Dakar, capitale secrète de la sécurité ouest-africaine

Ils sont les sentinelles de l’Afrique de l’Ouest. Ce mardi, dans l’enceinte discrète d’un atelier à Dakar, des officiers de police et des analystes des centres nationaux d’alerte précoce de la CEDEAO ont ouvert les hostilités contre un ennemi invisible : la criminalité transnationale. Pendant quatre jours, la capitale sénégalaise se transforme en laboratoire de la sécurité régionale.

Sous l’égide de la Direction de l’alerte précoce de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, ces experts décortiqueront les mécanismes complexes qui alimentent l’insécurité. L’objectif est ambitieux : transformer des données brutes en véritables boucliers préventifs. Il ne s’agit plus seulement de constater, mais d’anticiper.

De la donnée à l’action préventive

L’atelier ne se contente pas de théories. Il forge des armes concrètes : maîtrise des statistiques, projections fiables, visualisation des menaces. Les responsables informatiques apprendront à traduire le flux numérique en rapports d’alerte précis, capables de déjouer les trafics les plus sophistiqués.

La criminalité n’ayant plus de frontières, la réponse non plus. Les participants se formeront à traquer les connexions invisibles entre violence sexuelle, crime organisé et autres défis sécuritaires. Une approche globale pour des menaces qui le sont tout autant.

Vers un réseau d’alerte régional

L’enjeu dépasse la simple formation. Il s’agit de tisser une toile serrée entre toutes les autorités nationales, créant ainsi un bouclier collectif contre la délinquance transnationale. Chaque donnée partagée, chaque analyse croisée renforce la sécurité de toute la région.

À Dakar, loin des projecteurs, se joue une bataille décisive pour l’avenir de l’espace ouest-africain. Celle de l’intelligence face à la brutalité, de la coopération face à la fragmentation. Quatre jours pour apprendre à déchiffrer les ombres qui menacent la stabilité de toute une région.

L’Afrique en mouvement : Faye et Ruto signent l’accord sans visa

Ce mardi 21 octobre 2025, dans le cadre solennel de la State House de Nairobi, deux présidents incarnent la nouvelle génération de leaders africains. Bassirou Diomaye Faye, le jeune chef de l’État sénégalais, et son homologue kényan, William Ruto, ont transformé leur première rencontre en un symbole tangible de l’intégration continentale.

Sous les ors du pouvoir kényan, les deux hommes n’ont pas seulement échangé les propos protocolaires attendus. Ils ont scellé, par la signature d’un accord d’exemption de visa, une fraternité concrète. Désormais, un Sénégalais et un Kényan pourront se rendre visite librement, sans formalité, pendant quatre-vingt-dix jours. Un geste simple, presque anodin en apparence, mais qui fait voler en éclats les frontières héritées de la colonisation.

Du dialogue politique à la mobilité citoyenne

Les entretiens, denses, ont porté sur l’essentiel : la paix dans les régions troublées, la sécurité, les transports aériens, l’éducation. Mais c’est dans le domaine des échanges humains que le pas de géant a été franchi. Alors que l’Afrique parle depuis des décennies d’intégration sans toujours lui donner de visage, le Sénégal et le Kenya viennent d’offrir à leurs citoyens la liberté de circuler.

Cet accord est bien plus qu’une disposition administrative. C’est un pont jeté entre Dakar et Nairobi, entre l’océan Atlantique et l’océan Indien. Il facilite les affaires, le tourisme, les rencontres académiques, et consacre une vision partagée : celle d’un continent où la circulation des idées et des personnes précède et nourrit la prospérité.

Une alliance stratégique au service d’une Afrique souveraine

Le déjeuner officiel qui a suivi n’était pas qu’un rite diplomatique. Il scellait une alliance naissante entre deux nations phares, deux démocraties stables qui entendent peser sur les dossiers régionaux et internationaux. La « convergence de vues » évoquée dans les communiqués semble réelle, portée par une volonté commune d’affirmer une voie africaine souveraine.

Dans les couloirs de la State House, on sentait comme une évidence : l’Afrique de la mobilité, du commerce et de la coopération n’est plus une utopie. Elle s’écrit, désormais, dans les passeports de millions de citoyens. Ce que Faye et Ruto ont signé à Nairobi, c’est peut-être la première page d’un nouveau chapitre continental : celui où les peuples, enfin, se retrouvent.

