Culture › Musique

La force de l’histoire africaine a fait se rencontrer Randy Weston et Cheikh Anta Diop

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Le jazzman Randy Weston, décédé samedi à Brooklyn à l’âge de 92 ans, est l’auteur de la musique du film « Kemtiyu Seex Anta » du cinéaste sénégalais Ousmane William Mbaye, un témoignage parmi d’autres des efforts tenaces accomplis toute sa vie par le musicien américain pour maintenir vivaces les liens entre l’Afrique et sa diaspora américaine.

Ce documentaire réalisé en 2016 et primé plusieurs fois retrace le parcours de l’historien et homme politique sénégalais Cheikh Anta Diop, qui s’est évertué pendant plusieurs décennies à montrer l’apport de l’Afrique à la culture et à la civilisation mondiale.

« L’Afrique est notre mère à tous, magique et mystérieuse », avait coutume de dire Weston, qui considérait qu’un musicien, plus qu’un simple professionnel, est un homme au service de son peuple, à la manière d’un guérisseur, d’un enseignant ou d’un conteur.

« Kemtiyu Seex Anta » se présentait donc comme la promesse d’une rencontre naturellement attendue entre deux consciences historiques dont toute la vie était dédiée à l’Afrique et au témoignage de sa grandeur.

Dans le film d’Ousmane William Mbaye, Randy Weston n’a d’ailleurs pas manqué de témoigner de son amour pour l’Afrique et Cheikh Anta Diop, lui dont l’engagement va consister, à partir des années 1960, à maintenir vivace le lien entre l’Afrique et la diaspora américaine.

Pour ce faire, il se rend au Nigeria, pèlerinage qui lui permettra de valider son intuition artistique faisant de l’Afrique la terre d’un peuple unique, ce qui permettra à son jazz de s’ouvrir au continent et à ses musiciens.


« Highlife », son album paru en 1963, témoigne de son intérêt pour le genre musical hybride faisant fureur au Nigeria à cette époque, et qui était présenté comme le croisement du jazz et des traditions ouest-africaines.

De 1967 à 1972, le pianiste s’installe à Tanger pour ouvrir son propre club et faire jouer tous les musiciens qui le souhaitent. Il est influencé par les Gnawas marocains, ce qui transparait dans son album « Blue Moses ».

Une perspective qui rejoint là aussi celle pour laquelle Cheikh Anta Diop a mené le combat de toute une vie, à savoir l’unité culturelle de l’Afrique, au-delà de ses thèses sur les Etats-Unis d’Afrique et le primat de la civilisation noire sur toutes les autres.

Randy Weston et Cheikh Anta Diop ont vécu en visionnaires dont la volonté était de contribuer à faire en sorte que le peuple noir prenne conscience de la force de son histoire pour se réinventer sans cesse et rester en harmonie avec les autres.


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