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Présidentielle au Nigeria: Atiku Abubakar, candidat libéral et pro-business

Atiku Abubakar, ancien vice-président pendant huit ans (1999-2007), connaît mieux que personne les rouages de la politique nigériane et veut se placer comme le candidat favori du secteur privé et des jeunes pour remporter le scrutin du 16 février prochain face au président sortant.

Il y a encore un an, Muhammadu Buhari, 76 ans, était quasiment assuré de sa victoire malgré son grand âge, une santé défaillante et un premier mandat décevant sur le plan économique et sécuritaire.

Le chef de l’Etat pouvait profiter d’une opposition divisée et de la mauvaise réputation de ses leaders, notamment en termes de corruption. Atiku Abubakar est d’ailleurs réputé être l’un hommes les plus corrompus du Nigeria.

Il a pourtant remporté la primaire du Parti populaire démocratique (PDP), le principal parti de l’opposition, en octobre dernier. En dépit de son impopularité, il a réussi à renverser la donne.

A 72 ans, ce scrutin est sa quatrième tentative d’accéder à la présidence. Qualifié « d’opportuniste » par beaucoup, il a changé à chaque fois de parti politique pour pouvoir s’engager dans la course.

Et pourtant, Atiku Abubakar représente un obstacle bien dangereux pour la réélection du président sortant et tous les observateurs s’accordent à dire que les résultats devraient être très serrés.

– Homme du Nord, réseaux dans le Sud –

Alors qu’en 2015, Muhammadu Buhari affrontait Goodluck Jonathan, chrétien du sud du pays, la candidature d’Atiku Abubakar, musulman haoussa, tout comme lui, devrait rebattre les cartes du vote communautaire et religieux.

Marié à quatre femmes, avec plus d’une vingtaine d’enfants, Abubakar est considéré comme un homme du Nord, mais après une carrière aux Douanes, notamment à Lagos, la capitale économique, il a tissé un important réseau dans le Sud.

Le candidat du PDP se veut rassembleur face à un Buhari accusé de favoriser son clan nordiste. Toutes ses épouses sont d’ailleurs d’origines ethniques différentes, fait très rare dans un pays encore très divisé entre les Haoussas au nord, les Yoroubas du Sud-Ouest et les Igbos du Sud-Est.

Mais c’est en janvier, lors de son voyage à Washington, qu’Atiku Abubakar a emprunté « un tournant important dans sa campagne », note l’analyste Cheta Nwanze, du cabinet SBM Intelligence à Lagos.

Blazer bleu marine et pull beige, « Atiku », comme l’appellent les Nigérians, est arrivé tout sourire sur le sol américain pour faire taire ceux qui l’accusaient de ne pas pouvoir s’y rendre et d’y être interdit de visa.

En effet, une enquête du Sénat américain cite son nom dans une affaire de blanchiment d’argent. Entre 2000 et 2008, sa quatrième épouse, qui a la nationalité américaine, aurait « aidé son mari à rapatrier plus de 40 millions de dollars de fonds suspects aux Etats-Unis via des comptes off-shore », peut-on lire dans un rapport de 2010.

Le couple est accusé également d’avoir reçu plus de 2 millions de dollars de commission pour un contrat passé avec la multinationale Siemens, qui a depuis plaidé coupable dans cette affaire.


Le candidat a vraisemblablement profité des services de lobbyistes proches du président Donald Trump – il a d’ailleurs séjourné à l’hôtel Trump International.

Mais qu’importe. Il a réussi à marquer les esprits et à changer son image.

Tout comme Trump, Abubakar Atiku est un homme d’affaires multi-millionnaire, ayant investi dans de nombreux secteurs notamment celui de l’import-export, du pétrole, de l’agriculture, des télécommunications et plus récemment de la santé.

Beaucoup ont accusé l’ancien vice-président d’avoir profité de son ascension politique pour faire fructifier ses affaires, particulièrement lorsqu’il était responsable des douanes du pays, en même temps qu’il dirigeait une très grande société d’import-export.

Comme Donald Trump, il a assuré à l’AFP que s’il était élu, il revendrait les parts de ses sociétés à ses proches pour éviter tout conflit d’intérêts, mais le Nigeria est opaque, sans réel contrôle des circuits financiers.

– Produit de l’école publique –

Issu d’une famille très pauvre de l’Etat de l’Adamawa (nord-est), et ayant fait peu d’études, il assure « tout devoir au Nigeria ». « C’est pour cela que je veux être président, pour rendre à mon pays ce qu’il m’a permis de devenir », a-t-il confié récemment dans une interview à l’AFP.

« Mes parents ne croyaient pas en l’éducation, ils ne voulaient pas que j’aille à l’école (occidentale) », raconte-t-il. « Mon père a été emprisonné pour ne pas m’avoir envoyé à l’école. Et regardez maintenant ce que l’école publique a fait de moi ».

Atiku Abubakar se dit désormais « passionné » par l’éducation, qu’il veut sponsoriser de « la crèche à l’université », dans un pays où le taux d’alpabétisation a chuté ces dernières décennies à seulement 41,4% pour les femmes et 61,3% pour les hommes.

A 72 ans, il est le « benjamin » des deux principaux candidats et veut être proche de la jeunesse.

Il multiplie les lives Facebook et les Tweets, affirme qu’il adore Arsenal dans une session de questions/réponses interactives avec ses électeurs et vient de lancer un nouveau concept de « programme électoral » écrit en émojis.

Mais c’est sur son programme économique que l’homme d’affaires veut vraiment faire la différence: il a déjà annoncé son intention de libéraliser plusieurs sociétés d’Etat, à commencer par la très controversée compagnie nationale pétrolière (NNPC). Une tâche qui s’annonce très compliquée.



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