De l’Élysée à la Santé : la chute historique de Nicolas Sarkozy

Ce n’était pas un départ comme les autres. Ce mardi matin, devant sa demeure de l’ouest parisien, l’air était lourd d’une histoire en train de s’écrire. Une centaine de fidèles, drapeaux tricolores agités comme des oriflammes de défi, scandaient son prénom en une litanie désespérée : « Nicolas ! Nicolas ! ». Accompagné de son épouse, Carla Bruni, dont le visage fermé trahissait l’émotion, l’ancien président de la République a salué une dernière fois ces partisans venus lui offrir un rempart de sympathie avant la chute.

Puis, la voiture a franchi les grilles. Direction : la prison de la Santé. Le voyage vers l’inédit, vers l’impensable.

9h40 : l’entrée de Nicolas Sarkozy dans l’histoire judiciaire

À 9h40, le véhicule s’est engouffré dans l’enceinte de la prison parisienne. Derrière les hauts murs, la nouvelle de son arrivée a électrisé l’atmosphère carcérale. Des détenus, aux aguets derrière leurs barreaux, ont lancé des cris qui résonnaient comme un accueil surréaliste : « Oh bienvenue Sarkozy ! », « Y a Sarkozy ! ». Une scène presque shakespearienne, où le puissant d’hier affronte les échos du monde qu’il a contribué à régir.

Quelques instants plus tôt, dans un ultime message sur les réseaux sociaux, l’homme d’État déchu s’était présenté en victime. « C’est un innocent que l’on enferme », avait-il martelé, promettant que « la vérité triomphera ». Mais, dans un souffle poignant, il concédait : « le prix à payer aura été écrasant ». Il évoquait alors sa « peine profonde pour la France », qu’il estime « humiliée par la vengeance » et la « haine portée à un niveau inégalé ».

L’instant est lourd de symbole : l’incarcération de Nicolas Sarkozy marque une première dans l’histoire de la Ve République. Condamné à cinq ans de prison, dont deux avec sursis, le 25 septembre 2025, pour « association de malfaiteurs » dans l’affaire des financements libyens de 2007, il rejoint les murs qu’aucun chef d’État n’avait franchis avant lui. Bien qu’il ait fait appel, la justice a ordonné son incarcération immédiate, invoquant « l’exceptionnelle gravité des faits ». La chute, cette fois, est définitive.

La contre-offensive et les secousses politiques

À peine la porte de sa cellule refermée, la machine judiciaire s’est remise en marche. Son avocat, Me Christophe Ingrain, a annoncé le dépôt d’une demande de mise en liberté. Devant les micros, il a dénoncé « une honte », jugeant ce placement sous écrou comme une injustice insupportable.

Cette requête, accompagnée d’une éventuelle proposition de bracelet électronique ou de contrôle judiciaire strict, sera examinée dans les semaines à venir. La bataille judiciaire ne fait donc que commencer.

Pendant ce temps, l’exécutif avance sur une ligne de crête. La visite annoncée du Garde des Sceaux à l’ancien président a suscité une vive polémique. Le ministre a évoqué un « devoir de vigilance », mais le procureur général Rémy Heitz a rappelé la nécessité d’une justice « rendue en toute sérénité ». Un avertissement à peine voilé dans une affaire où chaque geste, chaque mot, pèse lourd.

Ce matin du 21 octobre, ce n’est pas seulement un homme qui a perdu sa liberté, mais une République qui s’est confrontée à sa propre histoire. Entre les cris de soutien et les échos des cellules, Nicolas Sarkozy, devenu symbole d’une justice implacable, a basculé dans la légende noire du pouvoir.

Faye à Nairobi : l’hommage panafricain des héros

KITUI, Kenya – Sous un ciel clément du comté de Kitui, la solennité et le faste ont accompagné, ce lundi 20 octobre, la célébration de la Journée des Héros (Mashujaa Day). Invité d’honneur du président William Samoei Ruto, le chef de l’État sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, a pris part aux célébrations, aux côtés de la Première ministre mozambicaine, Maria Benvinda Levy, et des plus hautes autorités kényanes.

Cette journée, centrale dans le calendrier mémoriel du Kenya, honore les femmes et les hommes qui ont sacrifié leur vie pour la liberté et la construction nationale. Une symbolique qui a trouvé un écho particulier dans la voix du président sénégalais.

