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Lutte contre les passeurs en Italie: « Les vrais responsables, ils restent là-bas »

Cherno Jallow, Gambien de 22 ans, Cheikhaya Dieng, Sénégalais de 26 ans, et Fofana Lamine, Ivoirien de 25 ans, viennent de purger plus de trois ans de prison parce que les passeurs libyens les avaient mis aux commandes du canot sur lequel ils ont affronté la Méditerranée.

Rencontrés par l’AFP à la prison de Trapani (Sicile), peu avant leur libération, ils témoignent de leur parcours.

Tous trois ont quitté leur pays fin 2015 pour trouver du travail et soutenir leur famille, et chacun a tenté sa chance en Libye.

Mais là-bas, Cherno a été enlevé et sa famille a dû payer une rançon, tandis que le chaos et les menaces ont poussé Cheikhaya et Fofana à contacter un pour embarquer vers l’Italie.

Fofana raconte: « Le jour du départ, on m’a donné la boussole, on m’a dit: +il y a quelqu’un qui va conduire la pirogue et toi tu vas tenir la boussole+. Moi j’ai dit je n’ai pas l’expérience. Mais ce sont des gens armés ! La boussole, je ne l’ai pas utilisée. Je suis Ivoirien, l’autre était Gambien, on ne parlait pas la même langue ».

Cheikhaya était sur un autre canot: « Quand il a appris que j’avais été pêcheur pendant des années, l’intermédiaire m’a rendu mon argent et m’a obligé à prendre la barre. Je l’ai fait pour sauver ma vie, parce que si je refusais, ils pouvaient me tuer, pour rien ».

– « Tenir la boussole » –

Pour Cherno, c’est un début de formation d’instituteur qui a attiré l’attention des passeurs: « Le jour où nous devions partir pour l’Italie, un homme m’a dit: +C’est toi qui va tenir la boussole. Tu as fait des études, tu sais utiliser une boussole. Si tu ne le fais pas, nous allons te tuer parce que tu auras nui à nos affaires+ ».


« Ils m’ont littéralement mis le pistolet sur la tempe. Les Arabes ont tiré le canot vers la mer et m’ont jeté la boussole. Je n’ai pas eu le choix », ajoute-t-il.

« Les morts, c’est pas à cause de la mer. C’est parce qu’ils envoient des gens sans expérience aux commandes », insiste Fofana.

Secourus au large de la Libye par un navire norvégien, ils ont été transférés sur un navire des gardes-côtes italiens qui les a débarqués à Trapani le 21 janvier 2016. Là, des policiers ont demandé qui tenait la barre et la boussole sur chaque canot et leurs compagnons de voyage les ont désignés.

Il ont été condamnés à trois ans et huit mois de prison et à quelques jours de leur libération, ils viennent de recevoir un avis de rejet de leur demande d’asile.

A leur sortie de prison, les autorités peuvent les conduire dans un centre de rétention en vue d’une expulsion, ou les laisser libres munis d’une injonction — dérisoire — à quitter le territoire italien dans la semaine.

« Les vrais responsables, ils restent là-bas. Il y a des noirs comme moi qui travaillent avec les Libyens, ce sont eux les trafiquants. Ils restent en Libye parce qu’eux, ils y gagnent bien leur vie », se désole Cheikhaya.

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