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Grèce: Alexis Tsipras ou le pari perdu du Premier ministre anti-austérité

Fervent militant anti-austérité à son arrivée sur la scène européenne, Alexis Tsipras s’est révélé en réformateur pragmatique dans le chaos grec, avant d’être éjecté dimanche du siège de Premier ministre, taxé d’avoir trahi ses électeurs.

Pour éviter à la Grèce le défaut de paiement, cet « outsider » de la vie politique grecque, dominée par de grandes familles, a été contraint de faire volte-face et de se plier aux créanciers, UE et FMI, dont il a accepté les réformes rigoureuses impopulaires, malgré le « non » des Grecs à l’austérité lors du référendum de juillet 2015.

Rompant avec les durs de son parti de gauche radicale, Syriza, et s’ouvrant au centre gauche, cet ancien communiste avait à nouveau remporté le soutien du peuple, six mois après sa première élection en janvier 2015, lors d’un pari risqué dont il est coutumier.

Faisant preuve de « pragmatisme politique », selon des analystes, le plus jeune Premier ministre en 150 ans a imposé, bon gré mal gré, les mesures d’austérité prônées par l’Europe, non sans avoir agacé ses alliés européens en tentant d’assouplir le carcan de la dette.

Mais malgré la reprise économique et le retour du pays sur les marchés d’emprunt, ce fan de Che Guevara, dont il donna le deuxième prénom Ernesto à l’un de ses fils, s’est heurté à la lassitude des Grecs, meurtris par une décennie de privations et de ponctions fiscales.

Devenu réformateur crédible sur le plan économique, Alexis Tsipras, 44 ans, a bénéficié du soutien des leaders européens pour résoudre un litige vieux de 27 ans avec Skopje, et parvient à un accord sur le nom de l’Ancienne république yougoslave de Macédoine, rebaptisée en « Macédoine du Nord ».

Un autre pari risqué, dont il reconnaît le coût politique, tant l’opposition est vive au sein de la droite et dans l’opinion publique. Car pour beaucoup en Grèce, l’appellation de Macédoine doit être réservé à la province grecque qui porte ce nom.

– Parcours fulgurant –


Son charisme politique s’est révélé au plus jeune âge: l’ex-leader étudiant devient à 25 ans secrétaire général des jeunes de son parti Syriza, avant d’être candidat à la mairie d’Athènes à 32 ans, chef du parti à 33 et député à 35.

Ingénieur de formation, Alexis Tsipras est né dans une famille de gauche de la banlieue d’Athènes en 1974, à la fin de la dictature des colonels qui a persécuté la gauche pendant sept ans. En dépit des fortes traditions conservatrices du pays, il vit en union libre avec sa compagne ingénieure rencontrée sur les bancs du lycée et est ouvertement athée.

Malgré les moeurs conservateurs du pays et la dominance de l’Eglise orthodoxe, son gouvernement a instauré le pacte civil pour les couples de même sexe et permis aux personnes transgenre de déterminer leur sexe.

Suivant une politique pro-migratoire, il a géré en 2015 le transit en Europe de 800.000 migrants et réfugiés arrivés sur le sol grec. Fidèle à son idéologie de gauche, il a permis aux enfants d’immigrés nés en Grèce d’obtenir la nationalité grecque.

Mais le plus long gouvernement depuis la crise de 2010 finit par décevoir après une décennie d’austérité. Et malgré des mesures sociales pour les plus défavorisés, les Grecs se sentent « trahis » par les ponctions fiscales draconiennes et un taux de chômage qui, malgré sa baisse à 19%, reste le plus élevé de la zone euro.

Sonné par un échec cinglant aux élections européennes et locales, fin mai et début juin, le Premier ministre sortant, dont le mandat s’achevait théoriquement en octobre, a tenté un nouveau coup de poker risqué en convoquant lui-même ces élections anticipées au début de l’été. Mais cette fois, face aux partis traditionnels, Tsipras a perdu son pari.



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