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« Parapluies de Hong Kong »: des figures de la démocratie attendent de connaître leur peine

Plusieurs figures de proue du mouvement prodémocratie de Hong Kong sont arrivées mercredi au tribunal pour connaître la peine à laquelle elles vont être condamnées, potentiellement l’emprisonnement, pour leur rôle dans des manifestations monstres qui avaient paralysé l’ex-colonie britannique et courroucé Pékin.

Le procès a été dénoncé par les défenseurs des droits humains, qui s’inquiètent pour les libertés dans la mégapole revenue en 1997 dans le giron de la Chine, et confrontée à l’emprise de plus en plus affirmée de cette dernière.

Trois vétérans du mouvement et six co-prévenus ont été reconnus coupables il y a deux semaines d’au moins un chef d’accusation à l’issue de ce procès qui a vu le ministère public se servir d’un système de droit rarement utilisé et hérité de l’ère coloniale.

Ils sont punis pour leur participation à la « révolte des parapluies » de l’automne 2014 qui avait réclamé en vain à Pékin des réformes politiques.

Chan Kin-man, 60 ans, professeur de sociologie, Benny Tai, 54 ans, professeur de droit, et Chu Yiu-ming, 75 ans, pasteur baptiste, fondateurs en 2013 du mouvement « Occupy Central », sont les plus connus.

Ils ont été reconnus coupables de conspiration en vue de commettre un trouble à l’ordre public. MM. Tai et Chan l’ont été également pour incitation à commettre un trouble à l’ordre public.

Chaque condamné encourt jusqu’à sept ans de prison aux termes de la « Common law », l’ancien système britannique fondé sur la jurisprudence. Si l’accusation avait choisi de les poursuivre en vertu du code pénal découlant des lois écrites, ils risquaient trois mois.

– « On ne m’a pas incité » –

Les prévenus ont été accueillis au tribunal mercredi matin par une foule de leurs partisans dont certains chantaient « We shall overcome » (« Nous triompherons »), qui était devenu un des hymnes du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis.

Tanya Chan, une des neuf prévenus, par ailleurs membre du Conseil législatif (« LegCo », le « Parlement » de Hong Kong) était en pleurs au moment de prendre la parole en public: « Restez forts et positifs », leur a-t-elle lancé.

« Nous sommes sur le point d’aller en prison », a déclaré le révérend Chu. « Mais nous devons persévérer. »


Le but « d’Occupy » était de bloquer le quartier d’affaires de Hong Kong si un suffrage universel libre n’était pas instauré pour élire le président du gouvernement local, lequel est désigné par un comité pro-Pékin.

Mais les anciens furent débordés par la jeunesse et le mouvement étudiant, la situation explosant en 2014 quand les policiers tirèrent du gaz lacrymogène sur les protestataires, qui se protégèrent avec des parapluies.

La révolte avait paralysé des quartiers entiers de l’une des capitales mondiales de la finance pendant plus de deux mois. Au final, Pékin n’avait fait aucune concession.

Mercredi matin, nombre de partisans des prévenus étaient venus au tribunal en brandissant leur parapluie, devenu un emblème du mouvement.

Joseph Lo, 59 ans, portait un t-shirt jaune proclamant « On ne m’a pas incité », en référence aux chefs d’accusations retenus contre les prévenus.

« Ces neuf personnes ne nous ont pas incités » à manifester, a-t-il dit, en expliquant qu’il était descendu dans les rues en raison du refus d’accorder le suffrage universel aux Hongkongais et de la décision de la police d’utiliser des gaz lacrymogènes contre les manifestants.

Depuis 2014, plusieurs militants ont été poursuivis par le ministère de la Justice, certains purgeant des peines de prison. Certains ont également été interdits de se présenter à une élection, d’autres disqualifiés au Parlement.

En vertu du principe « Un pays, deux systèmes » qui a présidé à sa rétrocession, Hong Kong jouit sur le papier de droits inconnus dans le reste de la Chine, dont la liberté d’expression.

Mais nombreux sont ceux qui perçoivent une emprise de plus en plus marquée du gouvernement chinois central sur les affaires hongkongaises, et un recul des libertés.

Au procès à l’automne, l’accusation avait argué que les manifestations de masse avaient « causé du tort aux habitants » touchés par le blocage des voies de circulation.



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