« Célébrer nos héros, c’est affermir notre avenir »

Dans une allocution remarquée, le président Faye a transcendé le cadre national kényan pour porter un plaidoyer résolument panafricain. « Célébrer nos héros, c’est préserver notre histoire et affermir notre avenir », a-t-il déclaré, devant un parterre de diplomates, de militaires et de citoyens.

Son message a insisté sur l’impérieuse nécessité d’une synergie mémorielle à l’échelle du continent. Pour lui, l’éducation, la recherche et la valorisation des figures de résistance doivent devenir les piliers d’un récit commun, capable de souder les nations africaines autour d’un héritage de lutte et de dignité partagé.

Une présence qui scelle une amitié

Au-delà des mots, la présence du président sénégalais à ce rendez-vous symbolique portait un sens diplomatique fort. Les défilés civils et militaires, les prestations culturelles et les hommages ont servi de cadre à la réaffirmation de la « profondeur des liens d’amitié et de fraternité entre le Sénégal et le Kenya ».

Sur sa plateforme officielle, le chef de l’État a résumé l’esprit de sa participation : « Un moment fort de mémoire et d’unité africaine, pour honorer ceux qui ont combattu pour la liberté et la dignité de nos peuples. »

Par ce déplacement, Bassirou Diomaye Faye continue d’incarner sa vision d’une Afrique souveraine et solidaire, unie dans le souvenir de ses héros pour mieux construire son destin commun. Un message d’unité adressé depuis le cœur mémoriel du Kenya.

Alerte sanitaire : la Fièvre de la vallée du Rift atteint Dakar

DAKAR – La menace sanitaire gagne du terrain. Le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique a annoncé, jeudi, la détection d’un premier cas de Fièvre de la vallée du Rift dans la banlieue de Dakar, précisément dans le district de Keur Massar. Une nouvelle qui marque une étape inquiétante dans la propagation de cette maladie virale, jusqu’alors concentrée dans les régions du nord et du centre du pays.

Selon le communiqué officiel, le Sénégal compte désormais 196 cas confirmés de cette fièvre hémorragique, dont un bilan lourd de 21 décès. Si 147 patients sont déclarés guéris, l’apparition du virus dans la capitale soulève le niveau d’alerte.

Saint-Louis, épicentre de l’épidémie

La cartographie du ministère est sans équivoque : la région de Saint-Louis reste l’épicentre de l’épidémie avec 179 cas recensés. Les régions de Louga (6 cas), Matam (8 cas) et Fatick (2 cas) sont également touchées. La confirmation d’un cas à Keur Massar prouve que le virus, souvent transmis par les moustiques ou par contact avec des animaux infectés, ne connaît plus de frontières géographiques.

Face à cette propagation, les autorités sanitaires lancent un appel solennel à la population. Elles exigent une « vigilance » accrue, le « respect scrupuleux des mesures de prévention » et une « collaboration active » avec les agents de santé pour contenir simultanément cette épidémie et celle de Mpox (ex-variole du singe).

Fatick se prépare à une nuit de désinfection

La réponse opérationnelle s’organise sur le terrain. À Fatick, où deux cas ont été enregistrés, la Brigade des services d’hygiène a programmé une vaste opération de saupoudrage anti-moustiques. Elle se déroulera dans la nuit de vendredi à samedi, de 23h à 4h du matin, a précisé le chef de la brigade, Ibou Diom.

« Les marchés et les lieux publics de la ville seront désinfectés pour soulager les populations des moustiques », a-t-il assuré. Cette action s’inscrit dans la continuité d’un plan de lutte déjà bien engagé : 542 salles de classe, 485 toilettes et 13 maisons ont déjà été traités. Des visites à domicile sont également menées pour sensibiliser à la gestion des ordures ménagères, facteur de prolifération des moustiques.

Alors que le Sénégal affronte une recrudescence de maladies liées à l’hivernage, la course contre la montre est lancée. L’enjeu : circonscrire la fièvre de la vallée du Rift avant qu’elle ne s’installe durablement dans les centres urbains densément peuplés.

L’Assemblée nationale s’organise : les 14 commissions permanentes installées

DAKAR – L’hémicycle a vibré ce vendredi sous le poids d’une décision structurante. Sous la présidence de Malick Ndiaye, l’Assemblée nationale a officiellement ratifié les listes des membres des 14 commissions permanentes, marquant une étape décisive dans la mise en place de sa machinerie législative.

