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Brésil: le débat sur les armes ravivé avec l’élection de Bolsonaro

L’engagement du président élu d’extrême droite Jair Bolsonaro de faciliter l’acquisition d’armes par la population, actuellement assez restreint au Brésil, lui a valu l’adhésion de nombreux électeurs, mais inquiète certains analystes, qui redoutent une recrudescence de la violence.

C’est justement pour lutter contre l’insécurité que le futur chef de l’Etat considère que les « gens bien » doivent pouvoir s’armer pour assurer eux-mêmes leur défense.

Le Brésil est un des pays les plus violents au monde, avec un nombre record de 63.880 homicides en 2017, soit 175 par jour en moyenne.

L’Institut brésilien de recherches économiques Appliqué (Ipea) considère que le nombre d’homicides serait 12% plus élevé sans la loi entrée en vigueur fin 2003 qui encadre fortement le port d’armes.

Malgré toutes ces restrictions, qui comprennent notamment une longue série de documents administratifs à fournir et des délais à rallonge pour obtenir l’autorisation d’acheter une arme, les demandes ont explosé ces dernières années.

En 2005, près de 64% des Brésiliens avaient rejeté par référendum une loi qui prévoyait l’interdiction totale de la commercialisation d’armes au Brésil.

– « Moyen détourné » –

Parmi les différents moyens légaux pour posséder une arme à feu, l’un des plus simples est d’obtenir un certificat de pratique de tir sportif (CR). Cela permet de passer par le système régi par l’Armée, moins restrictif que celui de la Police Fédérale, qui exige notamment que la personne prouve qu’elle a besoin d’une arme pour se défendre.

La radio CBN a montré que le nombre de CR délivrés a plus que doublé en deux ans, passant de 19.000 en 2016 à plus de 40.000 sur les mois de janvier à novembre 2018.

« Sur internet, on voit des sites qui donnent des conseils sur les meilleurs moyens d’avoir accès légalement à une arme », déplore Isabel Figueiredo, avocate membre de l’ONG Forum de Sécurité publique.

« C’est devenu un moyen détourné de ne pas affronter la soi-disant bureaucratie du système de la Police fédérale », ajoute-t-elle.

Le stand de tir Colt 45, dans le centre de Rio de Janeiro, a vu son nombre de membres multiplié par dix en trois ans, passant de 125 en 2015 à 1.350 aujourd’hui.


« Ce n’a rien à voir avec l’élection de Bolsonaro, comme beaucoup de gens le pensent. L’augmentation des inscriptions a débuté bien avant à cause de la flambée de la violence », explique à l’AFP Joao Bercle, instructeur de tir du stand.

Le club offre la prise en charge de toutes les démarches administratives, avec un forfait clé en main, mais la note reste salée: plus de 3.000 réais (près de 700 euros), comprenant aussi bien les taxes à payer à l’Etat que les cours et les frais divers : test de tir obligatoire et évaluation psychologique.

La porte d’entrée du club annonce la couleur, avec un autocollant pro-Bolsonaro sur la vitre. Les détonations provenant du stand troublent sans cesse le silence, mais l’ambiance est particulièrement bon enfant, avec des employés souriants coiffés d’un bonnet rouge de père Noel pour célébrer l’approche des fêtes.

– Effet dissuasif –

Joao Bercle espère que l’arrivée du président élu d’extrême droite au pouvoir va permettre « d’améliorer la situation des gens bien qui veulent acheter une arme et qui dépensent aujourd’hui une fortune rien qu’avec les frais administratifs ».

« Aujourd’hui, les criminels ont accès très facilement à des armes de contrebande, y compris des fusils d’assaut, des armes de guerre. Il faut équilibrer la balance », affirme-t-il.

Parmi les propositions de Jair Bolsonaro: abaisser l’âge minimum pour l’achat d’une arme de 25 à 21 ans et mettre un point final à l’exigence de la Police fédérale de prouver la nécessité d’achat d’une arme.

Pour Luiz Niemeyer, 46 ans, pratiquant assidu, « les critères d’accès aux armes doivent demeurer très rigoureux, mais il faut en finir avec la bureaucratie ».

Interrogé sur le fait qu’un déséquilibré a tué cinq personnes dans une cathédrale de Campinas, près de Sao Paulo, la semaine dernière, il rappelle que l’arme utilisée « était illégale ».

Joao Bercle considère que l’augmentation d’armes légales en circulation pourrait avoir un effet dissuasif.

« Si le voleur sait que la personne en face a des chances d’être armée, il va se méfier bien plus. Aujourd’hui, les voleurs braquent à tout va parce qu’ils sont sûrs que personne n’est armé. (La loi de 2003) a désarmé la population », conclut-il.



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