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L’UE exige d’avancer sur le Brexit, Londres ouvert à une transition plus longue

La Première ministre britannique Theresa May, sous pression de ses pairs européens de plus en plus « sceptiques » sur l’issue des négociations sur le Brexit, n’a pas exclu jeudi une prolongation de la période de transition après le départ effectif de son pays.

Cette possibilité a été soulevée par le négociateur en chef de l’UE Michel Barnier afin de sortir de l’enlisement des discussions sur le sort de la frontière irlandaise après le Brexit, qui bloquent la conclusion de tout accord de retrait global.

Mme May a confirmé l’émergence d’une nouvelle « idée ». « C’est l’option de créer une option pour étendre la période de transition pour quelques mois », a-t-elle dit en arrivant jeudi au deuxième jour du sommet européen à Bruxelles.

Le recours à cette possibilité ne devrait pas être nécessaire, a cependant immédiatement nuancé Theresa May qui table toujours sur la négociation d’un accord commercial entre le Royaume-Uni et l’UE avant décembre 2020, date prévue de la fin de la période transition.

L' »idée » a provoqué une levée de boucliers outre-Manche, le camp des partisans du Brexit se montrant farouchement opposé à toute éventualité de garder des liens avec l’UE plus longtemps que nécessaire après le départ britannique le 29 mars 2019.

Les négociations sur les conditions du divorce bloquent sur la question de la frontière entre l’Irlande et la province britannique d’Irlande du Nord et la définition du « filet de sécurité » (« backstop ») exigé pour s’assurer qu’une frontière physique ne verra pas de nouveau le jour dans l’île, afin de préserver les Accords de Paix de 1998.

Prolonger la période de transition permettrait de donner plus de temps pour négocier un futur accord commercial entre l’UE et le Royaume-Uni et éviter ainsi de devoir recourir à ce « backstop ».

– La balle dans le camp de Londres –

Cette solution, rejetée en l’état par Londres, prévoit de maintenir l’Irlande du Nord dans l’union douanière et le marché unique, si aucune autre solution n’est trouvée.

Londres, de son côté, propose de rester aligné sur les règles douanières de l’Union jusqu’à la signature d’un accord de libre-échange plus large, afin d’éviter le contrôle de marchandises aux frontières.

« Plus que jamais la balle est dans le camp de la Grande-Bretagne », a estimé le Premier ministre belge Charles Michel.

Si l’atmosphère s’est avérée beaucoup plus détendue que lors d’un sommet un mois plus tôt à Salzbourg (Autriche), comme l’ont souligné plusieurs dirigeants, les deux parties n’ont toutefois pu que constater leurs divergences persistantes lors de l’intervention de Theresa May devant ses pairs mercredi soir.

« Le gouvernement britannique sait quels sont les problèmes. Vous ne pouvez pas partir et avoir tous les bons côtés », a résumé le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel.


Selon une source européenne, les 27 sont désormais « plus sceptiques » sur l’issue des négociations après l’intervention de Mme May.

L’idée même d’une prolongation de la période transitoire ne va pas forcément débloquer la situation, selon une source à l’Elysée.

Pas officiellement sur la table des négociations, « c’est quelque chose qui flotte (…) Si cela peut aider, pas de problème », a observé de son côté une source européenne.

Après la courte présentation de la dirigeante britannique, les 27 ont décidé –lors d’un dîner qui ne s’est pas éternisé– de ne pas convoquer de sommet extraordinaire en novembre, comme cela avait été envisagé avec l’idée de boucler les négociations.

« Il n’y pas eu assez de progrès enregistrés » ces dernières semaines pour convoquer ce sommet, avait expliqué une source européenne à l’issue de la réunion.

Ne pas arrêter de nouvelle date, « ça redonne plus de liberté pour négocier, la négociation doit s’accélérer maintenant », a-t-on expliqué jeudi dans l’entourage du président français Emmanuel Macron, tout en laissant la porte ouverte à une réunion « quand ce sera nécessaire ».

– La menace du +no deal+ –

Avec des négociations qui patinent et l’horloge qui tourne, le scénario d’une absence d’accord plane de plus en plus sur les discussions. Le président du Conseil européen Donald Tusk l’avait jugé « plus probable que jamais » dans son invitation au sommet.

La Commission européenne a fait un point sur l’état des préparatifs en cas de +no deal+ au cours du dîner. Ce n’était « une discussion majeure », a confié une source européenne. « Mais je pense que clairement le sentiment est que maintenant nous devons accélérer (notre préparation) pour tous les scénarios », a rapporté cette source.

De retour jeudi matin pour une deuxième journée de sommet, cette fois à 28 avec la participation de Theresa May, les dirigeants européens doivent faire le point notamment sur leur politique migratoire, et sur la coopération qu’ils souhaitent renforcer avec les pays d’origine et de transit des migrants irréguliers.

Ils débattront également du renforcement de l’Agence européenne de gardes-frontières, dont plusieurs pays de l’UE situés aux frontières extérieures craignent qu’elle ne menace leur souveraineté.



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