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Destitution: Trump avait bien lié une aide à l’Ukraine à une enquête politique

Un aveu surprenant de la Maison Blanche sur le gel d’une aide à l’Ukraine et un témoignage sur le rôle central confié à l’avocat personnel de Donald Trump dans la diplomatie envers ce pays ont nourri jeudi l’enquête ouverte par les démocrates en vue destituer le président.

Le chef de cabinet de la Maison Blanche a reconnu au détour d’une conférence de presse que Donald Trump avait suspendu une aide militaire à l’Ukraine en partie pour la forcer à contribuer à une enquête liée à la politique américaine.

Mick Mulvaney a toutefois assuré que cela « n’avait absolument rien à voir » avec l’ancien vice-président Joe Biden, qui pourrait porter les couleurs démocrates lors de la présidentielle de 2020.

L’administration républicaine avait gelé en juillet près de 400 millions de dollars destinés à l’Ukraine, qui ont finalement été débloqués en septembre. Cette décision est au coeur de l’enquête ouverte il y a trois semaines par les parlementaires démocrates dans le cadre de l’explosive procédure d' »impeachment ».

Les élus de l’opposition veulent savoir si Donald Trump, qui a demandé à la fin juillet à son homologue ukrainien d’enquêter sur Joe Biden, avait suspendu l’argent pour le forcer à coopérer.

Le milliardaire républicain martèle qu’il n’a exercé aucune pression sur Volodymyr Zelensky et que l’aide avait été gelée le temps d’évaluer l’assistance apportée à l’Ukraine par ses autres partenaires occidentaux.

Jeudi, pour la première fois, la Maison Blanche a reconnu que Donald Trump avait d’autres motivations.

« A-t-il mentionné en passant la corruption liée au serveur informatique du parti démocrate ? Absolument, il n’y a aucun doute à ce sujet, c’est pour ça que nous avons gelé l’argent », a déclaré M. Mulvaney, en jugeant cette requête tout à fait « appropriée ».

– « Déçu » –

Le directeur de cabinet faisait référence à une théorie née dans les cercles complotistes et relayée par Donald Trump et ses proches, selon laquelle l’Ukraine aurait piraté les e-mails du parti démocrate lors de la présidentielle américaine de 2016 et non la Russie, comme l’ont établi les services de renseignements américains.

Cet argument a été avancé pour décrédibiliser l’enquête sur les soupçons de collusion entre Moscou et l’équipe de campagne du candidat républicain, qui a assombri les deux premières années de son mandat.

L’avocat personnel et fervent défenseur de Donald Trump, Rudy Giuliani, est l’un des principaux relais de cette théorie ainsi que des allégations de « corruption » visant Joe Biden dont le fils Hunter a fait des affaires en Ukraine.


Il y a plusieurs mois, M. Giuliani a entamé une campagne pour tenter de convaincre les autorités ukrainiennes d’ouvrir des enquêtes officielles sur ces deux sujets.

Donald Trump a « ordonné » aux diplomates en charge du dossier ukrainien de travailler avec lui, a révélé jeudi l’ambassadeur américain auprès de l’Union européenne (UE), Gordon Sondland, lors d’une audition devant les commissions de la Chambre des représentants.

« Nous avons été déçus par l’ordre du président d’impliquer M. Giuliani », a déclaré cet homme d’affaires pourtant proche de Donald Trump.

– « Huit témoins » –

Lors des échanges qui ont suivi, l’ancien maire de New York leur a fait savoir que Donald Trump voulait que son homologue ukrainien fasse « une déclaration publique sur la lutte contre la corruption », a poursuivi M. Sondland.

Selon lui, Rudy Giuliani a « mentionné précisément deux sujets d’enquête importants pour le président »: le « serveur informatique démocrate » et le groupe gazier Burisma, pour lequel travaillait Hunter Biden.

« Je n’ai compris que bien plus tard que l’un des objectifs de M. Giuliani était peut-être (…) d’impliquer directement ou indirectement, les Ukrainiens dans la campagne de réélection du président pour 2020 », a assuré l’ambassadeur.

Malgré les efforts de la Maison Blanche pour bloquer l’enquête des démocrates, M. Sondland est le huitième témoin entendu par les parlementaires.

Les démocrates affichent leur volonté d’aller vite vers la mise en accusation du président, une prérogative de la chambre basse du Congrès qu’ils contrôlent.

Il reviendra ensuite, selon la Constitution, au Sénat de juger si M. Trump doit être destitué. Compte tenu de la majorité républicaine dans cette enceinte, cette perspective paraît peu probable à ce stade.


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