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Sous pression, Trump durcit le ton envers l’Arabie saoudite

Donald Trump a durci le ton envers l’Arabie saoudite, évoquant des « mensonges » dans les explications sur la mort du journaliste Jamal Khashoggi, alors que le président américain faisait face dimanche à une pression croissante aux Etats-Unis pour qu’il agisse contre Ryad.

« Il y a manifestement eu tromperie et mensonges », a-t-il déclaré dans un entretien publié tard samedi soir par le Washington Post, journal auquel collaborait M. Khashoggi, exilé aux Etats-Unis depuis 2017 après être tombé en disgrâce auprès du pouvoir saoudien.

« Leurs histoires partent dans tous les sens », a ajouté le locataire de la Maison Blanche, qui avait jugé « crédible » la veille la version de Ryad selon laquelle le journaliste aurait été tué au cours d’une rixe au consulat saoudien à Istanbul.

Jamal Khashoggi s’était rendu le 2 octobre pour des démarches administratives à la représentation diplomatique saoudienne, dont il n’est jamais ressorti, contrairement à ce qu’avait initialement affirmé Ryad.

Donald Trump a cependant tenu à ménager le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, surnommé MBS, « une personne forte », qui « aime vraiment son pays », selon lui.

« Personne ne m’a dit qu’il était responsable. Personne ne m’a dit qu’il n’était pas responsable. Nous ne sommes pas arrivés à ce point », a dit le président américain, évoquant la « possibilité » que MBS n’ait eu qu’a posteriori connaissance des événements.

« J’aimerais qu’il (MBS) ne soit pas responsable. Je pense que c’est un allié très important pour nous. Notamment avec l’Iran qui mène tellement d’activités néfastes à travers le monde, c’est un bon contrepoids », a-t-il encore confié au Washington Post, mentionnant à plusieurs reprises au cours de l’entretien l’importance des liens économiques entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite.

– « Pas crédible du tout » –

Le changement de ton de Donald Trump intervient alors que la pression se fait plus forte autour de lui, au sein même de son propre camp, afin qu’il prenne des sanctions à l’encontre de Ryad.

Bob Corker, président républicain de la puissante commission des Affaires étrangères du Sénat américain, a confié dimanche matin sur CNN avoir le « sentiment » que MBS était « derrière » la mort de Jamal Khashoggi.


« S’il a tué ce journaliste, la ligne rouge aura été franchie et il faudra qu’il en paie le prix et soit puni », a lancé le sénateur, appelant à une réponse « collective » et « appropriée » des « Etats-Unis, du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne ».

Lindsey Graham, sénateur républicain proche de M. Trump, a par ailleurs estimé sur Fox News que la version avancée par l’Arabie saoudite n’était « pas crédible du tout ».

« Il est ridicule de croire que 18 personnes se rendraient en Turquie pour tuer M. Khashoggi et que personne au gouvernement n’en sache rien », a-t-il dénoncé, ciblant directement le prince héritier saoudien.

« L’Arabie saoudite est un pays et MBS est une personne. Je suis prêt à séparer les deux », a-t-il dit. « Si nous acceptons cela, toute autre personne en position de le faire fera de même (…) et nos ennemis ne nous respecterons plus ».

D’importants sénateurs républicains et démocrates avaient dès le 10 octobre mis leur poids dans cette affaire en déclenchant un processus qui force Donald Trump à rendre au Congrès, sous 120 jours, ses conclusions sur la disparition de Jamal Khashoggi.

La Maison Blanche doit, en rendant ses conclusions, dire si elle compte imposer des sanctions.

Mais le Congrès, où l’indignation face à l’Arabie saoudite est palpable, pourrait de toutes façons agir de son côté. Fort d’un certain consensus sur ce sujet entre républicains et démocrates, il pourrait bloquer les ventes d’armes proposées par la Maison Blanche à Ryad, voire voter des sanctions.

Si Donald Trump s’y opposait, le Congrès pourrait surmonter son veto avec une majorité de deux tiers.



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