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Guerre commerciale: l’arsenal de la Chine face à Trump

Pékin a tiré une première salve de sanctions commerciales contre les Etats-Unis, en réponse aux augmentations de droits de douane de l’administration Trump. D’autres mesures pourraient suivre.

– Relever les droits –

La Chine importe presque quatre fois moins de biens qu’elle n’en exporte vers les Etats-Unis, ce qui limite sa marge de manoeuvre face aux nouvelles sanctions commerciales.

Si, à partir du 1er juin, Pékin va relever ses tarifs douaniers à 10%, 20%, voire jusqu’à 25% sur un ensemble de marchandises américaines déjà taxées –gaz naturel liquéfié, produits chimiques, fruits et légumes, fruits de mer– il arrive désormais à court de munitions.

Aujourd’hui, la quasi totalité des marchandises américaines sont surtaxées en Chine, soit 110 milliards de dollars sur un total annuel de 120 milliards.

La nouvelle salve de mesures porte sur 5.140 produits représentant 60 milliards de dollars d’importations annuelles.

– Passer à l’étape supérieure? –

« Augmenter les droits de douane, c’est s’infliger soi-même des coups » car « on augmente le coût des importations de ses propres producteurs », estime Robert Lawrence, professeur de commerce international à l’Université Harvard.

Cependant, en pleine guerre commerciale « les considérations économiques sont secondaires », reconnaît-il, car « il s’agit beaucoup plus d’une question de posture et de politique ». « La Chine peut-elle passivement accepter (un tel traitement)? »

Les automobiles et pièces détachées auto en provenance des Etats-Unis sont menacées par une hausse de 25% des droits. Annoncée par Pékin en décembre, cette mesure a été suspendue en début d’année mais peut être facilement réactivée.

Le secteur, crucial pour l’économie américaine, représente aussi une importante base électorale pour Donald Trump.

– Dévaluer le yuan? –

La banque centrale chinoise peut-elle abaisser le cours de sa monnaie, le yuan, pour soutenir les firmes exportatrices, comme Donald Trump l’en accuse régulièrement?

Cette stratégie serait « peu réaliste », selon Rajiv Biswas, du cabinet IHS Markit.

Au contraire, « depuis 2015, l’une des priorités du gouvernement chinois a été de stabiliser le taux de change » afin de « protéger les réserves » du pays, rappelle l’économiste.

« Une baisse déstabilisatrice du yuan pourrait déclencher de nouvelles sorties importantes de capitaux », selon M. Biswas.

– Pénaliser les entreprises? –


La Chine pourrait entraver le fonctionnement des entreprises américaines chez elle: exigences réglementaires, durcissement des contrôles sanitaires et fiscaux ou encore blocages en douane.

Ces mesures « bénéficieraient d’un large soutien en Chine, mais elles mineraient davantage la confiance des entreprises » étrangères, prévient Jake Parker, de la Chambre de commerce américaine.

Si Pékin optait pour cette option, cela constituerait « une escalade », analyse Jacob Funk Kirkegaard, chercheur au Peterson Institute for International Economics (PIIE). « Si on fait ça, on prend le risque que l’administration Trump décide de faire un autre ZTE et bloque l’accès (de la Chine) à certaines technologies ».

L’an dernier, Washington avait interdit toutes ventes de composants électroniques à ZTE, mettant en péril l’existence même de ce géant des télécoms, accusé d’avoir violé des embargos contre l’Iran et la Corée du Nord.

Donald Trump avait finalement consenti à revenir sur cette décision.

– Appeler au boycott? –

Les Chinois pourraient être incités à ne plus acheter de produits phares américains, à l’image des iPhone.

En froid avec le Japon en 2012 ou la Corée du Sud en 2017, des campagnes de boycott orchestrées par le pouvoir avaient conduit à un effondrement de 50% des ventes pour les marques automobiles de ces deux pays en un mois.

Mais cette mesure pénaliserait aussi les millions de Chinois employés par des entreprises américaines et leurs partenaires locaux.

– Snober Boeing? –

La Chine est capitale pour Boeing, qui y vend un quart de ses avions.

Le rédacteur en chef du journal nationaliste Global Times — contrôlé par le gouvernement chinois — a relancé la possibilité que son pays réduise les commandes de Boeing, bien que l’avionneur se dise « confiant ».

Fin mars, Pékin a pourtant finalisé une commande ferme de 300 Airbus, à l’occasion de la visite du président chinois en France.

– Vendre la dette? –

La Chine est le principal détenteur de dette américaine (environ 1.200 milliards de dollars). Mais en vendre une grosse partie serait risqué, car toute déstabilisation des marchés pourrait entamer la valeur des bons du Trésor détenus par Pékin.



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