Total Return Swap : Takku Wallu Sénégal veut enquêter sur une opération financière de 650 millions d’euros

Une nouvelle controverse financière arrive sur la table de l’Assemblée nationale sénégalaise. Le groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal propose la…

Une nouvelle controverse financière arrive sur la table de l’Assemblée nationale sénégalaise. Le groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal propose la mise en place d’une commission d’enquête pour faire la lumière sur une opération de financement de 650 millions d’euros réalisée par l’État à travers un mécanisme de type Total Return Swap (TRS).

Selon l’exposé des motifs de la proposition, cette opération aurait été conclue depuis juin 2025 avec First Abu Dhabi Bank (FAB) et Africa Finance Corporation (AFC). Les députés à l’origine de l’initiative s’appuient notamment sur une publication du Financial Times datée du 23 mars 2026, qui avait révélé l’existence du montage financier.

D’après les éléments avancés dans la proposition, le mécanisme aurait permis à l’État de mobiliser des ressources en cédant les revenus associés à certains de ses actifs. Mais pour les parlementaires, plusieurs aspects de l’opération demeurent encore insuffisamment documentés. Ils regrettent notamment que ce financement n’ait pas fait l’objet d’une présentation explicite lors des interventions du ministre chargé des Finances devant l’Assemblée nationale.

Les interrogations dépassent désormais le seul cadre national. Les députés mettent également en avant les possibles conséquences de cette opération sur les relations du Sénégal avec ses partenaires techniques et financiers, alors que le pays serait engagé dans des discussions avec le Fonds monétaire international pour la conclusion d’un nouveau programme.

Une autre question occupe une place centrale dans leur démarche : celle d’une éventuelle utilisation des revenus issus des hydrocarbures comme garantie. Les auteurs de la proposition estiment que les explications apportées par le ministère des Finances et du Budget, notamment à travers un communiqué et un point de presse, n’ont pas permis de dissiper l’ensemble des interrogations.

Une enquête pour déterminer les risques du montage financier

Si elle est créée, la commission d’enquête devra d’abord reconstituer les conditions exactes dans lesquelles le Total Return Swap a été conclu avec First Abu Dhabi Bank et Africa Finance Corporation. Les députés souhaitent notamment connaître les taux d’intérêt appliqués ainsi que les éventuelles décotes liées à l’opération.

Les investigations devront également porter sur les risques et les conséquences du mécanisme pour les finances publiques. Les parlementaires veulent notamment déterminer si des actifs appartenant à l’État ou des revenus provenant des ressources naturelles ont été utilisés comme gage ou comme garantie.

La commission devra aussi chercher à comprendre les raisons pour lesquelles cette opération n’aurait pas été explicitement présentée à la représentation nationale. Son impact potentiel sur la viabilité de la dette publique et sur les relations du Sénégal avec ses partenaires techniques et financiers devra également être évalué.

Pour obtenir ces réponses, les députés prévoient d’entendre plusieurs responsables directement impliqués dans la gestion financière de l’État. Parmi eux figurent le ministre chargé de l’Économie et des Finances, le Directeur général de la Comptabilité publique et du Trésor, le Trésorier général, le Directeur général des Financements et de la Dette ainsi que le Coordonnateur du Comité national de la Dette publique.

Les cabinets et autres intervenants ayant participé à l’opération comme conseillers, intermédiaires ou arrangeurs pourraient également être auditionnés. Toute autre personne dont le rôle aurait été déterminant dans la conclusion du montage pourrait être entendue par les parlementaires.

Une commission composée de onze députés

La proposition de résolution prévoit officiellement la création d’une commission d’enquête parlementaire chargée de recueillir les informations nécessaires sur les faits évoqués. Sa composition serait encadrée par l’article 36 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Elle compterait onze députés, désignés au prorata des groupes parlementaires administrativement constitués, avec la prise en compte des députés non-inscrits.

Portée au nom du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal par sa présidente, Aïssata Tall Sall, cette initiative ouvre désormais une nouvelle séquence de débat autour de la gestion des financements publics et des conditions dans lesquelles l’État sénégalais mobilise des ressources sur les marchés financiers.

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