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Nigeria: Muhammadu Buhari, président austère et « incorruptible »

Le président Muhammadu Buhari s’est toujours présenté comme le grand pourfendeur de la corruption, ce mal endémique qui ronge le Nigeria, et c’est à nouveau sur la promesse d’être intransigeant avec les corrompus, les fraudeurs et les groupes armés que le chef de l’Etat a été reconduit à la tête de la première puissance économique d’Afrique.

« Laissez un Naira (monnaie nigériane) dans une pièce avec Buhari. Vous le trouverez encore sur la table à votre retour », avait lancé Bola Tinubu, parrain du Congrès des Progressistes, le parti au pouvoir, pour défendre une deuxième candidature du président.

Et si les analystes prédisaient une bataille serrée avec son rival Atiku Abubakar, l’ancien général de 76 ans l’avait annoncé dès la sortie des urnes, samedi: « Je me féliciterai moi-même. Je vais remporter cette élection. »

L’opposition hurle à la tricherie et à la manipulation. L’organisation du scrutin a été entachée de « manquements sérieux », selon de nombreux observateurs locaux et internationaux. Plusieurs douzaines de personnes ont été tuées dans des violences électorales.

« Ces méthodes ramènent le Nigeria à l’ère des dictatures militaires », s’insurgeait cette semaine le Parti populaire démocratique (PDP), qui a dirigé le Nigeria pendant plus de 16 ans avant de devoir céder la place à Buhari en 2015.

Mais « Baba », tel que l’appellent affectueusement ses supporters, ne semble pas même les entendre.

– Changement et continuité –

En 2015, le candidat de l’APC était moins confiant de sa victoire. Il fut néanmoins le premier candidat de l’opposition à remporter un scrutin présidentiel depuis l’avènement de la démocratie en 1999. Malgré son grand âge, il voulait alors inspirer le changement.

Le Nigeria venait de passer première économie du continent devant l’Afrique du Sud, mais les scandales de corruption à grande échelle dans l’entourage de Goodluck Jonathan, le président sortant, et l’incapacité de ce dernier à contrer l’insurrection jihadiste de Boko Haram dans le nord-est avaient offert le siège suprême à Buhari.

Le Nigeria, pays du champagne et du « bling bling » dans un océan d’extrême pauvreté, voulait cet ancien dirigeant militaire, réputé austère et droit, pour remettre de l’ordre dans la décadence.

Cette année, Buhari a demandé à ses électeurs de lui donner du temps pour achever les chantiers commencés. Il s’est présenté comme le candidat de la continuité.

Si Buhari a besoin de temps, c’est surtout qu’il a peiné à tenir ses promesses durant ce premier mandat.

Entre mai 2016 et juillet 2017, Buhari a passé presque six mois à l’étranger pour se faire soigner d’une grave maladie cachée au public.


Ces détracteurs affirment qu’il n’a pas les capacités mentales et physiques pour diriger ce géant de 190 millions d’habitants.

– Gouvernail –

Quelques semaines avant le vote, lors d’une émission de télévision, le chef de l’Etat, surnommé « Baba Go Slow » (Papa va doucement), peinait à trouver les réponses aux questions du présentateur, laissant son vice-président Yemi Osinbajo en première ligne.

« C’est mon rôle », a soutenu son bras-droit. Buhari, lui, est une figure, un symbole, a insisté Osinbajo. Le gouvernail dont à besoin le premier producteurs de pétrole du continent africain.

Malgré un bilan économique dégradé par une grave récession (2016-2017), une forte inflation ainsi que des chiffres de chômage et de grande pauvreté records, « Baba » garde une aura, un respect emprunt d’affection, dans le nord du pays.

Bien que 1,7 million de personnes ne puissent toujours pas rentrer chez elles à cause du conflit avec Boko Haram, qu’il avait promis d’éliminer en 2015, le nord-est a encore une fois voté en masse pour son candidat.

Dans l’Etat de Yobe, l’APC a remporté près de 90% des voix.

Pour la première fois dans l’histoire du Nigeria, la balance démographique entre le Nord et le Sud, toujours plus ou moins égalitaire, est en train de basculer en faveur du Nord, région à immense majorité musulmane, comme Buhari.

Originaire de Daura, dans l’Etat de Katsina, Buhari n’a fait aucun effort pendant ses quatre années au pouvoir pour courtiser le Sud chrétien. Il n’a d’ailleurs fait qu’une seule visite officielle à Lagos, la mégalopole de 20 millions d’habitants, poumon économique et culturel du pays.

Clanique, attaché à ses origine sahéliennes, il peine à faire confiance à ceux qui ne sont pas de sa région, à l’exception sans doute de son vice-président Osinbajo, un Yorouba du sud-ouest.

Il a placé des hommes du Nord aux postes stratégiques de gouvernance, l’exemple le plus récent étant la nomination d’Ibrahim Tanko Muhammad à la tête de la Cour Suprême fin janvier, que l’opposition a qualifiée « d’acte digne d’une dictature ».

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