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Face à Renault-Fiat Chrysler, quelle place pour Nissan dans l’alliance?

Le rapprochement qui s’amorce entre le constructeur français Renault et l’italo-américain Fiat Chrysler met le groupe japonais Nissan dans une position délicate.

Comment perçoit-il l’opération, quel rôle pourrait-il jouer dans cette nouvelle structure, une intégration est-elle envisageable? Voici un point sur les différents scénarios possibles, alors que le Conseil d’administration de Renault se réunit mardi pour décider de l’ouverture de négociations exclusives avec FCA.

– Peut-il faire capoter la fusion ? –

Nissan n’a pas vraiment son mot à dire. Il possède 15% de Renault, mais sans droit de vote à l’assemblée générale: il n’a donc pas les moyens de bloquer l’union de son allié de 20 ans avec Fiat Chrysler (FCA).

Par ailleurs, l’accord confidentiel appelé Rama (Restated Alliance Master Agreement »), qui définit les rapports entre Renault et Nissan mais dont on sait très peu de choses, ne devrait pas poser obstacle.

Après la surprise initiale – Nissan n’avait pas été prévenu par son allié de longue date des discussions avec FCA -, le constructeur japonais a reçu la semaine dernière les explications des dirigeants du groupe au losange.

A l’issue de cette réunion, son patron Hiroto Saikawa s’est voulu prudent: ni pour, ni contre. Tout en estimant que Nissan pourrait tirer des bénéfices d’une extension de l’alliance, il a répété lundi vouloir évaluer attentivement l’impact de l’opération Renault-FCA sur le partenariat actuel dans le souci de « protéger les intérêts » de la compagnie.

« Cela nécessiterait une révision fondamentale de la relation existante entre Nissan et Renault », a prévenu le dirigeant, qui s’est dit favorable à une rencontre avec le président de FCA, John Elkann.

– Quelle forme pourrait prendre une collaboration? –

Les inconnues sont nombreuses.

Nissan pourrait collaborer au nouvel ensemble dans un cadre similaire à ce qui se passe actuellement avec Renault.

L’alliance, née en 1999 mais véritablement développée à partir des années 2000, a déjà mis sur pied des achats en commun, une mutualisation de la recherche-développement dans certains domaines, et des partages d’usines, de moteurs ou de plateformes pour réduire les coûts des partenaires qui restent des entreprises indépendantes. Le constructeur Mitsubishi Motors a rejoint l’alliance fin 2016.

En cas d’union Renault/FCA, la part de Nissan dans le groupe ainsi créé sera toutefois diluée de 15% à 7,5% et il aura droit à un siège au conseil d’administration.

Mais Nissan craint que la situation ne se complique avec l’entrée dans le jeu de l’Etat italien, alors que l’interférence du gouvernement français irritait déjà en interne.

– Va-t-il perdre de son influence? –


C’est l’inquiétude principale de Nissan: sera-t-il traité sur un pied d’égalité, alors qu’il n’aura plus qu’une part réduite dans l’ensemble ?

Actuellement le constructeur est le poids lourd de l’alliance, avec 5,5 millions de voitures vendues par an, une avance technologique dans l’électrique et une forte présence en Chine.

Autant d’éléments qu’il espère mettre en avant pour maintenir son influence.

Mais il n’est pas dans sa meilleure forme: ses bénéfices sont en chute et son pouvoir de négociation affaibli.

Les relations sont en outre très tendues avec Renault depuis l’éviction de celui qui cimentait l’alliance, Carlos Ghosn.

« Si Nissan peut s’appuyer sur les domaines de son choix chez ses deux partenaires, cela lui sera bénéfique. Cependant, cela ne sera probablement pas le cas car il ne fera plus le poids » face au nouveau groupe créé, prévient Tatsuo Yoshida, spécialiste du secteur chez Sawakami Asset Management.

Le rapprochement de Renault et FCA doit en effet donner naissance à un géant doté de ventes annuelles de 8,7 millions de véhicules.

Nissan craint en outre d’être mis à l’écart du fait des différences culturelles et de la distance géographique avec ses partenaires.

– Rester indépendants ou se joindre à la fusion? –

Nissan, qui avait rejeté il y a peu les nouvelles avances de Renault pour resserrer les liens, peut dans un sens se réjouir. « Cela pourrait être somme toute plus facile de redresser notre activité dans notre coin pendant que Renault est occupé à la fusion avec FCA et que Français et Italiens se battent pour le pouvoir », confie une source proche de la compagnie.

Toutefois, « une alliance élargie pourrait déboucher sur une relation plus étroite entre ses différents membres et entraver l’autonomie de Nissan », estimait l’agence S&P Global Ratings dans une note publiée fin mai.

Si une fusion Renault-Nissan n’est plus d’actualité, le groupe au losange reste « ouvert » à l’idée si son allié japonais en manifeste l’envie, selon le président du Conseil d’administration de Renault, Jean-Dominique Senard.

Reste à voir si Nissan, par peur d’être évincé de l’alliance, décide de surmonter ses réticences à l’égard d’une intégration et de faire valoir ses atouts pour avoir une place de choix dans le nouvel ensemble. « Ce n’est pas impossible », souffle la source.



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