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La Gambie ouvre l’inventaire des violations des droits de l’Homme de Jammeh

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Plus de 20 mois après le départ en exil de l’ex-président Yahya Jammeh, la Gambie a lancé lundi une commission pour faire la lumière sur les violations des droits de l’Homme commises sous son régime.

Mais un éventuel jugement de l’ancien militaire qui a régné sans partage pendant 22 ans sur ce petit pays anglophone d’Afrique de l’Ouest enclavé dans le Sénégal, à l’exception d’une étroite façade côtière prisée des touristes, paraît encore chimérique.

Les 11 membres de la Commission « Vérité, réconciliation et réparations » (TRRC) lancée en 2017 ont prêté serment lors d’une cérémonie en présence du président Adama Barrow et du ministre de la Justice, Abubacarr Tambadou.

Instituée par une loi en décembre 2017, la TRRC dispose de pouvoirs d’enquête et pourra, au terme de ses travaux dans deux ans, recommander des poursuites ou des réparations.

Les audiences publiques de la Commission doivent commencer dans les prochaines semaines.

Lors de la cérémonie, M. Barrow a formé le voeu que « plus jamais ce beau pays ne connaisse la tyrannie d’une minorité sur la majorité ».

Présidée par un ancien diplomate auprès des Nations unies, Lamin Sise, la Commission comprend quatre femmes, dont la vice-présidente, Adelaide Sosseh, et représente l’ensemble des communautés ethniques et religieuses du pays.

Le juriste américain Reed Brody, qui a travaillé avec les victimes du régime de l’ex-président tchadien (1982-1990) Hissène Habré, a dit espérer que « la TRRC soit le premier pas pour que Yahya Jammeh et ses sbires rendent compte de leurs actes ».

« Les Gambiens torturés ou violés en prison, abattus pour avoir manifesté pacifiquement, forcés à subir les prétendus +traitements+ du sida de Jammeh, dont les parents ont été tués ou visés par de littérales chasses aux sorcières,, tous ceux-là pourront s’exprimer », a-t-il dit.

Parvenu au pouvoir par un putsch sans effusion de sang en 1994, Yahya Jammeh s’était fait largement élire et réélire sans interruption jusqu’à sa défaite en décembre 2016 face à M. Barrow, candidat de l’opposition.

Après six semaines d’une crise à rebondissements provoquée par son refus de céder le pouvoir, il a finalement quitté le pays le 21 janvier 2017 pour la Guinée équatoriale, à la suite d’une intervention militaire de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et d’une ultime médiation guinéo-mauritanienne.


– Opposants et journalistes traqués –

Les défenseurs des droits de l’Homme avaient accusé le régime Jammeh d’actes systématiques de torture contre des opposants et des journalistes, d’exécutions extra-judiciaires, détentions arbitraires et disparitions forcées.

Ancien correspondant de la BBC à Banjul, Lamin Cham a raconté à l’AFP comment il avait été arrêté en juin 2006 et torturé par des gardes du corps du président gambien au siège de la défunte Agence nationale de renseignement (NIA), considérée comme l’instrument de répression du régime.

D’autres ont connu un sort encore moins enviable, comme le journaliste Deyda Hydara, cofondateur du journal privé The Point et correspondant de l’Agence France-Presse, assassiné par balles en décembre 2004, ou l’opposant Solo Sandeng, mort en détention en avril 2016.

Il y a un an, des ONG et des associations de victimes, dont la fille de Solo Sandeng et le fils de Deyda Hydara, ont lancé la campagne internationale « Jammeh2Justice », pour traduire en justice l’ex-président, tout en prévenant que ce serait une entreprise de longue haleine.

Interrogé en janvier sur une éventuelle demande d’extradition de Yahya Jammeh, Adama Barrow a indiqué qu’il attendrait la fin des travaux de la TRRC.

La sécurité du pays est toujours assurée par la force de la Cédéao, dont le mandat a été prolongé à plusieurs reprises.

Une responsable d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest, Marta Colomer, a salué l’installation de la TRRC, mais souligné la nécessité de « gérer les attentes des victimes », par rapport aux compétences de la Commission. De plus, « collecter et compiler toutes les informations et les preuves des violations des droits de l’Homme sera un défi ».

Le procès d’anciens agents de la NIA, officiellement ouvert en mars 2017 mais régulièrement ajourné et parfois troublé par des rixes entre proches des accusés et des victimes pourrait également augurer des difficultés qui attendent la Commission.

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