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Centrafrique: un mois après sa signature, l’accord de paix chancelle

Un mois après la signature d’un huitième accord de paix en Centrafrique depuis 2013, soutenu par tous les partenaires de Bangui, celui-ci parait chancelant, après que le nouveau gouvernement issu de l’accord a été désavoué par plusieurs groupes armés et partis politiques.

L’Union africaine (UA), facilitateur principal de l’accord, a appelé au « calme et à la retenue » en « prenant note des déclarations faites par certains signataires », selon le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki, dans un communiqué.

Sur les 14 groupes armés signataires de l’accord de Khartoum, préparé depuis un an et demi par l’UA, plus de la moitié ont désavoué le gouvernement formé dimanche.

Selon l’accord dit de Khartoum, signé le 6 février, un gouvernement inclusif devait être nommé. Mais dimanche, c’est une équipe trop semblable à l’ancienne qui a été formée, ont affirmé ces groupes armés.

« Un gouvernement de mascarade », selon l’un, qui serait « aux antipodes de l’esprit de l’accord », selon un autre: dans des communiqués séparés, huit groupes armés se sont l’un après l’autre retirés depuis dimanche.

La plupart ont néanmoins indiqué rester « fidèles à l’accord de paix », et, bien qu’appelant à un remaniement ministériel, affirment ne pas se désolidariser d’un texte censé ramener la stabilité dans ce pays en guerre depuis 2013.

Deux partis politiques majeurs – celui de l’ancien président François Bozizé, et celui de l’ancien Premier ministre Anicet Dologuélé – ont également indiqué se retirer du gouvernement.

Contre la bronca, le Premier ministre Firmin Ngrebada, ancien directeur de cabinet du président Faustin-Archange Touadéra, a déclaré dans une vidéo lundi que ce gouvernement était un « début ».

– « Route bloquée » –

Le nouveau gouvernement est « le début du processus que nous avons retenu ensemble » entre autorités et groupes armés, a-t-il voulu rassurer en soulignant que Bangui allait « par la suite (…) élargir la base de la participation de tous à la gestion des affaires du pays ».

Depuis la signature de l’accord, un calme relatif avait été observé dans ce pays d’Afrique centrale de 4,5 millions d’habitants, où la violence est quotidienne.

Mais suite à l’annonce du nouveau gouvernement, des barricades ont fait leur retour dans plusieurs zones du pays: à Ndele dans le nord, à Zoukombo dans l’ouest.

Mardi, le Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC) a annoncé avoir bloqué la seule route qui ravitaille Bangui, depuis le Cameroun.

Selon la préfète de Nana-Mambéré Diane Prisca Renazou interrogée par l’AFP, près de 250 camions étaient bloqués et attendaient stationnés.


Une « réouverture provisoire » a été faite mercredi matin, selon elle.

Cet accord de paix est le huitième signé depuis le début de la crise en 2013.

« L’histoire de la Centrafrique bégaie », ont déclaré lundi soir dans un communiqué commun le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) et la branche des antibalaka (milices d’autodéfense) de Maxime Mokom, deux groupes réfractaires au gouvernement.

– Renoncement à la lutte armée –

Le FPRC, ainsi que le Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC) et l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), sont les trois principaux groupes armés de Centrafrique où ils contrôlent une large partie du nord et du centre.

Tous trois issus de l’ex-coalition à majorité musulmane de la Séléka qui a pris Bangui en 2013 et qui ont chacun eu des représentants nommés dimanche, ils demandent plus de représentativité.

Des « discussions » sont en cours et « sont déjà en train de porter leur fruit », a indiqué à l’AFP lundi Ange-Maxime Kazagui, porte-parole du gouvernement, estimant que « la raison va prévaloir ».

A Rome, où il a été reçu mardi par le pape François, le président Touadéra a reconnu que « c’est une chose d’avoir un accord, mais il faut appliquer, mettre en oeuvre cet accord ».

Il a appelé les réfractaires du gouvernement à faire usage aux « mécanismes » de l’accord prévus pour répondre à des revendications de signataires.

Dans le texte signé, les parties s’engagent en effet à « renoncer (…) à tout recours à la force armée pour le règlement de quelque différend ». Ils peuvent saisir les facilitateurs de l’accord, l’UA en premier chef, pour « conciliation et, à défaut, arbitrage ».

A cet effet, l’UA a annoncé convoquer une réunion de suivi, « afin de faire un point d’étape », le 18 mars à Addis-Abeba (Ethiopie).

En Centrafrique, pays riche en ressources mais classé par les plus pauvres du monde, près d’un quart de ses habitants ont dû fuir leurs domiciles.

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