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Le ministre des Affaires étrangères iranien annonce sa démission

Le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif, cheville ouvrière de l’accord international sur le nucléaire iranien de 2015, a annoncé lundi soir sa démission, qui doit encore être acceptée par le président iranien Hassan Rohani.

« Je m’excuse de ne plus être capable de continuer à mon poste et pour tous mes manquements dans l’exercice de mes fonctions », a écrit M. Zarif sur son compte Instagram.

La démission de M. Zarif a été confirmée auprès de l’AFP de source officielle iranienne.

Mahmoud Vaézi, directeur de cabinet de M. Rohani a cependant « fermement démenti » sur Twitter que le président ait déjà accepté cette démission.

Agé de 59 ans, M. Zarif a dirigé la diplomatie iranienne pendant tout le premier mandat de M. Rohani (2013-2017) et a été reconduit à ce poste après la réélection du président, qui fait figure de modéré en Iran.

« Je suis extrêmement reconnaissant au peuple iranien et à ses dirigeants respectés pour la magnanimité dont ils ont fait preuve pendant 76 mois », ajoute M. Zarif dans son message sur Instagram.

M. Zarif a été le négociateur en chef, côté iranien, de l’accord conclu à Vienne en juillet 2015 entre la République islamique et le Groupe 5+1 (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne) pour mettre fin à 12 ans de crise autour de la question nucléaire iranienne.

Bête noire des ultraconservateurs iraniens, il a vu ces derniers mois les critiques s’intensifier contre lui après la décision du président américain Donald Trump de retirer unilatéralement son pays de ce pacte en mai 2018.

– Visite syrienne –

L’annonce de la démission de M. Zarif survient au soir d’une visite surprise à Téhéran du président syrien Bachar al-Assad, qui s’est entretenu avec le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, et M. Rohani.


Selon l’agence Isna, il n’était présent à aucune de ces deux entrevues.

Défenseur inlassable de l’accord de 2015, même après le retrait américain, M. Zarif a croisé le fer à de nombreuses reprises avec ses adversaires politiques depuis mai 2018.

Diplomate expérimenté, M. Zarif a passé une grande partie de sa vie aux États-Unis, ce qui le rend hautement suspect aux yeux des ultraconservateurs.

Durant les négociations avant l’accord de Vienne il a rencontré à de multiples reprises son homologue américain de l’époque John Kerry, tissant des relations personnelles et cordiales avec le représentant du « grand Satan » américain.

Dimanche, il avait réagi à la décision du Groupe d’action financière (Gafi) d’accorder un ultime délai à l’Iran pour que le pays se conforme d’ici à juin aux critères internationaux contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, sous peine de sanctions.

L’adoption des mesures législatives auxquelles le gouvernement iranien s’est engagée vis-à-vis du Gafi (organisme qui coordonne les efforts internationaux en matière de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme) fait l’objet d’un bras de fer entre le gouvernement et le parlement d’un côté, et des organes de contrôle du système politique iranien, où dominent les ultraconservateurs.

Cité par l’agence Isna et faisant référence aux membres d’un de ces organes, le Conseil de discernement, M. Zarif a déclaré dimanche : « Il faut que nos amis observent et prennent leurs décisions en fonction des réalités. Jusqu’à présent, ils affirmaient que rien n’allait se passer, maintenant ils voient la réalité de la situation ». « De toute façon, nous nous soumettrons à la décision qu’ils prendront, mais il faut qu’ils connaissent les conséquences de leur décision », avait ajouté M. Zarif.

L’adoption des mesures demandées par le Gafi est l’une des conditions posées par les Européens pour la mise en place effective du système de troc imaginé par l’Union européenne pour permettre à l’Iran de continuer à commercer avec les pays européens en contournant les sanctions économiques réimposées par Washington après le retrait américain de l’accord nucléaire.

Quelques jours après l’annonce de ce système de troc, M. Khamenei, qui a le dernier mot sur toutes les décisions de politique étrangère de la République islamique, avait mis en garde en affirmant qu’on « ne devrait pas [faire] confiance » aux Européens.

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