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L’extrême droite vise sa première ville, le « Hollywood » allemand

Empêcher une première victoire d’ampleur de l’extrême droite: la classe politique allemande fait bloc dimanche autour du candidat de centre-droit pour empêcher l’AfD de prendre la mairie de Görlitz, le « Hollywood » allemand situé en Saxe.

Un tel succès du candidat de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) constituerait un choc: ce parti remporterait ainsi pour la première fois une ville de plus de 50.000 habitants, fragilisant au passage Angela Merkel, son ennemie jurée, mal en point après les mauvais scores des partis de sa coalition aux élections européennes.

Le scrutin de Görlitz a ainsi valeur de test avant une succession, après l’été, de scrutins à haut risque dans plusieurs Länder de l’Est, dont la Saxe, où l’extrême droite réalise ses meilleurs scores. Déjà, des sondages donnent l’AfD en tête, devant la CDU de Mme Merkel et ses alliés du SPD, un camouflet.

Ces régionales pourraient donc décider du sort de la coalition de la chancelière et entraîner la fin prématurée de la longue carrière de Mme Merkel, désireuse de rester aux manettes jusqu’au terme de la législature, en 2021.

« Si Görlitz tombe, après ce sera la Saxe, puis toute l’Allemagne », espère la section bavaroise de l’AfD sur Twitter, résumant les ambitions de la formation.

Arrivé en tête au premier tour de l’élection municipale de Görlitz fin mai avec 36,4% des voix, le candidat de l’Alternative pour l’Allemagne s’appelle Sebastian Wippel, 36 ans.

Ex-policier, cheveux ras, adepte des arts martiaux et de dérapages verbaux, il est un des premiers membres de ce parti d’extrême droite qui bouleverse le paysage politique allemand, plus particulièrement depuis l’afflux de centaines de milliers de migrants en 2015.

Il est opposé au second tour à Octavian Ursu, 51 ans, candidat de la CDU d’Angela Merkel (30,3%), soutenu par l’ensemble des autres formations, de l’extrême-gauche à la droite libérale.

Arrivée troisième et en capacité de se maintenir dans la course, la candidate écologiste, Franziska Schubert, s’est désistée et a appelé les électeurs à voter pour « l’ouverture sur le monde » de cette ville de 55.000 habitants séparée de la Pologne par la rivière Neisse.


– Les artistes se mobilisent –

M. Wippel met, lui, l’accent sur la sécurité et la lutte contre l’immigration dans une ville qui concentre tous les maux de l’ex-Allemagne de l’Est: vieillissement de sa population, taux de chômage supérieur à la moyenne nationale, sentiment de déclassement.

« Tous les électeurs de l’AfD ne sont pas nazis, ils viennent de toutes les couches de population », explique Mme Schubert. Pour elle, ses électeurs ont en commun une volonté de « changement » qu’ils pensent trouver dans les « réponses simples » apportées par l’extrême droite.

La ville, dont le centre historique au style baroque a été épargné par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, a pourtant des atouts qu’affectionnent les touristes.

Elle est aussi devenue un lieu de tournages privilégié, y compris pour les grosses productions américaines comme « Grand Budapest Hotel » ou « Inglourious Basterds ». George Clooney, Kate Winslet, Emma Thompson ou Jeff Goldblum ont tous tourné à « Görliwood ».

La perspective d’une victoire de l’extrême droite est prise suffisamment au sérieux pour que des artistes prennent position.

Plusieurs dizaines d’entre eux, dont Bernhard Schlink, auteur du best-seller « Le Liseur », ou l’acteur Daniel Brühl, révélation de « Goodbye Lénine », ont ainsi lancé un appel à ne pas livrer la cité à la « haine ».

Une initiative de « gens n’habitant pas à Görlitz » qui n’émeut guère M. Wippel.



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