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Ryad, capitale de la nouvelle Arabie Saoudite

Envoyé spécial — Le voyage en Arabie Saoudite est surprenant et plein d’émotions et de mystères. Notre véhicule nous conduit sur la colline de l’Oued Namar, au sud de la capitale Ryad, de sorte que la ville apparaît de loin comme une mer de lumière au milieu de l’obscurité de la nuit dans le désert tentaculaire du Najd.La cité s’est parée de ses plus beaux atours pour une occasion mémorable dans l’histoire du pays. Il s’agit de la célébration de la « Journée de la fondation », qui marque le jour où l’imam Mohammed Ibn Saoud a établi en 1727 le premier Etat saoudien dans la ville de Dariya, au nord-ouest de Riyad. 

 Ryad se projette aussi dans l’avenir, car il s’agit aux yeux des Saoudiens d’une « renaissance » qui a commencé ces dernières années, lorsque le jeune prince héritier Mohammed Ibn Salmane a annoncé l’ambitieuse Vision 2030.

Des centaines de voitures se pressent à l’entrée de la vallée, leurs propriétaires veulent réserver une place dans une plate-forme en face du lac artificiel, qui s’étend sur plus de deux kilomètres, et est entouré de rochers montagneux de la vallée des deux côtés, pour devenir ainsi la plus célèbre attraction touristique de la ville. Ce soir c’est un rendez-vous avec l' »Opérette de la Fondation », où les Saoudiens chanteront pour l’histoire.

La plupart des participants sont de jeunes hommes et femmes, vêtus de costumes traditionnels nomades, munis des téléphones portables de dernière génération. Le mélange de bédouin et de modernité était évident à leurs yeux, alors qu’ils interagissaient avec la comédie musicale et applaudissaient les spectacles de lumière qui retrace l’histoire de la fondation de leur État.

L’histoire raconte que les Banou Hanifa se sont installés au milieu de la péninsule arabique au cours du Ve siècle après JC, soit près de deux siècles avant la mission du Prophète, et qu’ils y ont établi le royaume d’Al-Yamamah, qui est devenu plus tard une partie du premier Etat. Les Banou Hanifa sont les ancêtres des Al-Saoud.

Lorsque le califat islamique quitte Médine, il se dirige vers le Levant, puis l’Irak, et enfin vers Astana, la centralité de la péninsule arabique s’est plongée dans des ères « d’instabilité et de faiblesse ». Un originaire des Banou Hanifa nommé Mani Ibn Rabi’a Al-Mouridi s’est dirigé du Hijaz, vers la terre de ses ancêtres à Najd, où il fonda la ville de « Al-Dariyah », en l’an 1446, devenant ainsi le grand-père des Al-Saoud.

La ville a été transformée en un petit émirat, où se sont succédé les fils d’Al-Mouridi pendant près de trois siècles, jusqu’à ce que l’imam Mohamed Ben Saoud ait pris le pouvoir et transformé le petit émirat en 1727 en un État qui protège les convois de pèlerins, marchands et prédicateurs. Il avait lancé le projet d’unification des tribus arabes, et construit le premier mur de Dariyah, la capitale du premier État saoudien.

Le projet d’État a franchi de nombreuses étapes, jusqu’à ce qu’il devienne ce qu’il est aujourd’hui, car il a fait face au début aux complexités de la situation régionale, lorsque sa capitale a été détruite en 1818 par les Turcs, mais le roi Abdelaziz Al Saoud est revenu au début du XXe siècle pour unir à nouveau les tribus, et réussit à faire face à la situation internationale turbulente. En 1932 il annonça l’unification du Najd, du Hijaz et du reste des régions sous la bannière du « Royaume d’Arabie Saoudite ».

À cette époque, l’État est entré dans une ère dont la mission principale de servir les deux lieux saints de l’Islam avec comme principale ressource les champs de pétrole à l’Est.

Selon ces proches, le roi Salman Ibn Abdelaziz, qui a pris le pouvoir en janvier 2015, a un grand intérêt pour l’histoire, et les intellectuels saoudiens le considèrent comme une référence importante dans l’histoire de la péninsule arabique. Et c’est cette conscience historique qui l’a conduit de signer le mois dernier un décret royal pour célébrer le 22 février de chaque année la « journée de la fondation », afin de lier le présent du Royaume à son premier passé, selon les mots d’un prédicateur saoudien, au milieu d’une exposition en forme de « marché populaire» installé au musée de Ryad.

