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Shinzo Abe: un politicien servi par son ascendance, de l’assurance et un peu de chance

Conservateur à la fibre nationaliste, le Premier ministre japonais Shinzo Abe, réélu jeudi président de son parti, est un habile politicien plein d’ambition, aidé par son ascendance et le destin.

Celui qui fêtera vendredi ses 64 ans est né dans une famille d’hommes politiques.

Son grand-père, Nobusuke Kishi, était ministre pendant la Seconde Guerre mondiale. Accusé de crimes de guerre, il fut arrêté mais jamais jugé par le Tribunal de Tokyo.

Cofondateur du Parti libéral démocrate (PLD) en 1955 devenu Premier ministre deux ans plus tard, Kishi avait signé en 1960 avec le président américain Dwight Eisenhower un traité de sécurité et de coopération, qui constitue encore aujourd’hui le fondement de l’alliance entre les deux pays. Il avait ensuite dû démissionner.

Le père de Shinzo Abe, Shintaro Abe, s’était quant à lui hissé jusqu’au poste de ministre des Affaires étrangères. À sa mort en 1993, le fils avait repris son siège au Parlement.

– Retour réussi –

M. Abe fils était déjà parvenu à se hisser au sommet du pouvoir en 2006, devenant à 52 ans le plus jeune Premier ministre japonais et le premier né après la Seconde Guerre mondiale. Mais il avait précipitamment démissionné au bout d’un an, évoquant des problèmes gastro-intestinaux chroniques.

Ayant mis à profit sa traversée du désert pour changer de coiffure et gagner en assurance, Shinzo Abe est revenu au pouvoir comme le sauveur en décembre 2012, après le passage aux commandes désastreux de l’opposition de centre-gauche de 2009 à 2012, marqué par le séisme et le tsunami de mars 2011 à l’origine de la catastrophe nucléaire de Fukushima.

M. Abe est souvent considéré comme arrogant et terne, mais il lui arrive de pratiquer l’autodérision. « J’ai mes lacunes », a-t-il dit jeudi après sa réélection.

Depuis son retour, sa formation politique, le Parti libéral-démocrate (PLD), a remporté haut la main les différents scrutins qui se sont enchaînés, à l’exception d’une défaite historique pour le renouvellement de l’assemblée de Tokyo.


M. Abe brandit immanquablement l’étendard économique et sa stratégie de relance, dite « Abenomics », même si par la suite il tend à ruser pour faire passer les lois qui lui tiennent le plus à coeur, sur la sécurité et la défense notamment.

– Sens de l’adaptation –

Ayant bâti un pan de sa réputation sur sa fermeté à l’égard de la Corée du Nord, ce conservateur veut aussi un Japon capable de se défendre, sans traîner indéfiniment le fardeau du repentir vis-à-vis de la Chine ou de la Corée du Sud.

Jusqu’où ne pas aller trop loin pour ne pas fâcher les Américains? Là est la limite, franchie une fois, le 26 décembre 2013, par une visite au sanctuaire Yasukuni de Tokyo, honni de Pékin et Séoul parce qu’il glorifie selon eux le militarisme japonais, dont leurs pays ont subi les exactions dans la première moitié du 20e siècle.

M. Abe s’adapte à chaque changement de président américain, même si il a fort à faire avec Donald Trump qui un jour joue au golf avec « Shinzo » et le lendemain crie urbi et orbi que le déficit commercial vis-à-vis du Japon est insupportable et qu’il va sévir avec de nouvelles taxes.

Dans le même temps, M. Abe s’attache à ne pas froisser le président russe Vladimir Poutine, avec lequel il aimerait régler le différend des îles Kouriles du sud, (appelées « Territoires du Nord » par les Japonais) annexées par l’Union soviétique à l’issue de la Seconde Guerre mondiale.

M. Abe a cependant été largement écarté du bal diplomatique autour de la Corée du Nord, dont l’attitude a changé du tout au tout en quelques mois, faisant de Kim Jong Un un dirigeant auquel tant Donald Trump que le président sud-coréen serrent désormais la main avec un large sourire.

Au moment où il était éclaboussé par des scandales touchant ses proches (femme, amis), M. Abe a souvent depuis 2012 été aidé par des faits extérieurs (tirs de missiles nord-coréens ou catastrophes naturelles) qui lui ont permis fort opportunément de se poser en chef.

Shinzo Abe, qui rêve d’un Japon « noble », bénéficie du soutien de la droite nationaliste, convaincue que le pays doit être davantage en mesure de jouer son rôle plein et entier dans le concert des nations et, au besoin, avoir la capacité militaire d’aider son protecteur américain.


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