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Chili: la « première ligne », héros ou casseurs des manifestations

Equipés de masques, de bâtons et de boucliers aux couleurs de l’univers de Marvel, ils affrontent les forcent de l’ordre depuis deux mois au Chili, pays secoué par une grave crise sociale : « héros » pour les uns, « casseurs » pour les autres, ils se sont baptisés la « première ligne ».

« On va rester là jusqu’à ce qu’il y ait des vraies solutions aux problèmes soulevés depuis le début », déclare à l’AFP Matias, un de ces jeunes. A 27 ans, il est criblé de dettes après avoir abandonné ses études vétérinaires. Il dénonce « ceux du gouvernement qui font la sourde oreille ».

Composée d’anarchistes, de jeunes des quartiers populaires, la « première ligne » abrite aussi nombre d’étudiants issus des classes moyennes. Ils partagent une certaine colère et frustration contre la société chilienne.

« Le fait que l’on soit là en première ligne permet au reste de la manifestation de se dérouler pacifiquement. Sinon, ils (les policiers) seraient ici à notre place » et auraient dispersé les manifestants avec des gaz lacrymogènes, assure-t-il en mélangeant du bicarbonate avec de l’eau, pour supporter les effets des fumées.

Durant les manifestations, ils cassent le bitume pour lancer des projectiles, détruisent des arrêts de bus pour s’équiper en barres métalliques et jettent des cocktails Molotov sur les policiers.

En face, lorsque la police réplique avec des billes en caoutchouc, du gaz lacrymogène ou des lances à eau, ils s’abritent derrières des antennes paraboliques, des panneaux de signalisation et d’autres objets peints aux couleurs de captain America, d’Iron Man ou de Spiderman.

– « Aucun précédent sous la démocratie » –

Au fil des affrontements, ils ont perfectionné leur équipement, portant gants et lunettes de protection, utilisant des lasers pour gêner les policiers et des cordes pour faire tomber les poteaux.

Environ 350 personnes ont été blessées aux yeux ou au visage, la majorité par des tirs de projectiles de la police.

La crise qui se déroule depuis le 18 octobre, la plus grave que le Chili ait connue depuis son retour à la démocratie en 1990, a fait 24 morts et des milliers de blessés au cours des manifestations. De nombreuses violations des droits de l’Homme commises par les forces de l’ordre ont été dénoncées, notamment par l’ONU.

Une hausse du prix du ticket de métro dans la capitale a été le détonateur de cette fronde sociale inédite. Malgré la suspension de la mesure, le mouvement s’est amplifié, nourri par le ressentiment face aux inégalités sociales.

A Santiago, ville marquée par les violents affrontements des manifestations, 95% des habitants rejettent les pillages et les vols. Mais après deux mois de mobilisation, ils sont encore 70% à soutenir les revendications du mouvement « Chile despertó » (le Chili s’est réveillé), selon l’institut Cadem.


« Nous sommes, nous Chiliens, perplexes vis-à-vis de cette situation » de violence, explique à l’AFP Matias Fernandez, sociologue à l’université Catholique.

« La violence que connaît le pays depuis le 18 octobre n’a aucun précédent sous la démocratie », juge-t-il.

– « Pas peur de la police » –

Au milieu des manifestations, certains admirateurs de la « première ligne » lui jouent des morceaux au saxophone et d’autres lui lancent des slogans de soutien. A l’image de ce soixantenaire qui crie: « Voilà les jeunes les plus courageux enfantés par le Chili ».

D’autres sont moins tendres.

« Il y a des gens qui profitent des casseurs pour commettre leurs méfaits », souligne Andrés Ramirez, un commerçant de 52 ans obligé de faire le chauffeur Uber à cause de la crise.

Ceux qui commettent « les vols, les destructions, ce n’est pas ces citoyens qui veulent que le pays change en bien », ajoute-t-il, précisant néanmoins soutenir le mouvement.

« C’est une génération de jeunes qui n’a pas grandi sous la dictature et qui n’a pas peur de la police », estime le sociologue Matias Fernandez.

« Ces enfants de la démocratie ne sentent pas qu’ils doivent être reconnaissants pour ce système plein d’injustices et de défauts. Pour ces jeunes, avoir des élections régulières est quelque chose d’aussi incontesté que d’avoir de l’oxygène pour respirer ».

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