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le procès Sonko pourrait être rejugé

Dakar, mercredi. Une information judiciaire, discrètement déposée le dernier jour de l’année 2025, pourrait réécrire un chapitre crucial de l’histoire…

Dakar, mercredi. Une information judiciaire, discrètement déposée le dernier jour de l’année 2025, pourrait réécrire un chapitre crucial de l’histoire politique sénégalaise récente. En effet, le procureur général près la Cour suprême a officiellement saisi la haute juridiction d’une demande de révision de l’arrêt ayant condamné Ousmane Sonko, le leader de Pastef. Cette condamnation, rappelons-le, avait été l’élément déclencheur de son exclusion de la course présidentielle de 2024.

La requête, révélée par le journal Libération, vise un objectif précis : que la Cour suprême annule l’arrêt de la Cour d’appel de Dakar du 8 mai 2023. Elle demande aussi le renvoi de l’homme politique devant une autre formation d’appel pour être rejugé sur les chefs de diffamation et d’injures publiques. Désormais, la balle est dans le camp des magistrats de la plus haute instance, qui devront statuer après avoir examiné les observations de toutes les parties. Il s’agit d’une procédure rare, lourde de sens.

Du conflit ministériel à l’inéligibilité présidentielle

Cette démarche plonge ses racines dans un procès datant de mars 2023. Ousmane Sonko s’était alors opposé à Mame Mbaye Niang, alors ministre du Tourisme, pour des déclarations portant sur des détournements de fonds présumés liés au Programme des domaines agricoles communautaires (Prodac). Le Tribunal de grande instance de Dakar l’avait reconnu coupable. Il avait prononcé une peine de prison avec sursis ainsi qu’une amende de 200 millions de francs CFA au profit de M. Niang.

Ensuite, la machine judiciaire est allée à son terme. La Cour d’appel avait confirmé la décision en mai 2023. Puis, la Cour suprême l’avait définitivement validée en juillet 2025. Cette validation a scellé l’inéligibilité de Sonko à la présidentielle. Un parcours qui, pour ses soutiens, incarnait une instrumentalisation de la justice.

La défense dénonce une « conspiration » et contre-attaque

Le collectif d’avocats de Sonko, à l’origine du dépôt de ce recours en révision en décembre dernier, a immédiatement salué la saisine du procureur général. Pour eux, cette démarche représente « une espérance pour le peuple sénégalais et la diaspora ». Me Ciré Clédor Ly, l’un des avocats, a levé le ton. Il dénonce ce qu’il qualifie de « l’une des plus grandes conspirations de l’histoire du Sénégal ».

Il met notamment en avant des violations présumées du droit à un procès équitable. De plus, il critique « l’empressement » du Conseil constitutionnel à invalider la candidature de Sonko sur la base d’une décision qu’il jugeait non définitive à l’époque. L’avocat affirme, catégorique, que Sonko reste électeur et éligible.

L’objectif ultime de la défense est clair : obtenir l’annulation pure et simple de la condamnation et ouvrir la voie à des réparations. Pour l’équipe juridique, ce procès dépassait le cadre d’une simple affaire de diffamation. Ils le décrivent comme « d’une nature politico-judiciaire exceptionnelle ».

Selon eux, l’enjeu n’est pas seulement de corriger une erreur judiciaire. Il s’agit aussi de défaire les mailles d’une « conspiration » qui aurait durablement terni l’image de la justice sénégalaise. L’acceptation de cette révision serait un acte inédit dans l’histoire judiciaire du pays. Désormais, l’attente est suspendue à la décision de la Cour suprême. Quelle que soit son issue, elle marquera un nouveau tournant dans une affaire qui continue de cristalliser tensions et espoirs dans le paysage politique sénégalais.

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