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Brexit: le « speaker » du Parlement britannique, personnage clé des débats

Président de la Chambre des communes, John Bercow se fait fort de « défendre les droits » des députés, usant de ses prérogatives pour façonner le cours des débats sur le Brexit, au risque d’irriter l’exécutif et les plus fervents eurosceptiques.

Ses décisions vont une nouvelle fois avoir un impact déterminant sur la suite du processus de divorce: c’est au « Speaker » que revient de choisir quels amendements seront soumis au vote mardi, lors du débat où seront évoquées différentes alternatives pour éviter un Brexit sans accord.

Les choix de M. Bercow, 56 ans, seront scrutés avec d’autant plus d’attention qu’il fait régulièrement l’objet d’accusations de partialité, quand sa fonction lui impose de rester neutre.

Début janvier, contre l’usage, il avait décidé de soumettre au vote un amendement au projet de Brexit du gouvernement.

Son initiative, réduisant les marges de manœuvre du gouvernement au bénéfice des parlementaires, avait été jugée favorable au camp pro-UE par le camp eurosceptique. « L’arbitre de nos affaires n’est plus neutre », avait jugé le député conservateur pro-Brexit Crispin Blunt.

« Si nous n’étions guidés que par des précédents, rien ne changerait jamais dans nos procédures », avait rétorqué John Bercow.

– « Order! » –

Du haut de son 1m68, M. Bercow, issu des rangs conservateurs, a été une épine dans le pied des gouvernements tory successifs. David Cameron, le prédécesseur de Theresa May, avait même tenté de l’évincer, en vain.

Car sous sa robe de soie noire et ses cravates criardes, c’est à lui que revient le privilège de diriger les débats, à coup de rappels à l’ordre (« Order ! ») retentissants.

Surtout, son interprétation personnelle – et libérale – de ses attributions lui confère un rôle plus décisif que celui de ses prédécesseurs.

Avant de susciter des critiques pour sa gestion des échanges sur le Brexit, il s’était attiré des reproches des bancs conservateurs pour s’être positionné l’an dernier contre une prise de parole de Donald Trump au parlement lors de la visite du président américain au Royaume-Uni.


Toujours en 2018, il a été accusé d’avoir verbalement maltraité des collaborateurs mais a reçu le soutien du Parti travailliste.

– « Ma femme ne m’appartient pas » –

Né le 19 janvier 1963, John Bercow a grandi dans le nord de Londres. Son père était chauffeur de taxi.

Il commence à s’engager en politique à l’université puis devient conseiller municipal du quartier londonien de Lambeth à 23 ans. En 1997, il est élu député pour la première fois, dans la circonscription de Buckingham, au nord-ouest de la capitale.

Douze ans plus tard, il accède à la présidence de la Chambre des communes en promettant de rompre avec les pratiques de son prédécesseur, impliqué dans un scandale de notes de frais et contraint de démissionner.

Plus jeune titulaire de cette prestigieuse fonction, à 46 ans, John Bercow s’est employé à la dépoussiérer, abandonnant certains éléments de la tenue traditionnelle comme la perruque. En juin 2017, il permet aux députés de siéger sans cravate.

Peu de temps après son arrivée sur le fauteuil vert du Speaker, placé entre les bancs de la majorité et de l’opposition, qui se font face, il provoquait cependant une polémique en réclamant des milliers de livres pour rénover son appartement de fonction au parlement, pour y accueillir ses trois enfants.

Son épouse, Sally Bercow, a elle aussi fait les gros titres de la presse, pour des raisons souvent éloignées de la politique: elle a notamment posé seulement vêtue d’un drap blanc pour un magazine, participé à un programme de télé-réalité, et entretenu une relation avec le cousin de son mari.

Surtout, elle s’est présentée en 2010 à une élection locale sous l’étiquette du Parti travailliste, principal adversaire politique de la formation d’origine de son mari. Ce dernier avait néanmoins pris sa défense: « Ma femme ne m’appartient pas, c’est seulement ma femme », a-t-il dit.

Censé prendre sa retraite de Speaker à l’été 2019, il pourrait s’accrocher à son poste face aux rumeurs selon lesquelles les Conservateurs veulent le priver d’intégrer la Chambre des Lords, comme le veut la tradition.


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