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« Hemeidti », le chef de milice qui a terrorisé le Darfour, devenu homme fort du Soudan

A la tête de milices qui ont semé la terreur au Darfour, Mohammed Hamdan Daglo dit « Hemeidti », aujourd’hui numéro deux du Conseil militaire au pouvoir au Soudan depuis la chute d’Omar el-Béchir, est désormais un des hommes forts du pays.

Chef d’une petite milice de l’ouest du pays au début du conflit, il a gravi les marches du pouvoir pendant cette guerre ethnique qui a démarré en 2003.

Il finit par prendre la tête de certains groupes Janjawid, ex-milices parmi les tribus arabes chargées de la politique de la terre brûlée au Darfour et accusées de multiples exactions, qui ont valu à Omar el-Béchir deux mandats d’arrêts de la Cour pénale internationale (CPI) pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité », puis pour « génocide ».

Des centaines de milliers de morts et plus de deux millions de déplacés plus tard, « Hemeidti » est aujourd’hui passé commandant de l’une des plus puissantes forces paramilitaires du Soudan, les redoutées RSF (Forces de soutien rapide).

Ces forces sont accusées d’avoir étouffé lundi, dans le sang, le mouvement de protestation pacifique qui ébranle le régime depuis décembre 2018.

Un comité de médecins proche du mouvement de contestation a dénombré 108 morts depuis l’évacuation brutale du sit-in -sorte de cité à ciel ouvert occupée par des milliers de personnes depuis le 6 avril-, devant le QG de l’armée dans le centre de Khartoum.

– « Double jeu » –

Les autorités ont fait état jeudi de 61 morts et ont cherché à minimiser la répression.

Avant sa destitution le 11 avril, les forces qui étaient fidèles à M. Béchir avaient fait preuve d’une forme de retenue.

Le général Daglo, après une première tentative de dispersion qui avait fait cinq morts en mai, avait même tenté de faire illusion dans une vidéo où, vêtu du treillis porté par ses hommes et s’exprimant dans un arabe avec l’accent de l’ouest, il avait affirmé qu’il ne lâcherait pas ses troupes sur la foule.

Car c’est là une de ses marques: depuis avril, « Hemeidti » est devenu incontournable sur les télévisions soudanaises. Tantôt pour s’attirer la sympathie en rendant visite sur son lit d’hôpital à un manifestant blessé, tantôt pour affirmer qu’il « ne permettra pas le chaos », montrant son vrai visage au lendemain de l’évacuation violente du sit-in.

– « Ascension » –


Né en 1975 dans une tribu arabe nomade à la frontière entre le Tchad et le Soudan, Daglo n’a pas poursuivi d’études. Dans un entretien accordé à l’AFP en 2016, il avait déclaré être un commerçant du Darfour, vendant chameaux et moutons au Soudan, en Libye et au Tchad.

« Bien qu’il ne soit pas éduqué, il apparaît dans ses échanges comme un homme extrêmement intelligent et qui prend les choses en main », a dit un diplomate européen qui a rencontré Daglo peu de temps après la destitution et l’arrestation de M. Béchir.

Lorsque les affaires ont cessé à cause des combats au Darfour en 2003, il s’est rendu à Niyala pour rejoindre les gardes-frontières, une unité dirigée par Khartoum.

Dans le but de contrer l’insurrection des rebelles pour la plupart d’origine africaine, le pouvoir a formé et armé des combattants arabes nomades, les envoyant attaquer des villages à cheval et en chameaux: les Janjawid.

Mais ces milices se sont aussi parfois insurgées contre le pouvoir. Daglo est lui-même devenu un temps un rebelle: il apparaît dans un documentaire diffusé par la télévision britannique, alors que la milice qu’il dirige s’apprête à se rebeller contre Khartoum.

– « Ambitions » –

Filmé dans la campagne darfourie, le visage en partie dissimulé et vêtu d’une veste militaire, Daglo niait toute implication dans des exactions. Mais il a rapidement fait volte-face et, en 2013, a été nommé commandant d’une nouvelle force formée notamment d’anciennes milices: les RSF.

« Il semble que Béchir s’est de plus en plus méfié de l’armée régulière et des services de renseignement, estimant que les deux pourraient s’allier, et il a ainsi donné davantage de pouvoir aux RSF, en faisant une garde prétorienne et un troisième pôle du pouvoir », explique le chercheur spécialiste du Soudan, Jérôme Tubiana.

Ces forces rapides ont remporté un certain nombre de victoires contre des groupes rebelles en 2014 et 2015, mais ont été accusées par Amnesty International d’avoir commis des abus, notamment des exécutions et des viols. Des accusations démenties par « Hemeidti ».

Lorsque le Soudan a rejoint la coalition militaire dirigée par les Saoudiens au Yémen en 2015, les RSF de Daglo ont été déployées. « Cela lui a permis, aux côtés d’al-Burhane, de rencontrer des responsables des émiratis et saoudiens, et de se présenter comme des successeurs possibles de Béchir », souligne M. Tubiana, en allusion au chef du Conseil militaire, Abdel Fattah al-Burhane.

Mohammed Hamdan Daglo « est très ambitieux sur le plan politique. Il faut regarder et attendre comment ses ambitions se concrétisent », dit un diplomate occidental.



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