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Egypte: « Shawkan » libéré, veut continuer à « être photojournaliste »

Près de six ans après son arrestation alors qu’il couvrait une manifestation d’islamistes au Caire, le photojournaliste égyptien Mahmoud Abu Zeid, dit « Shawkan », est rentré chez lui lundi et a annoncé, quelques heures après sa libération, vouloir continuer son « travail de photojournaliste ».

« Je continuerai mon travail de photojournaliste », a-t-il affirmé à l’AFP, souriant et entouré par sa famille, au cours d’une interview à son domicile peu après sa remise en liberté.

A ses côtés, sa mère Reda Mahrous, 61 ans, a déclaré lui avoir « toujours dit d’éviter les ennuis ». « Mais il dit toujours +j’ai le journalisme dans le sang+ ».

Shawkan, 31 ans, avait été arrêté en août 2013 au Caire alors que les forces de l’ordre réprimaient violemment des partisans de l’ex-président islamiste Mohamed Morsi, qui manifestaient contre sa destitution en juin 2013.

« Nous avons été arrêtés dans les premières 30 ou 40 minutes » après le début des affrontements avec la police, se souvient-il avant d’ajouter que la prison est « une expérience » qu’il ne pourra « jamais oublier ».

Libéré à l’aube lundi, Shawkan est rentré chez ses parents au Caire. Il devra observer un contrôle judiciaire strict pendant cinq ans, l’obligeant à dormir au commissariat de son quartier tous les soirs.

– Symbole –

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a dénoncé lundi ces conditions. Le coordinateur Moyen-Orient et Afrique du Nord de l’ONG, Sherif Mansour, cité dans un communiqué, a appelé « les autorités (égyptiennes) à mettre fin au traitement honteux de ce photojournaliste en supprimant toute condition à sa remise en liberté ».

Aux yeux des organisations internationales de défense des droits humains et de la liberté de la presse, Shawkan était devenu un symbole pour dénoncer l’attitude répressive du pouvoir vis-à-vis des médias en Egypte.

Des images du journaliste, derrière les grilles d’une salle d’audience, mimant le geste du photographe prenant un cliché avec ses deux mains devant le visage, avaient été partagées abondamment sur les réseaux sociaux.

Lundi, la directrice des campagnes d’Amnesty International pour l’Afrique du Nord, Najia Bounaim, citée dans un communiqué, a déclaré: « La remise en liberté longtemps attendue de Mahmoud Abu Zeid met fin à son calvaire et à celui de sa famille. En tant que prisonnier de conscience, il n’aurait pas dû passer une minute derrière les barreaux, encore moins cinq ans et demi ».

Selon Reporters sans frontières, qui se félicitait également lundi de la libération de Shawkan, au moins 30 autres journalistes sont toujours emprisonnés en Egypte.


– Large sourire –

Lundi matin, Mahmoud Abu Zeid arborait un large sourire devant les caméras de plusieurs journalistes, affirmant à propos de sa liberté retrouvée: « c’est comme si je volais ».

Un tribunal l’avait condamné à cinq ans de prison en septembre, une peine qui couvrait la durée de sa détention. Mais il était resté en prison plusieurs mois après cette décision, sa situation n’ayant pas été régularisée avec l’administration pénitentiaire au moment du verdict.

Shawkan avait fait appel de sa condamnation et fera de même pour les conditions de son contrôle judiciaire.

Lauréat du prix mondial de la liberté de la presse de l’Unesco en mai, il était poursuivi pour « meurtre, tentative de meurtre et appartenance à un groupe terroriste » et risquait la peine de mort.

Plus de 700 personnes avait été jugées en même temps que lui en septembre. Soixante-quinze d’entre elles, dont des dirigeants des Frères musulmans, avaient été condamnées à mort.

La plupart des accusés étaient soupçonnés d’avoir tué des policiers ou d’avoir vandalisé des biens publics en août 2013, lors d’émeutes au Caire.

La Haut-commissaire des Nations unies pour les droits de l’Homme, Michelle Bachelet, avait dénoncé ce verdict, estimant que les droits des accusés avaient été « ignorés de manière flagrante ». Le ministère égyptien des Affaires étrangères l’avait accusée, en réponse, de « manque d’objectivité ».

Outre Shawkan, 214 autres personnes avaient écopé de cinq ans de prison. Certaines, libérables, ont également été remises en liberté lundi.

Elu président en 2014, puis réélu en 2018, Abdel Fattah al-Sissi, ex-chef de l’armée et architecte de la destitution de Mohamed Morsi, est régulièrement accusé par les organisations de défense des droits humains d’avoir instauré un régime ultra-répressif.



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