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La gentrification, trente ans de polémique dans les grandes villes du monde

Issues d’élus locaux, d’organisations militantes et d’habitants historiques, les accusations de « gentrification » sont récurrentes dans plusieurs grandes villes du monde: à l’origine de manifestations parfois violentes, cette contestation dure depuis une trentaine d’années et s’est récemment accentuée.

– New York –

C’est de la plus grande ville des Etats-Unis que la « gentrification » a fait son entrée dans le débat public, voici une trentaine d’années, et qu’est venue la dernière polémique en date d’ampleur mondiale avec le renoncement du géant Amazon à y implanter un siège.

Dans la nuit du 6 au 7 août 1988, dans le sud de Manhattan, une émeute oppose la police à des militants et des habitants autour du sort du parc de Tompkins Square, devenu un lieu de campement de sans-abri que les autorités souhaitent évacuer.

Au cours de la manifestation, qui fait une centaine de blessés, des participants arborent des pancartes « La gentrification, c’est la lutte des classes », donnant une vaste exposition publique à un concept jusqu’alors surtout élaboré par des universitaires.

Les années 1990 et 2000 voient non seulement s’embourgeoiser des quartiers de Manhattan mais aussi, de l’autre côté de l’East River, de Brooklyn, ce phénomène cristallisant souvent les critiques de gauche du maire républicain Rudolph Giuliani (1994-2001) qui met l’accent sur la lutte contre la criminalité.

Début 2019, c’est cette fois le district particulièrement cosmopolite du Queens où se focalisent les débats. Amazon renonce à s’y installer, évoquant l’opposition de personnalités politiques locales.

En plus de s’indigner d’avantages fiscaux accordés à Amazon par la ville et l’Etat de New York, ces élus, parmi lesquels la médiatique députée socialiste Alexandria Ocasio-Cortez, dénonçaient la gentrification accélérée que produiraient selon eux l’arrivée du groupe et ses 25.000 emplois promis.

– Berlin –

Autre renoncement d’un géant du web, Google est revenue fin 2018 sur son intention d’installer un « campus », lieu destiné à l’événementiel et au développement de startups, dans le quartier de Kreuzberg, lieu d’immigration turque et bastion historique de mouvements alternatifs au sein de la capitale allemande.

Malgré le soutien de la municipalité social-démocrate à cette implantation, le groupe a cédé à une campagne baptisée « Fuck off Google », qui dénonçait en vrac les évictions de locataires historiques du quartier et le modèle économique de l’américain.


Ce rejet marque la dernière apogée en date d’un mouvement, souvent radical, contre son embourgeoisement culturel et économique. En 2016, une centaine de personnes étaient notamment blessées lors d’affrontement entre la police et des militants d’extrême gauche à l’ocassion d’une tentative d’évacuation d’un squat de l’ancien quartier ouvrier de Friedrichshain.

– Londres –

La capitale britannique, dont l’étude sociologique de certains quartiers a fait émerger le concept de gentrification dans les années 1960, accueille aussi des tensions liées au changements de plusieurs quartiers.

En 2015, les médias britanniques ont beaucoup relayé une manifestation violente contre un « bar à céréales » aux prix jugés élevés dans la rue de Brick Lane, historiquement dominée par la communauté bangladaise, située plus largement dans le quartier branché de Shoreditch.

A l’initiative d’un groupuscule anarchiste, « Class War » (« lutte des classes »), qui axe son discours contre la gentrification, les manifestants peignent des insultes sur la vitrine du magasin tandis qu’un policier est blessé par le jet d’une bouteille.

Plus au sud, dans le quartier de Brixton, les inquiétudes de petits commerçants se fixent autour de la vente l’an dernier par Network Rail, l’exploitant ferroviaire britannique, d’un pont de chemin de fer sous lequel se trouvent de multiples magasins craignant désormais une hausse de leurs loyers.

– Lisbonne –

La capitale portuguaise enregistre depuis des années une hausse de ses prix immobiliers, de même que la deuxième ville du pays, Porto. Si le phénomène est en partie lié à l’installation d’étrangers, après la mise en place par le pays d’un régime fiscal incitatif, les critiques locales tournent aussi autour des conséquences de l’essor du tourisme.

En septembre 2018, plusieurs centaines de personnes ont défilé dans les rues de Lisbonne et quelques dizaines à Porto pour protester contre la hausse du prix des loyers, notamment du nombre de logements dédiés à la location touristique de courte durée.

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