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Syrie: à Baghouz, les palmiers dépérissent à l’image du « califat » jihadiste

A l’entrée de Baghouz, les palmiers et les grenadiers semblent dépérir, à l’image de l’ex « califat » du groupe Etat islamique (EI) et de ses jihadistes terrés à quelques centaines de mètres de là, dans cette localité assiégée de l’est syrien.

Coincés dans un réduit dont la surface est estimée à environ un demi-kilomètre carré, les jihadistes de l’EI sont visés par des raids aériens de la coalition menée par les Etats-Unis et par des tirs de mortier de leurs alliés arabo-kurdes, les Forces démocratiques syriennes (FDS).

« Les FDS étaient ici » peut-on lire en arabe sur une maison de plain-pied, qui donne sur une rue défoncée par les cratères et parsemée de camions carbonisés, a constaté une journaliste de l’AFP lors d’une visite organisée samedi pour la presse par l’alliance arabo-kurde.

Sur le toit d’un bâtiment pris quatre jours plus tôt par les FDS, un combattant scrute les colonnes de fumée s’échappant de bombardements récents.

Les jihadistes « tirent dans notre direction la nuit, puis des affrontements éclatent avant qu’ils ne s’enfuient de nouveau », rapporte Hamza Shaddadi, fusil en bandoulière et talkie-walkie en main.

« Nous ne nous approchons pas à cause des civils » toujours présents dans l’ultime poche jihadiste, raconte-t-il à l’AFP.

Appuyées par la coalition, les FDS mènent depuis décembre une offensive à Baghouz mais leur progression a été ralentie par la présence de nombreux civils, dont des familles de jihadistes.

La localité sera toutefois débarrassée des jihadistes « dans quelques jours à peine », affirme M. Shaddadi, visiblement impatient.

– Combats féroces –

Dans les secteurs déjà repris, les FDS passent au peigne fin les décombres et les maisons en ruine autrefois utilisées comme bases arrière par les jihadistes, à la recherche de cellules dormantes, de tunnels secrets ou de munitions n’ayant pas explosé.

Des combattants portant des foulards kurdes traditionnels sourcillent à peine au son des coups de feu qui résonnent à proximité, suivis de près par le vrombissement d’avions et de deux raids aériens.

Dans les maisons et les rues boueuses à l’entrée de Baghouz, aucun civil mais seulement des véhicules blindées qui surgissent dans les allées de la ville dévastée.

Ce n’est pas la première fois que les FDS luttent pour reprendre ces quartiers.

Après avoir lancé leur dernière bataille contre l’EI en septembre, l’alliance arabo-kurde a facilement repris Baghouz avant que le village ne soit de nouveau capturé par les jihadistes quelques semaines plus tard.

De retour dans le cadre de ce nouvel assaut, Diaa Hassaké constate l’état dégradé du village.


« Lorsque nous l’avons pris il y a quelques mois, nous montions sur les toits et cueillions des dattes et des grenades », raconte le combattant en pointant du doigt les grenadiers et leurs fruits rouges pourris.

Les palmiers ont jauni. Certains arbres n’ont plus que leurs troncs.

« Aujourd’hui, le secteur sous le contrôle (des jihadistes) a rapetissé alors ils combattent encore plus férocement », affirme M. Hassaké.

« Dans le passé, ils ne résistaient pas beaucoup car ils avaient d’autres territoires vers lesquels se retirer ».

Après sa montée en puissance en 2014, l’EI avait établi un « califat » sur un territoire vaste comme la Grande-Bretagne à cheval sur l’Irak et la Syrie.

– « Merci de votre visite »-

Les FDS ont fait face ces derniers jours à une résistance farouche de la part des jihadistes tapis derrière la ligne de front, qui commettent des attentats suicide et des embuscades, et attaquent à l’aide de motos piégées, ont indiqué des commandants.

Mais la victoire est proche, a affirmé le commandant des FDS, Jia Furat, à des journalistes samedi.

« Dans un laps de temps très court, qui ne durera pas plus que quelques jours, nous annoncerons officiellement la fin de l’existence de l’EI », a-t-il déclaré.

Une telle annonce signerait l’acte de décès du « califat » de l’EI, réduit à l’état de lambeau dans un recoin de la vallée de l’Euphrate plus de quatre ans après avoir été proclamé à Mossoul en Irak par le chef de l’EI, Abou Bakr al-Baghdadi, dont le sort reste inconnu.

Contrairement à d’autres localités avoisinantes, Baghouz compte des villas en pierre de deux étages construites par des habitants ayant émigré dans les riches pays du Golfe, note un combattant des FDS originaire d’un village sur l’autre rive de l’Euphrate.

« Tout endroit traversé par une rivière est beau, mais n’importe quel lieu où passe Daech est anéanti », dit pour sa part M. Hassaké, utilisant un acronyme arabe de l’EI.

Aux abords d’un chemin en terre à la sortie du village, un panneau vert a survécu au passage de l’EI: « La ville de Baghouz vous remercie de votre visite », peut-on y lire.

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