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L’émissaire américain au Soudan pour favoriser une reprise des négociations

Un émissaire américain doit rencontrer jeudi le chef du Conseil militaire de transition à Khartoum et des diplomates de la région pour favoriser la reprise de pourparlers entre les généraux soudanais et la contestation, qui réclame toujours un transfert du pouvoir aux civils.

Une campagne de désobéissance civile avait été lancée dimanche pour maintenir la pression sur le pouvoir militaire, après le net durcissement de la répression enclenchée avec la dispersion sanglante le 3 juin du sit-in installé devant le QG de l’armée à Khartoum.

Après trois jours de quasi paralysie dans la capitale, les manifestants ont mis fin mardi à leur campagne et accepté, à la faveur d’une médiation du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, le principe d’une reprise des pourparlers avec le Conseil militaire au pouvoir depuis la destitution par l’armée, le 11 avril, du président Omar el-Béchir.

Jeudi, des embouteillages se sont de nouveau formés dans le centre-ville de Khartoum, et quelques magasins du célèbre marché d’or de la capitale ont commencé à rouvrir, alors que plus d’habitants et d’employés étaient visibles dans les rues.

Il y avait par ailleurs moins de troupes des redoutées Forces de soutien rapide (RSF) dans les rues, a constaté un correspondant de l’AFP.

Ces dernières sont accusés par les manifestants et groupes de défense des droits humains d’avoir mené la brutale répression depuis le 3 juin.

Tôt jeudi, plusieurs secteurs de la ville ont toutefois subi des coupures d’électricité, et l’accès à internet demeure difficile.

« Aujourd’hui, c’est mon premier jour de travail depuis l’arrêt de la campagne mais je ne suis pas d’humeur à travailler », a déclaré à l’AFP Souheir Hassan, un fonctionnaire.

« Parce que, sur mon chemin, je suis passé par la zone du sit-in et je me suis rappelé que toutes ces voix qui scandaient des slogans révolutionnaires ont à présent disparu », a-t-il ajouté.

Depuis la dispersion du sit-in, plus de 100 personnes ont été tuées et plus de 500 blessées, selon un comité de médecins proches de la contestation. Les autorités estiment à 61 le nombre de morts.

– « Solution pacifique » –

Washington, qui a toujours appelé à un transfert du pouvoir aux civils, a nommé un émissaire spécial sur la crise soudanaise, l’ex-diplomate Donald Booth, qui est arrivé mercredi à Khartoum avec le secrétaire d’Etat américain adjoint chargé de l’Afrique, Tibor Nagy.

M. Booth doit discuter dans la journée avec le général Abdel Fattah al-Burhane, chef du Conseil militaire, pour trouver « une solution politique et pacifique » à la crise, a indiqué Washington.

Il avait déjà été émissaire pour le Soudan et le Soudan du Sud sous la présidence de Barack Obama (2008-2016).


MM. Booth et Nagy ont déjà eu, depuis leur arrivée, plusieurs réunions avec des responsables soudanais et des meneurs de la contestation, d’après plusieurs sources.

L’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), le fer de lance du mouvement de protestation déclenché en décembre 2018, a indiqué que ses leaders avaient informé ces responsables américains de la nécessité d’une enquête transparente sur les morts du 3 juin.

Ces chefs de la contestation ont également appelé au retrait des « milices » des rues de Khartoum et d’autres villes, à l’arrêt des coupures d’internet et à l’établissement d’une autorité civile, selon un communiqué de l’ALC.

L’un des meneurs de la contestation, Madani Abbas, a affirmé à des journalistes que les responsables américains « soutenaient la médiation éthiopienne ».

– « Garanties » –

MM. Booth et Nagy doivent ensuite se rendre à Addis Abeba pour s’entretenir avec des responsables éthiopiens et de l’Union africaine (UA).

Au préalable, ils doivent aussi rencontrer à Khartoum des diplomates saoudiens, émiratis et égyptiens.

Ces trois pays arabes soutiennent les généraux au pouvoir, estiment des analystes, tandis que les pays occidentaux semblent faire pression pour un gouvernement civil.

Après le renversement de M. Béchir, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ont octroyé une aide de trois milliards de dollars (2,7 milliards d’euros) au Soudan, dont un dépôt de 500 millions de dollars à la Banque centrale, pour soutenir la livre soudanaise qui a plongé face au dollar.

La crise économique au Soudan a été à l’origine des premières manifestations contre le régime de Béchir, destitué après trois décennies au pouvoir.

Les pourparlers entre Conseil militaire et meneurs de la contestation avaient été suspendus le 20 mai, chaque partie voulant diriger la future instance censée mener la transition pendant trois ans.

Les relations se sont nettement détériorées avec la répression du sit-in et les meneurs de la contestation insistent désormais pour que tout accord avec les généraux s’accompagne « de garanties régionales et internationales pour sa mise en oeuvre ».



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