L’Atlantique en alerte : le Golfe de Guinée face à la criminalité maritime

Dakar, ce mardi 17 novembre. La mer fut un temps barrière. Elle n'est plus que passage. Un passage convoité, fragile, où…

Dakar, ce mardi 17 novembre. La mer fut un temps barrière. Elle n’est plus que passage. Un passage convoité, fragile, où se croisent espoirs de prospérité et convoitises criminelles. C’est ici, face à l’immensité bleue, que 27 marines et garde-côtes ont posé leurs armes… diplomatiques. Pour trois jours, le Symposium du Golfe de Guinée transforme Dakar en quartier général de la sécurité maritime.

Le général Birame Diop, ministre des Forces armées, ouvre le bal stratégique d’une voix posée, mais sans équivoque. Son message, porteur des mots du président Bassirou Diomaye Faye, résonne comme un constat implacable : « Aucun État ne peut naviguer seul. » La métaphore vaut pour l’océan comme pour la géopolitique. Les menaces, autrefois localisées, ignorent désormais les frontières. Elles s’organisent en réseaux, à l’échelle d’un bassin atlantique devenu le théâtre d’une guerre silencieuse.

Piraterie, cocaïne et climat : la triple menace

Le temps n’est plus où la piraterie résumait à elle seule les périls maritimes. Le ministre dresse un tableau bien plus sombre, celui d’un espace sous pression. Aux trafics d’armes et aux migrations irrégulières s’ajoute désormais un fléau d’une autre ampleur : le trafic international de cocaïne, cette « industrie criminelle » qui relie les continents dans une danse macabre. Chaque cargaison interceptée n’est que la partie émergée d’un iceberg aux ramifications tentaculaires.

Dans l’ombre, d’autres dangers rôdent. La pêche illicite, véritable saignée pour les économies côtières, et les pollutions marine rappellent que les agressions contre l’océan sont multiples. Le changement climatique, lui, agit comme un multiplicateur de menaces, érodant les littoraux et déstabilisant un peu plus des communautés déjà vulnérables.

De la Déclaration de Yaoundé à l’ambition atlantique

Face à cette complexité, le général Diop puise dans le passé pour éclairer l’avenir. Il rappelle l’héritage de la Déclaration de Yaoundé de 2013, acte fondateur d’une ambition collective. On sent, dans ses mots, la fierté des progrès accomplis : centres régionaux de sécurité maritime opérationnels, patrouilles conjointes coordonnées. Autant de signes d’une « solidarité maritime africaine en marche ».

Mais le ministre porte un regard sans concession sur le chemin restant à parcourir. L’architecture de sécurité, dit-il, entre dans « une nouvelle phase de maturation ». Un euphémisme pour signifier que la réponse doit désormais se penser à hauteur d’Atlantique. Citant l’historien Fernand Braudel – « la mer est à la fois un lien et une frontière » –, il appelle à transformer l’océan en « pont sûr vers la prospérité ».

La souveraineté maritime, ultime rempart

Dans cette lutte inégale, les partenaires internationaux – Royaume-Uni, Union européenne, France – jouent un rôle crucial. Leur expertise technique, leurs moyens logistiques, sont des atouts précieux. Mais le général Diop lance un avertissement solennel : la sécurité du Golfe de Guinée ne saurait être déléguée.

« C’est à nous, nations atlantiques africaines, qu’il revient de façonner l’avenir de cette région. » La phrase, prononcée avec une gravité mesurée, scelle le pacte que Dakar propose à ses partenaires. Un partenariat d’égaux, où la responsabilité première incombe aux États riverains.

Alors que le symposium ouvre ses panels techniques, une certitude émerge des discours inauguraux. La bataille pour le Golfe de Guinée ne se gagnera ni par la seule force des armes, ni par la simple coopération technique. Elle se gagnera par la volonté politique. Celle de faire de l’Atlantique non plus une frontière, mais un bien commun. Le défi est immense. La réponse commence ici, à Dakar.

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