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En cavale depuis 16 ans, l’ancien leader de l’ETA Josu Ternera arrêté en France

La longue cavale de Josu Ternera, un des plus influents chefs de l’organisation séparatiste basque ETA recherché par l’Espagne et la France depuis 16 ans, a pris fin jeudi devant un hôpital de Haute-Savoie.

De son vrai nom Jose Antonio Urrutikoetxea Bengoetxea, cet ancien numéro un de l’organisation dissoute l’année dernière a été tour à tour l’inspirateur d’une stratégie d’attentats meurtriers puis le promoteur de négociations de paix avec l’Etat espagnol, avant d’être écarté de la direction du groupe.

Aujourd’hui âgé de 68 ans, il a été arrêté vers 07H00 sur un parking de l’hôpital général de Sallanches par des enquêteurs qui l’attendaient, a indiqué à l’AFP la chef d’escadron des gendarmes de Chamonix Sarah Chelpi. L’annonce avait été faite auparavant par le ministère espagnol de l’Intérieur.

Il s’y rendait pour un rendez-vous médical accompagné d’un ami qui a aussi été interpellé, a précisé Mme Chelpi, ajoutant que l’arrestation s’était déroulée sans heurt. Selon les médias espagnols, l’ancien « etarra » vivait près de Saint-Gervais-les-Bains, non loin de Sallanches, et souffrirait d’un cancer.

D’abord placé en rétention dans les locaux de la brigade de gendarmerie, il a été examiné par un médecin à l’hôpital sur sa demande, a indiqué une source judiciaire, précisant que son arrestation avait été menée en exécution d’un mandat d’arrêt le visant pour avoir été condamné par défaut en 2017 à huit ans de prison en France pour « participation à une association de malfaiteurs terroriste ».

Peu avant 16H00, un convoi le transportant a quitté la gendarmerie de Sallanches en direction de Bonneville, ont constaté des journalistes de l’AFP. Une source judiciaire a précisé qu’il y sera présenté au procureur puis au juge des libertés et de la détention du même tribunal.

S’agissant de faits relevant du terrorisme, le procureur se dessaisira sans doute rapidement au profit de celui de Paris, a-t-on également indiqué de source proche de l’enquête.

– Voitures piégées –

Pour le gouvernement espagnol, il était le militant de l’ETA le plus recherché par les polices espagnole et française et faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international. Il avait échappé de justesse à plusieurs tentatives d’arrestation.

Il était recherché depuis 2002 quand, député régional d’Euskal Herritarrok, coalition nationaliste radicale, il était passé dans la clandestinité après avoir été cité à comparaître en justice pour son rôle présumé dans un attentat contre une caserne de la Garde civile à Saragosse, dans le nord de l’Espagne, qui avait fait 11 morts, dont cinq enfants, en 1987.

Selon l’Audience nationale, haut tribunal basé à Madrid, il est également recherché pour son implication présumée dans l’assassinat, en 1980, d’un cadre de Michelin en Espagne.


Josu Ternera est considéré comme l’instigateur de la stratégie d’attentats à la voiture piégée adoptée par l’ETA dans les années 80.

Selon les experts de la lutte antiterroriste, il avait aussi mis sur pied le commando « itinérant » d’ETA formé de militants français, qui a été le plus meurtrier de l’organisation.

Ternera avait rejoint l’ETA vers la fin des années 1960, pendant la dictature de Franco, et s’était réfugié en France dans les années 1970.

Chef de l’ETA de la fin des années 1970 jusqu’au moins son arrestation en France en 1989, il avait fini par être écarté de l’état-major en 2006 par les plus radicaux de l’organisation.

– Négociations –

Après avoir établi des contacts avec le gouvernement espagnol en vue de négociations de paix dès les années 1980, il avait joué un rôle de premier plan dans les discussions tenues avec le gouvernement socialiste de Jose Luis Rodriguez Zapatero à partir de 2005.

En 1990, Ternera avait été condamné par la justice française à dix ans de prison et cinq ans d’interdiction de séjour pour « association de malfaiteurs ». « J’ai été, je suis et je serai toujours membre de l’ETA, je suis fier de l’être », avait-il déclaré lors de son procès.

En pleine campagne pour les élections municipales, régionales et européennes du 26 mai, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a commenté dans un tweet: « la démocratie a vaincu l’ETA grâce à l’union de tous les partis ». Après l’arrestation de Josu Ternera, je veux exprimer notre engagement envers la mémoire des victimes, notre gratitude aux forces et corps de sécurité de l’Etat et aux personnalités politiques comme Alfredo Perez Rubalcaba », ancien ministre de l’Intérieur socialiste (2006-2011), décédé la semaine dernière.

Fondée en 1959 sous la dictature de Francisco Franco, l’ETA a tué au moins 853 personnes durant quatre décennies de violence pour l’indépendance du Pays Basque.

Elle a décrété un cessez-le-feu en 2011 avant de se dissoudre en mai 2018. Ternera avait été la voix lisant le communiqué annonçant la dissolution de l’organisation séparatiste.

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