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Européennes: Nathalie Loiseau, une classique qui se veut inclassable

Elève précoce devenue diplomate chevronnée, ministre et désormais sur le point de mener la liste LREM aux européennes: Nathalie Loiseau n’est, jure-t-elle, pas la « techno » que l’on croit, et met en avant un parcours marqué par l’engagement féministe et des choix « coups de cœur ».

« Ce n’est tellement pas moi », s’écrie Mme Loiseau, 54 ans, quand on lui prête une éducation fidèle aux us de « la bourgeoisie catholique ».

« Dans cette maison, je suis considérée comme antitechno », assurait-elle il y a quelques jours en recevant dans son bureau du quai d’Orsay, où elle a importé, dit-elle, son « habitude de secouer les gens, de dire que je veux des solutions, pas qu’on m’explique que c’est compliqué ».

Tel va être le premier défi de Mme Loiseau, qui démissionnera du gouvernement lundi pour mener la liste de la majorité au scrutin du 26 mai: prouver qu’elle est moins lisse que son CV, dont la première ligne indique qu’elle est née à Neuilly-sur-Seine.

La patronne du Rassemblement national Marine Le Pen s’est ironiquement réjouie de la candidature de cette « hyper technocrate », qui fait « comme si le peuple n’existe pas ».

Au sein de son propre camp, on se montre aussi confiant sur les compétences de Mme Loiseau qu’inquiet de ses capacités de riposte politique.

– Muscler son jeu –

Ses pairs attendent de Mme Loiseau qu’elle muscle son jeu. Un communicant proche de l’exécutif estimait après son débat face à Marine Le Pen qu’elle ne s’était « pas fait écraser mais n’était pas sortie victorieuse » d’une joute « qui n’était pas d’un très bon niveau ».

Un symbole de cette bataille d’image pourrait être son poste de directrice de l’ENA occupé de 2012 jusqu’à son entrée au gouvernement comme ministre des Affaires européennes, en juin 2017. Elle rappelle avoir été choisie car précisément elle n’avait pas fréquenté les bancs de l’institution, avec comme mission de « remettre la boutique en l’état ».

« Les grands corps de l’administration m’ont vu arriver comme une saltimbanque. Ils se sont opposés à ma nomination jusqu’au jour du conseil des ministres », se plaît-elle à raconter.

Bachelière à 16 ans mention très bien, nourrie au bon grain de Sciences-Po dont elle est sortie à 19 ans, diplômée de mandarin, Mme Loiseau a réussi une ascension éclair. Sa déclaration de candidature à la télévision est apparue téléphonée ? « Je m’en fiche », rétorque-t-elle en plaidant la « spontanéité ».


Durant sa carrière de diplomate, elle a « fait des choses au coup de coeur, parfois pour des raisons personnelles », sans s’inscrire dans « une filière d’ambition ».

– Féminisme –

A la place, elle a été se « balader en Indonésie », puis a donné naissance à trois de ses quatre garçons alors qu’elle était en poste à Dakar. Suivront le Maroc, puis Washington.

Elle vit ainsi en 2003 aux Etats-Unis, comme porte-parole de l’ambassade, la montée d’un violent sentiment anti-français lié au refus de s’engager dans la guerre en Irak. Avec l’ambassadeur Jean-David Levitte, elle propose alors de publier une lettre ouverte en Une du Washington Post.

« La lettre a fait du +schtroumpf+ et ça a mis immédiatement un terme à la campagne de fake news. Je lui dois une éternelle reconnaissance », salue M. Lévitte qui loue « l’inventivité et le sang froid » de Mme Loiseau.

Protégée d’Alain Juppé, à qui elle doit un premier passage en cabinet ministériel au Quai dès 1993, Mme Loiseau n’a qu’une expérience électorale: aux européennes de 1989, elle avait recueilli 0,17% sur une liste obscure, « avec zéro sou mais l’ardeur de la jeunesse », s’amuse-t-elle.

Mme Loiseau, qui raconte dans son livre « Choisissez tout » paru en 2014, avoir été élevée dans l’ombre de son frère, a souvent stigmatisé les « attentes différenciées » et les « projections inconscientes » qui entravent la vie des femmes.

« Je me pose toujours la question pour des femmes moins favorisées ou plus jeunes. J’essaye de ne rien laisser passer pour leur tracer un chemin », explique-t-elle.

Sur son temps libre, Mme Loiseau va publier en avril une bande dessinée sur l’Europe réalisée avec son plus jeune fils, âgé de 12 ans, et couche parfois sur le papier « des bouts de fiction ». Elle dit « donner des coups de main » dans une association aidant les réfugiés syriens et irakiens dont s’occupe son mari. Et elle se détend avec une séance de « gymnastique chinoise ».

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