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Burkina : l’assassinat du journaliste Norbert Zongo toujours dans les mémoires

L’assassinat du journaliste burkinabè Norbert Zongo en 1998, jamais officiellement élucidé, est resté dans la mémoire des Burkinabè, qui espèrent que la Cour de cassation française se prononce mardi pour l’extradition de François Compaoré, soupçonné dans cette affaire.

Le frère cadet du président burkinabè déchu Blaise Compaoré avait été interpellé à l’aéroport parisien de Roissy-Charles-de-Gaulle en octobre 2017 sur la base d’un mandat d’arrêt émis par les autorités de Ouagadougou.

Journaliste d’investigation reconnu et directeur de l’hebdomadaire « L’Indépendant », Norbert Zongo a été assassiné le 13 décembre 1998, alors qu’il enquêtait sur le meurtre du chauffeur de François Compaoré. Sa mort avait provoqué une profonde crise politique au « pays des hommes intègres ».

Le journaliste, âgé de 49 ans, a été tué avec trois de ses compagnons. Les quatre dépouilles ont été retrouvées calcinées dans sa voiture incendiée à Sapouy, à une centaine de kilomètres au sud de Ouagadougou.

Aucune condamnation n’a été prononcée, malgré le scandale que l’affaire avait provoqué.

Journaliste qualifié d' »incorruptible », célèbre pour ses positions critiques vis-à-vis du pouvoir, M. Zongo était l’auteur de plusieurs enquêtes retentissantes démontrant la mauvaise gouvernance sous le régime du président Compaoré (1987-2014).

Son assassinat avait engendré une crise socio-politique qui avait fait vaciller le régime, en raison d’importantes manifestations – organisées par le collectif contre l’impunité -, obligeant le président Compaoré à entreprendre des réformes, dont la limitation des mandats présidentiels.

Comme l’assassinat de l’ex-président Thomas Sankara en 1987, le meurtre de M. Zongo garde une forte charge symbolique au Burkina, où chaque année, le 13 décembre, des milliers de Burkinabè se rassemblent pour demander justice pour l’assassinat du journaliste.


– « Il était informé » –

Conseiller spécial du président Blaise Compaoré et personnage très influent du régime déchu, François a été un temps inculpé de « meurtre et recel de cadavre » dans le cadre de la mort de son chauffeur, David Ouédraogo. Mais il n’avait jamais été inquiété dans le dossier Zongo, jusqu’à l’insurection populaire d’octobre 2014 qui a chassé Blaise Compaoré.

Après la fuite de François Compaoré, des centaines de documents ont été retrouvés durant les pillages commis dans son ancienne villa, désormais en ruines. Ils sont en attente d’authentification.

« On y a trouvé le dossier d’instruction, des reçus de paiement, des lettres manuscrites. Tout cela montre à quel point il était informé », selon Abdoulaye Diallo, le gestionnaire du centre de presse Norbert-Zongo.

En 1999, plus d’une centaine de personnes avaient été auditionnées dans l’affaire Zongo et six « suspects sérieux » avaient été identifiés par une commission d’enquête indépendante. Mais seul l’adjudant Marcel Kafando, ex-chef de la garde rapprochée du président Compaoré, avait été inculpé pour « assassinat », avant de bénéficier d’un non-lieu en juillet 2006, confirmé en appel.

Dans un arrêt daté du 28 mars 2014, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, basée à Arusha (Tanzanie), a mis en évidence les carences de l’instruction. L’affaire a été rouverte par la justice burkinabè, qui a lancé un mandat d’arrêt international, en mai 2017, contre François Compaoré.

En novembre 2017, lors d’une visite à Ouagadougou le président français Emmanuel Macron avait promis de tout mettre en œuvre pour répondre favorablement à la requête des autorités burkinabè.



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