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L’Iran et le risque de prolifération nucléaire

L’Iran a franchi un nouveau cap dans son désengagement de l’accord de 2015 sur son programme nucléaire, en annonçant lundi avoir enrichi de l’uranium au niveau prohibé de 4,5% en réponse au rétablissement des sanctions américaines.

– Quel est l’enjeu du degré d’enrichissement de l’uranium ?

L’enrichissement d’uranium consiste à augmenter la proportion d’isotope fissile dans l’uranium.

En vertu de l’accord de 2015, l’Iran ne pouvait enrichir de l’uranium qu’à hauteur de 3,67%, un niveau permettant d’alimenter les centrales pour la production d’électricité mais qui reste bien en deçà des 90% requis pour fabriquer une bombe.

Le dépassement du plafond de 3,67% représente une étape technique importante permettant d’atteindre rapidement des concentrations supérieures, souligne Robert Kelley, expert à l’Institut international de Stockholm pour la recherche sur la paix (Sipri).

« Si vous enrichissez à 3,5%, vous avez parcouru la moitié du chemin, et si vous montez jusqu’à 20%, vous avez fait environ 80% du travail », a indiqué à l’AFP cet ancien inspecteur de l’AIEA.

En pratique, un enrichissement limité à 5% resterait toutefois « insignifiant » d’un point de vue militaire et relèverait avant tout d’une acte « politique » pour tenter d’obtenir une levée des sanctions, estime M. Kelley.

– Quels volumes ?

Selon les experts, il faut l’équivalent d’une tonne d’uranium légèrement enrichi pour confectionner une bombe atomique, après obtention d’une vingtaine de kilos enrichis à 90% .

L’accord de Vienne avait fixé le stock maximum autorisé d’uranium légèrement enrichi à 300 kilos, un plafond dépassé de quelques kilos début juillet.

L’objectif de l’accord était de porter à au moins un an le temps nécessaire à l’Iran pour se doter le cas échéant de la bombe, un compte à rebours désormais virtuellement engagé.

La quantité disponible d’uranium faiblement enrichi n’est cependant qu’un des multiples paramètres du processus de fabrication. L’analyste français François Nicoullaud estime qu’il faudrait en pratique de « trois à cinq ans » à l’Iran pour disposer d’une réelle capacité nucléaire militaire.


– Pourquoi parle-t-on du réacteur d’Arak ?

L’Iran a également annoncé vouloir reprendre la construction de son réacteur à eau lourde d’Arak, dans le centre de l’Iran, modifié depuis l’accord de manière à y rendre impossible la production de plutonium, autre moyen que l’uranium pour parvenir à une bombe atomique.

David Albright, président de l’Institut des sciences et de la sécurité internationale de Washington, estime que ce serait « à prendre très aux sérieux et donnerait une impulsion majeure au E3 (les pays européens partie à l’accord) pour réintroduire des sanctions ».

Mais « plusieurs années seraient nécessaires à l’Iran pour achever le réacteur et produire du plutonium », précise-t-il. « L’échelle de temps est là de 10 à 15 ans », confirme M. Nicoullaud.

– Quelles autres étapes ?

Téhéran a tenu à souligner que les violations annoncées jusqu’à présent sont réversibles « en quelques heures » en cas de progrès suffisants dans les négociations avec les grandes puissances.

Mais faute d’avancées, l’Iran pourrait relancer son programme d’installation de centrifugeuses destinées à enrichir l’uranium, avec notamment la mise en service de modèles IR-2M, plus perfectionnés que les centrifugeuses IR-1 actuellement utilisées.

Avec le redéploiement de modèles IR-2M, l’Iran pourrait réduire à sept mois le temps nécessaire à l’enrichissement de l’uranium permettant de fabriquer une arme, selon M. Albright.

Avant l’entrée en vigueur de l’accord qui a drastiquement réduit le nombre de ces machines, l’Iran disposait d’environ 20.000 centrifugeuses de tout type et avait amassé environ 8.000 kilos d’uranium faiblement enrichi.

Au-delà des stricts ingrédients nucléaires, le pays doit disposer d’autres équipements industriels pour produire une bombe : « il faut se demander où ils en sont dans le développement d’explosifs de grande puissance, d’usinage », souligne Robert Kelley, selon lequel l’Iran présente un « déficit » dans ce domaine.

L’Iran, qui jusqu’à nouvel ordre reste soumis à des inspections renforcées de l’AIEA, devrait également procéder à des essais et à l’achat de divers équipements, autant d’activités qui devraient être détectables.



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