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Clément Méric, l’étudiant discret qui « ne baissait pas les yeux »

Tombé à 18 ans sous les coups de skinheads à Paris en juin 2013, Clément Méric était un étudiant brillant…

Tombé à 18 ans sous les coups de skinheads à Paris en juin 2013, Clément Méric était un étudiant brillant et militant d’extrême gauche depuis l’adolescence, aussi discret que déterminé dans ses combats contre le racisme ou pour la cause animale.

« Clément, c’est quelqu’un qui refusait de baisser les yeux. Et ce jour là, il ne les a pas baissés ». Le 5 juin 2013, la frêle et longiligne silhouette de Clément Méric s’écroule sur le bitume lors d’une bagarre entre jeunes antifascistes et militants d’extrême droite dans le centre de Paris. Dans un coma profond, il décède le lendemain.

Fils de deux professeurs de droit, Clément Méric passe une enfance heureuse à Brest. Très tôt, ses centres d’intérêt – l’histoire, la politique, l’observation de la société – le mettent sur la voie de l’engagement politique.

En 2010, à 15 ans, il lit Karl Marx et manifeste contre les projets de réforme du lycée. Il se rapproche ensuite des anarchistes et milieux antifascistes, par la politique et la musique – il joue de la guitare et écoute reggae, rock, punk.

Tous très élogieux, ses proches et anciens enseignants évoquent un garçon « attentionné » et « brillant », parfois aussi « espiègle » et « ironique ». « Il était curieux » et « aurait toujours défendu la veuve et l’orphelin », selon l’une de ses tantes.

En 2011, il contracte une leucémie et passe six semaines en chambre stérile. Une épreuve qui ne le dévie pas de ses engagements libertaires mais aussi antispéciste (contre l’exploitation des animaux et leur consommation par l’homme). Ses médecins auront ainsi le plus grand mal à le convaincre de diversifier son alimentation pour ne pas s’affaiblir. « Il avait accepté », mais « dès qu’il allait mieux » il redevenait végétarien, se rappelle l’un d’eux.

Il est alors en première, révise à hôpital, lit énormément. La maladie l’affaiblit mais le fait aussi mûrir selon ses proches. Il obtient 19/20 à l’écrit du bac français.

– « Jamais belliqueux » –

A l’automne 2012, bac mention très bien en poche, il entre à Sciences-Po Paris. Il hésite entre le journalisme, la justice, l’enseignement et la recherche.

Il loue un studio dans le 9e arrondissement, et se lie vite d’amitié avec un de ses voisins, Alain Rivarol. Dans cet « immeuble où quasiment personne se parle », le jeune homme est venu spontanément se présenter à lui en le croisant dans l’escalier. Clément, dira-t-il, « a été un rayon de soleil dans l’immeuble ».

A Ménilmontant, quartier de prédilection des antifascistes parisiens, Clément Méric commence à militer au sein de l’Action Antifasciste Paris-Banlieue (AFAPB), qui compte une trentaine de membres. Plutôt « discret », il y débat selon ses camarades sans jamais hausser la voix. « Son engagement passait par des pratiques plutôt que des discours », souligne l’une d’elles.

Au printemps 2013, ils se mobilisent contre les « manifs pour tous » d’opposition au mariage homosexuel, populaires à droite et à l’extrême droite. Le 1er mai, Clément est blessé lors d’une bagarre avec des militants d’extrême droite et il terminera à l’hôpital, où il se fera recoudre à la tête. La bagarre suivante, celle du 5 juin, lui sera fatale.

Après sa mort, ses proches s’indignent de le voir parfois présenté comme l’un des initiateurs de la rixe. Selon tous les témoignages recueillis par les enquêteurs auprès de ses proches, enseignants ou voisins, le jeune homme était certes déterminé dans ses combats politiques, mais jamais violent.

« Il avait une révulsion pour le racisme et pour les gens qui n’acceptaient pas l’autre. Mais, il n’a jamais été belliqueux, il ne m’a jamais dit, les skins je les déteste », souligne ainsi Alain Rivarol.

Son destin n’émeut guère dans le camp d’en face. « On en a fait un gentil martyr, alors qu’il faisait partie d’un groupe qui décrète que certaines personnes sont des fascistes et doivent être éliminées de la société. Il cherchait la confrontation, et il l’a payé », répond Serge Ayoub, ancien chef des skinheads parisiens, et en contact à l’époque avec ceux impliqués dans la bagarre mortelle.

Au moment de sa mort, Clément Méric était à la fin de son traitement contre sa leucémie en rémission. « On le sentait bien, ça faisait partie de cette idée qu’il allait vers quelque chose de chouette, qu’il allait être libéré de ce poids », dira son père aux enquêteurs.

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