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Ukraine : Zelensky, un « clown » novice en politique

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A la télévision, il a déjà été élu dans une fiction président de l’Ukraine. Volodymyr Zelensky, qui n’hésite pas à se qualifier lui-même de « clown » et n’a aucune expérience politique, apparaît désormais en position de le devenir dans la vie réelle.

Annoncée en plein réveillon du 31 décembre, sa candidature ressemblait à une blague, mais, trois mois plus tard, les résultats, même publiés un Premier avril, sont très sérieux.

Provoquant la surprise de nombreux Ukrainiens face à un succès au-delà de toutes les attentes, M. Zelensky a écrasé ses rivaux avec plus de 30% des suffrages au premier tour de la présidentielle, presque le double du sortant Petro Porochenko qu’il affrontera le 21 avril.

A 41 ans, le comédien, surtout connu pour ses rôles dans des émissions humoristiques et des films grand public, n’a fait aucune campagne traditionnelle, préférant se produire sur scène avec sa troupe de stand-up et s’exprimant davantage sur les réseaux sociaux qu’à la télévision et dans les journaux.

« J’ai voté pour Zelensky afin qu’il casse ce système », a expliqué à l’AFP Iaroslava, une scientifique de 38 ans.

Tendance mondiale, le rejet des élites est particulièrement marqué en Ukraine, où la population est éprouvée par des scandales de corruption incessants, une guerre contre les séparatistes prorusses ayant fait près de 13.000 morts en cinq ans et de lourdes difficultés économiques.

– Quête d’une « baguette magique » –

Pour l’éditorialiste Vitali Portnikov, les Ukrainiens « ne votent pas pour un manager, pas plus que pour un leader politique, mais pour un magicien » censé guérir les maux de cette ex-république soviétique par un coup de « baguette magique ».

L’acteur, qui promet aux Ukrainiens une « nouvelle vie sans corruption », est originaire de la ville industrielle de Kryvy Rig (centre de l’Ukraine), M. Zelensky, père de deux enfants, est diplômé en droit, mais c’est sur scène qu’il a fait carrière.

Directeur artistique du studio « Kvartal 95 », il est, selon des médias, le cofondateur d’un conglomérat d’entreprises spécialisées dans le divertissement, connu en Ukraine ainsi qu’en Russie pour des shows et des séries télévisées.

Il incarne ainsi dans la série « Serviteur du peuple » un professeur d’histoire devenu président à la suite d’une vidéo virale dans laquelle il critique la corruption.


Pour le politologue Mykola Davidiouk, le comédien voit sa course à la présidence comme « une expérience intéressante, quelque chose qu’il n’a jamais fait ».

« Je n’exclus pas qu’il brûle d’envie de devenir président, mais, inconsciemment, il est probable qu’il joue le rôle qu’il a joué à l’écran », explique l’expert à l’AFP. « Une partie de la population le croit et est prête à voter pour lui ».

L’acteur a été accusé, y compris par le chef de l’Etat sortant, d’être une « marionnette » du sulfureux oligarque ukrainien Igor Kolomoïski, à couteaux tirés avec la présidence et dont la chaîne de télévision 1+1 couvre de manière largement positive la campagne du comédien. Volodymyr Zelensky rejette ces allégations.

Ses détracteurs mettent surtout en exergue le flou de son programme, établi par un vote sur les réseaux sociaux.

« Je n’ai pas d’expérience », mais « j’ai suffisamment de force et d’énergie », avait déclaré M. Zelensky début mars dans un entretien avec l’AFP, assurant « apprendre »

Il s’est entouré de réformateurs et a assuré vouloir maintenir le cap pro-occidental de son pays tout en menant des négociations avec la Russie, impliquant les Etats-Unis et le Royaume-Uni, pour régler le conflit dans l’est.

– Des compensations de la Russie –

Après plusieurs rencontres politiques jugées désastreuses par leurs participants au début de sa campagne, M. Zelensky s’est montré récemment plus convaincant face à certains bailleurs de fonds occidentaux de Kiev en décrivant les grandes lignes de sa future politique économique, d’après une source proche de ces discussions.

Il a durci le ton sur la Russie, disant vouloir demander au Kremlin des compensations pour l’annexion en mars 2014 par Moscou de la péninsule de Crimée et le sanglant conflit dans l’est avec les séparatistes prorusses soutenus militairement par la Russie, selon Kiev et les Occidentaux.

Après l’annexion de la Crimée et peu avant le début de la guerre dans l’est, M. Zelensky se montrait plus conciliant se disant prêt à se mettre « à genoux » pour éviter un « conflit militaire » entre les deux « peuples frères ».



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