiz Fux, pour éviter « une quelconque tentative de fuite » face à une éventuelle extradition.

Paradoxalement, ce même magistrat avait pris il y a un an une décision favorable à Cesare Battisti, empêchant toute extradition avant que la Cour suprême ne statue sur son cas en séance plénière.

Mais depuis, la situation politique du Brésil a changé, avec l’élection fin octobre à la présidence du candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro, qui prendra ses fonctions le 1er janvier. Ce dernier a réitéré à plusieurs reprises son intention de livrer à l’Italie celui qu’il qualifie de « terroriste ».

« Comptez sur nous! », a encore lancé vendredi matin sur son compte Twitter le président élu à l’adresse du ministre de l’Intérieur et vice-Premier ministre italien Matteo Salvini.

– Évasion de devises –

Vendredi, la Police fédérale a débuté les recherches pour localiser M. Battisti, qui vit au Brésil depuis 2004. Reconverti en auteur de romans policiers, il résidait ces dernières années à Cananeia, petite ville de la côte atlantique dans l’Etat de Sao Paulo (sud-est).

Selon des médias locaux, les policiers n’ont trouvé personne dans sa maison dans la matinée. A 19H00 locales (21H00 GMT), il n’avait toujours pas été arrêté.

Peu avant l’annonce de la signature de l’acte d’extradition, la défense de l’ex-militant a présenté un recours devant la Cour suprême pour demander « une révision de la décision » du juge, a indiqué à l’AFP son avocat Igor Sant’Anna Tamasauskas.

L’avocat a affirmé ne pas savoir où se trouvait son client, expliquant qu’il ne lui avait pas parlé depuis le mois de novembre.


L’Italien avait déjà été arrêté le 4 octobre 2017 à la frontière bolivienne, et poursuivi en justice pour avoir transporté une somme de devises supérieure au montant autorisé sans déclaration préalable, alors qu’il semblait vouloir quitter le Brésil dans un taxi bolivien.

Soupçonné en outre d’avoir tenté de fuir le pays pour éviter une extradition, il avait été libéré peu après, non sans avoir été placé sous surveillance électronique pendant quatre mois.

– « Le cadeau arrive » –

Cesare Battisti a été condamné en 1993 à la réclusion à perpétuité pour quatre meurtres et complicité de meurtres à la fin des années 1970 lorsqu’il appartenait du groupe Prolétaires armés pour le communisme (PAC). Il clame aujourd’hui son innocence.

Après s’être évadé de prison en 1981, il avait fui d’abord au Mexique, puis en France en 1990. Le président socialiste François Mitterrand (1981-1995) s’était en effet engagé à n’extrader aucun militant d’extrême gauche renonçant à la lutte armée.

Sous la présidence de son successeur de droite Jacques Chirac, l’Italien avait rejoint clandestinement le Brésil en 2004. Au terme d’un séjour en prison et d’un long processus judiciaire pour l’extrader, le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2011) avait décidé en 2010 de ne pas livrer le fugitif à l’Italie.

Dans la soirée, le président de la République italienne, Sergio Mattarella, a fait parvenir un message de « reconnaissance » au président Temer.

« J’apprécie beaucoup la détermination de votre décision qui contribue à rendre justice aux victimes des actes pour lesquels Cesare Battisti a été condamné ainsi qu’à l’État italien », a écrit M. Mattarella, évoquant « une histoire complexe et délicate, qui suscite des sentiments intenses au sein de l’opinion publique » italienne.

Vendredi matin, Matteo Salvini, patron de l’extrême droite italienne, a souligné le « grand mérite » que serait celui de Jair Bolsonaro s’il menait à bien l’extradition de l’ex-militant d’extrême gauche.

Peu après l’élection de son père à la présidence du Brésil le 28 octobre, Eduardo Bolsonaro s’était déjà fendu d’un message à Matteo Salvini, tweetant sans façon : « le cadeau arrive »

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