ABIDJAN – La sanction est tombée, froide et sans appel. Ce mercredi 19 novembre, le Parti des Peuples Africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo a annoncé le renvoi de 22 de ses cadres. Leur crime ? Avoir osé défier la ligne officielle du parti en déposant leur candidature aux élections législatives du 27 décembre prochain – un scrutin que la formation a choisi de boycotter.
Dans un communiqué cinglant, la direction justifie cette purge par une logique implacable : « La discipline ne peut être sélective. Elle est l’épine dorsale de toute organisation politique sérieuse. » Les exclus, estime-t-on au sein du parti, ont « sciemment choisi la désobéissance et l’insubordination ».
La mémoire des morts comme étendard
Derrière cette affaire de discipline se cache un enjeu bien plus profond : la mémoire des violences post-électorales. Le PPA-CI rappelle que la décision de boycott, prise le 6 novembre par le Comité central après « un débat ouvert, libre et démocratique », fait suite à un avis personnel de Laurent Gbagbo lui-même.
L’ancien président avait estimé que participer à ce scrutin reviendrait à « couvrir la forfaiture » de la présidentielle du 25 octobre et à « couvrir les blessés et les morts d’un linceul dédaigneux ». Une position morale qui transforme le boycott en devoir de mémoire.
L’impossible dissidence
Le communiqué ne laisse aucune place à l’ambiguïté : « Il est de la responsabilité de chacun, et davantage encore de celles et ceux nommés par le Président, de respecter les décisions collectives. » Les statuts du parti s’imposent à tous, quelle que soit leur fonction.
Les 22 rebelles ont donc été remerciés « avec regret mais avec fermeté ». Laurent Gbagbo lui-même a décidé de leur retirer sa confiance, signe que cette affaire touche à la légitimité même de son leadership.
Les fractures d’un parti en crise
Cette purge révèle les tensions qui traversent le camp gbagboïste. D’un côté, une direction qui brandit l’étendard de la discipline et de la mémoire des victimes. De l’autre, des cadres tentés par le jeu électoral, convaincus que le boycott revient à s’exclure définitivement de la scène politique.
Alors que la Côte d’Ivoire se prépare à tourner une nouvelle page politique, le PPA-CI semble s’enfermer dans une logique d’affrontement. Les exclus paient cher leur pragmatisme ; la direction, elle, assume son intransigeance.
La fracture est consommée. Reste à savoir si ces 22 cadres sauront – ou pourront – rebâtir une carrière politique hors du giron de celui qui fut longtemps leur mentor.



