International › AFP

Le retrait militaire jette le doute sur la politique étrangère de Trump

La décision de Donald Trump de retirer les troupes américaines de Syrie et, partiellement, d’Afghanistan suscitait vendredi de nombreuses interrogations sur la nouvelle stratégie militaire et la politique étrangère de Washington.

Elle a déjà provoqué un premier séisme, la démission jeudi du ministre de la Défense Jim Mattis qui était en total désaccord avec M. Trump sur le dossier syrien.

Ces retraits tournent en effet le dos à des décennies de doctrine interventionniste au Moyen-Orient et en Afghanistan. Ils pourraient, selon les observateurs inquiets, faire couler un nouveau bain de sang.

Pour le républicain Mac Thornberry, qui préside la commission des forces armées de la Chambre des représentants, le retrait d’Afghanistan va permettre aux jihadistes et aux talibans « de se renforcer et finalement lancer des attaques terroristes contre les Américains ».

Le sénateur démocrate Tim Kaine a pour sa part fustigé un président « qui donne la priorité à ses objectifs politiques aux dépens de notre sécurité » et qui « détruit les partenariats forgés avec nos alliés ».

Reste que pour beaucoup, pas seulement les partisans du président, cela met fin à des années d’une guerre interminable et coûteuse.

« M. Trump a fait campagne sur le thème de la non-intervention, +finies les guerres stupides+, et a promis de sortir de la théorie de construction de l’Etat », explique à l’AFP Daniel Davis, ancien colonel de l’armée et membre du centre de réflexion Defense Priorities.

Environ 2.000 militaires américains sont stationnés dans le nord-est de la Syrie aux côtés de la coalition arabo-kurde qui combat le groupe Etat islamique (EI). Leur départ va laisser la milice kurde des YPG sans soutien militaire alors que le président turc Recep Tayyip Erdogan menace de l’attaquer, considérant les combattants kurdes comme des terroristes.

M. Erdogan a toutefois affirmé vendredi qu’il ne lancerait pas immédiatement son offensive.

Selon la presse turque, M. Trump a pris sa décision le 14 décembre quand son homologue turc l’a assuré qu’il poursuivrait la lutte contre les jihadistes.

– « L’isolationnisme a gagné » –

En Afghanistan les talibans se sont dits « plus qu’heureux » du désengagement partiel américain, qui devrait concerner selon la presse 7.000 soldats, soit la moitié du contingent.

Bill Roggio, spécialiste de l’Afghanistan au centre de réflexion Foundation for Defense of Democracies, a souligné la confusion de la politique américaine au Moyen-Orient.


« Je ne sais pas ce qu’est cette politique, notamment concernant la Guerre contre le terrorisme », a-t-il dit.

« Jusqu’à ce que M. Trump l’explique, il semble que l’isolationnisme a gagné », a-t-il ajouté.

La porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Sanders, a rappelé vendredi que la décision de M. Trump n’était pas une surprise. « Le président en parle depuis le début de la campagne électorale » en 2015 avec son slogan « l’Amérique d’abord », a-t-elle expliqué sur Fox.

« Nous avons battu le califat territorial. 99% de l’EI a été balayé de Syrie », a-t-elle dit. « Le président ne veut pas se trouver au milieu d’une autre guerre civile au Moyen-Orient et risquer des vies américaines pour cela ».

L’EI continue pourtant de perpétrer des attentats meurtriers en Syrie et résiste aux offensives visant à le déloger de ses derniers fiefs.

En quittant la Syrie, Donald Trump met aussi fin à une priorité de son administration en politique étrangère: briser les visées expansionnistes de l’Iran, soutien infaillible du régime de Bachar al-Assad.

« C’est une énorme erreur stratégique que, j’espère, le président va reconsidérer », a affirmé sur Fox l’ancien général Jack Keane.

M. Keane, l’un des successeurs potentiels de Jim Mattis, a estimé que M. Trump faisait les mêmes « erreurs » que Barack Obama, vertement critiqué par les républicains pour son retrait militaire américain d’Irak, avant l’émergence de l’EI.

Les alliés internationaux de Washington dans la lutte contre l’EI n’ont pas non plus caché leur inquiétude.

La ministre française des Armées Florence Parly a assuré vendredi que le travail n’était pas « terminé ».

« Le risque, en ne finissant pas ce travail, c’est de laisser perdurer des groupes et que ces groupes reprennent leurs activités », a-t-elle dit, alors que la France a été frappée par plusieurs attentats perpétrés au nom des jihadistes.

0 COMMENTAIRES

Pour poster votre commentaire, merci de remplir le formulaire

À LA UNE
Retour en haut