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CAN-2019: être sélectionneur en Afrique, c’est « un dépassement de fonction permanent », selon Migné

En Afrique, on est sélectionneur, mais pas que. « Il y a un dépassement de fonction permanent », remarque pour l’AFP Sébastien Migné, le coach français du Kenya qui, à 46 ans, va découvrir la CAN comme N.1 après avoir été durant neuf ans l’adjoint de Claude Le Roy.

Q: Comment abordez-vous cette CAN comme sélectionneur, votre première sous ces fonctions?

R: « Très sereinement, dans le sens où ce n’était pas forcément prévu avec le Kenya. Il se trouve que nous sommes un peu en avance sur le tableau de marche. C’est tout +bénéf+ pour mes garçons. On va pouvoir apprendre. Rien ne remplace l’expérience. Pour en avoir vécu déjà trois comme adjoint, l’expérience prime au travers de ces compétitions. Ca servira le Kenya pour la suite. »

Q: Claude Le Roy dit qu’être sélectionneur en Afrique, ça dépasse le simple rôle d’entraîneur…

R: « Il y a un dépassement de fonction permanent. Si on s’attend à ne travailler uniquement sur son domaine, ce n’est pas possible. En Afrique, il y a souvent une culture de l’urgence aussi, malheureusement. On essaye de professionnaliser tout ça. C’est sûr qu’on perd beaucoup d’énergie ailleurs que sur le terrain, ce qui est dommage. Mais ça fait partie du rôle inhérent d’un sélectionneur en Afrique et puis, c’est peut-être là où je m’épanouis le plus finalement. »

Q: Pourriez-vous en donner des exemples?

R: « Au niveau de la pesée, il faut faire attention à ce que tous les garçons soient en sous-vêtement et pas, un en survêtement, un en parka et un en slip. C’est déjà arrivé. On a aussi un rôle de formateur au niveau des divers cadres qui travaillent avec nous, de manière à être des passeurs. Il faut transmettre, et laisser un héritage au niveau de la culture du travail. »

Q: Est-ce difficile d’entraîner le Kenya sans parler le swahili, l’une des deux langues officielles avec l’anglais?


R: « Le pourquoi de mon accord avec le Kenya, c’était de me remettre en question, d’avoir un challenge. Essayer de faire passer mon message, des émotions dans une langue qui n’est pas la mienne. Je travaille en anglais, avec quelques touches de swahili de temps en temps. Il y a la langue, mais aussi le langage corporel qui est important pour faire passer des émotions. Mes joueurs l’ont très vite compris. »

Q: Vous êtes expatrié depuis plus 2008, après avoir été l’adjoint de Jean-Pierre Papin à Strasbourg et Lens. Partir à l’étranger a-t-il été votre choix?

R: « C’est une richesse personnelle que d’être confronté à ces cultures. Quand j’ai reçu le coup de fil pour le sultanat d’Oman (pour être l’adjoint de Le Roy), je ne savais pas où c’était sur la carte. On m’a traité de fou d’aller dans le Golfe, et finalement c’est un pays formidable. Avec Claude, c’était parti pour plusieurs années! Je voulais voir l’Afrique. C’est le continent du football, peut-être avec l’Amérique du sud. C’était une opportunité formidable, fascinante et fatigante. L’Afrique on y laisse un peu de gomme, mais on y revient quand on y a goûté. C’est des visages, des sourires, des images qui restent gravés à vie. Et puis le foot fait partie du patrimoine national dans ces pays, peut-être un petit peu moins au Kenya. On se sent investi d’une mission. C’est galvanisant personnellement. »

Q: Comment s’adapte-t-on au contexte africain?

R: « On apprend sur le tas. C’est peut-être là où Claude m’a appris le plus, à garder mon énergie pour les choses importantes, parce que je suis arrivé sur ce continent en étant un peu trop rigide. On s’+africanise+, tout en essayant de garder une rigueur européenne ou française. Il faut bien vivre l’Afrique, s’habituer aux us et coutumes locales. On sait qu’il va y avoir des choses inopportunes au quotidien et qu’on va devoir les régler. Ca fait partie du job, et je dirais même, de nos vies au quotidien. »

Propos recueillis par Alexis HONTANG.



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