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Sébastien Courtoy, avocat de Nemmouche, l' »affreux » des prétoires belges

Reconnu par ses pairs mais jugé excessif, il se définit lui-même comme « un affreux », à l’image de ses clients: des jihadistes, des complotistes, un négationniste. Avocat vedette de Mehdi Nemmouche, Sébastien Courtoy, a fait feu de tout bois jeudi pour défendre son client.

Voilà sept semaines qu’il était attendu, lui qui avait promis, avec un goût certain du « teasing », « la vérité » sur la tuerie du musée juif de Bruxelles: quatre assassinats pour lesquels son client, un jihadiste français de 33 ans, est jugé devant les assises de la capitale belge.

Jeudi, il a enfin pris la parole pour tenter d’étayer sa thèse, brièvement présentée au début du procès: Mehdi Nemmouche « n’est pas le tueur » du musée juif, il a été « piégé ».

Et la tuerie n’est pas un attentat du groupe jihadiste Etat islamique (EI) mais « une exécution ciblée d’agents du Mossad », les services secrets israéliens.

Tant pis si les preuves matérielles se sont empilées tout au long du procès contre son client: Me Courtoy épouse une théorie jugée « complotiste », voire « stupide » par la partie adverse.

Au fil d’un discours parfois confus, émaillé d’ironie, mais aussi de provocations et de violentes diatribes contre ses adversaires, il a entamé jeudi sa plaidoirie en faveur de son client, réservant le coeur de sa stratégie à l’après-midi. « C’est bon de plaider enfin », a-t-il lancé.

– « Cinglé de travail » –

« C’est un bon plaideur, il peut avoir des coups de génie, mais il est un peu fou », confie sous couvert d’anonymat un avocat pénaliste qui l’a côtoyé dans divers dossiers.

« Il est dans le +show+, mais pas seulement: il est convaincu par ce qu’il dit », ajoute cet avocat.

Le cheveu noir brouillon, l’oeil narquois sous d’épais sourcils, Sébastien Courtoy cultive le goût de la mise en scène.

En septembre 2017, il annonce, l’air grave, que Mehdi Nemmouche, placé à l’isolement en prison, « est en train de perdre la vue (et) l’ouïe » et qu’on se dirige vers un « simulacre » de procès.

A observer l’accusé dans son box, idées claires, vocabulaire précis, corps affuté, qui rit parfois avec ses défenseurs, il s’agissait manifestement d’une fausse alerte.

A 44 ans, Courtoy est un avocat aussi fascinant que méprisé, un gros fumeur –il casse le filtre de ses cigarettes avant de les allumer– qui se présente comme « un cinglé de travail », parfois jusqu’à « la nausée », à la recherche d' »adrénaline ».


Fils d’un médecin réputé de la région francophone du Brabant wallon, mais hypocondriaque, selon la presse belge, il suit le parcours classique de la bourgeoisie brabançonne: jésuites, hockey sur gazon, études de droit.

Puis fait ses débuts chez un ténor du barreau belge, Michel Graindorge, marqué à gauche, avant de voler de ses propres ailes.

En Belgique, il s’occupe de cas périlleux: l’imam radical français Bassam Ayachi, figure d’un ancien foyer islamiste de la commune bruxelloise de Molenbeek; Marouane El Bali, dirigeant de la cellule jihadiste de Verviers; Jean-Louis Denis, dit « Jean-Louis le Soumis », prédicateur islamique condamné pour avoir envoyé de jeunes musulmans en Syrie; Laurent Louis, ancien député belge condamné pour négationnisme.

– « Quenelle d’or » –

Ce tableau de chasse lui vaut d’être accusé d’épouser avec trop de complaisance les thèses de ses clients. Ce qu’il nie.

Dans une surprenante interview au début du procès au quotidien belge « La Dernière Heure », il avait appelé ceux qui le menacent sur les réseaux sociaux à venir « en découdre » au tribunal.

Avant d’ajouter, avec provocation: « Les gonzesses, elles, ça les excite, pas comme si tu faisais du droit du bail. Les nanas aiment bien les affreux ».

« Je ne le suspecte pas d’être un bandit du barreau, sûrement pas », déclare à l’AFP Me Michel Forges, bâtonnier de l’ordre des avocats du barreau francophone de Bruxelles.

Mais « si vous êtes chasseur et avez un problème de chasse(poursuite judiciaire, ndlr) il vaut mieux être défendu par un protecteur des animaux ». Manière de dire qu’un avocat est d’autant plus crédible qu’il sait prendre ses distances avec la cause de son client.

En 2012, l’homme est aussi devenu, toujours avec Henri Laquay –autre conseil de Nemmouche, connu pour ses liens avec l’extrême droite– l’avocat en Belgique du polémiste Dieudonné, poursuivi (et condamné) pour « incitation à la haine ».

Les deux avocats ont mimé, à ses côtés, le geste polémique de la « quenelle ». Ils écopent d’une suspension de deux mois avec sursis.

La même année, Dieudonné les décore d’une « quenelle d’or », prix supposé de « la subversion » qui a également récompensé le négationniste Robert Faurisson, le gourou controversé Claude Vorilhon, alias Raël, ou encore l’essayiste d’extrême droite Alain Soral.

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