Le jeune prédicateur se tenait au milieu de la foule, vêtu d’une robe blanche, surmontée d’un voile marron et d’un bandeau noir, il portait un livre sous la forme d’un vieux manuscrit, se déplaçant avec une grande légèreté, parlant avec l’éloquence la langue Najd, citant preuves et récitation de poèmes, dans une simulation claire de l’atmosphère des marchés d’il y a plusieurs siècles.

Dans l’exposition du marché, les Saoudiens incarnent leur passé et façonnent leur vie à l’établissement de leur premier État au début du XVIIIe siècle. On retrouve des femmes filant la laine et fabriquant des vêtements brodés. Dans l’une des boutiques, un jeune homme, vêtu des vêtements de son grand-père, s’assoit, fabriquant des œuvres d’art en pierres et reconstruisant les détails d’une vie qu’il n’a pas vécue, mais il l’a ressuscitée de la mémoire collective.


Au milieu de la place du « marché », des jeunes hommes vêtus de vêtements clairs, et à la main des épées d’argent étincelantes, dansent au rythme des tambours. C’est la « Ardah » ou la danse qui incarne la guerre dans l’histoire du État saoudien, car l’épée a une grande place dans cette histoire, à tel point qu’elle est devenue un emblème de l’État et une partie du drapeau national, avec un certificat d’unification.

Dans un autre coin de la place, un marié célébré par ses pairs avec des tambours. Ils chantent et dansent avec une grande joie, et dans un autre coin des hommes récitent des mélodies qui ravissent et étonnent à la fois, c’est la « Daha » du nord.

C’est ainsi que l’Arabie saoudite œuvre depuis des années pour faire émerger la joie dans les cœurs des citoyens, en tant qu’élément important de la vision du prince héritier Mohammed Ibn Salmane de ce que le Royaume qui entreprend des transformations sociales majeures, avec des projets économiques prometteurs, qui font entrer le plus grand pays du Moyen-Orient dans l’ère post-pétrolière.

Mais le jeune prince semble avoir de grands rêves, et il mise sur les jeunes pour les réaliser, notamment lorsqu’il leur raconte l’histoire de son pays bien ancré dans l’histoire et disposant d’une civilisation qui converge avec plusieurs autres dans le monde

« L’Arabie saoudite change vite », c’est l’expression exprimée par tous les responsables et intellectuels saoudiens que nous avons rencontrés, lors de notre couverture des activités de la journée de fondation. Ils sont unanimes sur le changement et sa rapidité, un changement incarné dans la ville de Ryad, qui compte plus de sept millions d’habitants et qui se développe très rapidement.

Ryad est récemment devenue une destination pour les artistes saoudiens dans la mesure où les clubs culturels sont prisés et les projets de jeunes entrepreneurs se sont multipliés, se transformant en un vaste marché sur lequel les entreprises internationales cherchent à pénétrer, notamment les sociétés de prestations, du transport et de livraison ainsi que et d’autres entreprises.

Au cœur de Ryad, à l’intersection de l’avenue Roi Fahd Ibn Abdelaziz et du boulevard Abdelmalik Ibn Marouane, nous avons visité le siège du Fonds saoudien pour le développement, un bâtiment composé de dalles de verre et de béton peintes de marbre rocheux. A l’entrée, on était accueilli par une jeune Saoudienne qui parle arabe et anglais. Elle est la chargée de communication  du Fonds. Elle supervise une équipe d’ingénieurs, tous saoudiens, qui ont fait des présentations sur le travail du Fonds dans toutes les régions du monde et sa contribution pour promouvoir la position de l’Arabie saoudite au niveau mondiale.

Au cours de l’année 2020, le Fonds a financé près de 300 projets de développement dans divers coins du monde, avec une enveloppe financière de plus de 21 milliards de dollars. La plupart de ces financements sont allés à l’Afrique et l’Asie. Mieux encore, les financements du Fonds ont dépassé les deux continents, pour inclure 84 pays à travers le monde.

Le siège du Fonds ressemblait à un organisme des Nations Unies, où des peintures d’enfants, de femmes et d’hommes, de couleurs, de races et de peuples divers, étaient accrochées à ses légendes. 

Tous, le Fonds saoudien a réussi à changer leur vie, depuis l’Indonésie jusqu’à la Mauritanie, en passant par le Pakistan, le Burkina Faso, la Somalie, la Jordanie et l’Algérie. 

La jeune femme saoudienne conclut sa présentation en disant que leur devise est: « Nous prospérons ensemble ».


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