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Tanzanie: un prix journalistique lève le voile sur les difficultés de la presse

Le journaliste tanzanien Maxence Melo, un des lauréats du Prix international pour la liberté de la presse, estime, dans un entretien mercredi à l’AFP, que cette distinction « lève un coin du voile » sur les difficultés des journalistes dans son pays, surtout sous le président John Magufuli.

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), organisateur de ce prix ayant récompensé cette année cinq journalistes à travers le monde, présente Maxence Melo comme « champion de la liberté de la presse sur internet ». Il est l’un des fondateurs du blog Jamii Forums, un des plus influents du pays et qui dénonce notamment la corruption, l’évasion fiscale ou les violations des droits de l’homme.

Ce blog est dans le collimateur des autorités depuis sa création en 2006 et M. Melo est un habitué des cellules de la police, dans un pays où la liberté de la presse, et de manière plus large la liberté d’expression, a constamment régressé depuis l’arrivée au pouvoir de M. Magufuli fin 2015.

« Jamais dans notre pays, un gouvernement n’avait autant bafoué la liberté de la presse », a déploré par téléphone M. Melo, frappé d’une interdiction de quitter Dar es Salaam.

M. Melo a été notamment poursuivi pour avoir refusé de divulguer à la police l’identité de certains intervenants ayant critiqué les autorités sur son blog.

« Ce n’est bien sûr pas une bonne nouvelle que mon pays fasse la une de l’actualité à cause de ses lois et de ses pratiques qui violent les libertés de presse et d’expression », observe-t-il au sujet du prix du CPJ.


Mais, dit-il, « ce prix lève un coin du voile sur ce qui se passe dans notre pays ». « Avec l’annonce de ce prix, je pense que la communauté internationale va s’intéresser davantage à ce qui se passe en Tanzanie, à l’environnement difficile dans lequel travaillent les médias et les défenseurs des droits de l’homme en Tanzanie ».

Le journaliste et blogueur, qui dit avoir comparu devant la justice près d’une centaine de fois, et qui est toujours poursuivi pour le contenu de son blog, assure craindre pour sa sécurité.

« Il est évident que j’ai peur, peur pour ma sécurité personnelle, mais aussi pour la sécurité ma famille », confie cet homme marié, père de trois enfants. « Je reçois des menaces directes, d’autres sous forme de mails ou de sms. Mais il y a aussi des Tanzaniens qui me soutiennent, qui m’encouragent et me prodiguent des conseils pour faire face à cette situation ».

Depuis l’élection de M. Magufuli, des meetings de partis d’opposition ont été interdits, des responsables d’opposition arrêtés et poursuivis, des journaux fermés, et des journalistes et artistes molestés ou menacés de mort, après avoir critiqué la nouvelle administration.

La Tanzanie était au 75e rang mondial du classement de la liberté de la presse de Reporters sans frontières en 2015. En 2019, elle n’était plus que 118e.



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