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Entre nostalgie et contestation, la gentrification sert d’inspiration

Nostalgie d’une ville qui disparaît, inquiétude face à l’uniformisation des modes de vie: la « gentrification » inspire des œuvres variées qui ne se résument pas à la contestation politique et prennent parfois une tournure intimiste.

« Pour la musique punk, la gentrification, c’est le nouveau Ronald Reagan », avançait en 2014 un article du site américain CityLab, antenne spécialisée dans l’urbanisme au sein du magazine The Atlantic.

Plus qu’au punk originel britannique, né à la fin des années 1970, l’article fait allusion aux grands noms du « hardcore », version accélérée du genre, qui s’est développé dans les années 1980 aux Etats-Unis autour de groupes comme les Dead Kennedys, chez qui la critique du président républicain était omniprésente.

Désormais, selon l’article centré autour de la scène de la capitale américaine Washington, ce sont les enjeux locaux qui donnent un nouveau souffle politique au punk américain, tel le groupe Chain & The Gang, qui appelle dans une chanson à « dévitaliser la ville » en opposition à la notion de revitalisation mise en avant par les promoteurs et les municipalités pour soutenir le développement économique des quartiers.

Souvent évoquée par les médias culturels américains, la question de la gentrification est aussi traitée moins frontalement dans des oeuvres de fiction où elle sert de sous-texte.

Elle affleure dans le feuilleton policier télévisé des années 2000 « The Wire », qui s’apparente à un portrait de groupe de la ville de Baltimore, entre ses policiers et ses criminels, et plus encore dans une série plus récente du même auteur, « The Deuce », sur le quartier new-yorkais de Times Square, passé d’une ambiance mal famée dans les années 1970 à un haut lieu du tourisme aujourd’hui.

Dans un autre genre, l’horreur, le phénomène sert de déclencheur à l’intrigue du podcast de fiction « The Horror of Dolores Roach », diffusé l’an dernier et situé dans le quartier de Washington Heights au nord de Harlem: son héroïne, sortant de prison, se trouve entraînée dans le meurtre et le cannibalisme face aux menaces d’éviction pesant sur l’ami qui l’héberge.

– Satire et romantisme –


Si cette vogue a largement été alimenté par l’essor des prix du logement à New York lors des dernières décennies et la montée en gamme de plusieurs quartiers, le sujet est une source d’inspiration depuis une cinquantaine d’années, sans prendre un tour systématiquement politique.

En 1970, « The Landlord », premier film du cinéaste américain Hal Ashby qui gagnera une plus large célébrité l’année suivante avec « Harold et Maude », décrivait déjà le cas d’un jeune héritier new-yorkais achetant à Brooklyn un immeuble occupé par une famille noire pauvre dans l’intention de les expulser pour construire un immeuble de luxe, mais y renoncant après être tombé amoureux.

A la même époque, en France, c’est par la satire que la bande dessinée Astérix, scénarisée par René Goscinny, traite d’un sujet équivalent dans le « Domaine des Dieux »: ayant constaté qu’il est impossible d’expulser par force les irréductibles Gaulois, Jules César tente -sans plus de succès- de les pousser vers la sortie en installant un luxueux projet immobilier dans la forêt environnante.

Outre-Manche, quelques années après l’invention à Londres du concept de gentrification par la sociologue britannique Ruth Glass, le groupe londonien The Kinks prend un angle personnel en détaillant la transformation de son quartier d’origine dans l’album « Muswell Hillbillies ».

Dressant une série de portraits, le chanteur Ray Davies s’y inquiète surtout de l’uniformisation de ce quartier populaire, promettant dans la chanson titre qui conclut le disque de ne jamais perdre sa « fierté cockney », le terme qui désigne la classe ouvrière historique à Londres.

Reste que c’est un groupe issu du punk, les Pogues et son rock celtique, qui donnera l’une des approches les plus intimes et nostalgiques, à la fin des années 1980, en prenant la démolition d’un stade consacré aux courses de chiens comme le signe de la fin d’une époque dans sa chanson « White City », du nom d’un autre quartier de Londres.

« Douce ville de mes rêves, (…) comme l’Atlantide on t’a tout simplement perdue de vue », s’y lamente le chanteur Shane MacGowan.

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