« Les commissions permanentes de l’Assemblée nationale viennent d’être constituées », a solennellement déclaré le président de séance, Malick Ndiaye, après l’adoption à l’unanimité de cette résolution interne. Un vote qui ouvre la voie à un travail parlementaire approfondi, loin des projecteurs de la séance plénière, mais au cœur même de la fabrique de la loi.

L’épine dorsale du travail législatif

Ces commissions, véritables chevilles ouvrières de l’institution, sont les lieux où les textes législatifs sont décortiqués, amendés et préparés avant leur passage en séance publique. Elles représentent l’épine dorsale du travail parlementaire, permettant un examen technique et spécialisé des projets de loi.

Le panel des 14 commissions couvre l’intégralité des chantiers nationaux : des Finances à la Défense, en passant par l’Énergie, l’Éducation, la Santé, le Développement durable et l’Aménagement du territoire. Des Affaires étrangères au Développement rural, en passant par les Droits humains, chaque secteur d’activité du pays disposera désormais de son cénacle de spécialistes à l’Assemblée.

Une institution qui achève sa mue

Cette ratification s’inscrit dans la continuité de l’élection du bureau de l’Assemblée, intervenue le 15 octobre dernier. Elle parachève ainsi l’installation des principaux organes de gouvernance de l’institution, à l’exception notable de la présidence, dont le titulaire a été élu l’année précédente.

Dès 15h30, les députés se retrouveront pour une réunion de travail afin de désigner les bureaux de chaque commission – présidents, vice-présidents et rapporteurs – qui en piloteront les travaux.

Dans les couloirs du palais républicain, l’heure est à l’organisation. Avec ces commissions désormais opérationnelles, l’Assemblée nationale s’apprête à entrer dans le vif du sujet, promettant des débats nourris sur les dossiers cruciaux pour l’avenir du pays. La machine législative est huilée ; il ne lui reste plus qu’à se mettre en marche.

Michael Randrianirina, du cachot au palais : l’étonnant destin du « colonel de la refondation »

ANTANANARIVO – Il y a un an, il cuisinait et jouait au football en résidence surveillée, accusé de complot contre l’État. Ce vendredi 17 octobre 2025, le colonel Michael Randrianirina, 51 ans, devient le « président de la refondation » de Madagascar. Originaire de l’aride région d’Androy, son parcours épouse les soubresauts de l’histoire récente de la Grande Île.

Né en 1974 à Sevohipoty, Randrianirina s’engage d’abord comme gouverneur de l’Androy entre 2016 et 2018. Cette expérience lui permet de connaître intimement les difficultés d’une des régions les plus pauvres du pays.

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En novembre 2023, son destin bascule. Le général Richard Ravalomanana, alors allié du président Rajoelina et président du Sénat, ordonne son arrestation pour complot avant les élections controversées. Randrianirina reste en résidence surveillée dans un hôpital militaire avec son complice présumé, Thierry Rampanarivo. Début 2024, la justice le condamne à un an de prison avec sursis pour atteinte à la sûreté de l’État.

Libéré en février 2024, le colonel décrit une vie d’officier « dans l’ombre » : il travaille à la maison, cuisine et joue au football. Cette période ne freine pas son ambition. Selon l’analyste Velomahanina Razakamaharavo, son « attitude courageuse » et son image d’homme de foi issu de l’Église luthérienne renforcent sa légitimité.

Le ralliement populaire et la refondation

Le tournant survient en octobre 2025. Quand le collectif Gen Z descend dans les rues d’Antananarivo, Randrianirina refuse de réprimer les manifestants. Le 12 octobre, il demande même à ses troupes : « Ne tirez pas sur nos amis, nos frères, nos sœurs ».

En trois jours, le président Rajoelina s’exile. L’Assemblée nationale le destitue et l’armée prend le contrôle du pays. Investi devant la Haute Cour Constitutionnelle et décoré de la Grand Croix de première classe de l’Ordre national, Randrianirina promet d’organiser des élections dans « 18 à 24 mois maximum ».

Cependant, la communauté internationale reste prudente. L’ONU condamne un changement inconstitutionnel de pouvoir, tandis que l’Union africaine suspend Madagascar de ses instances. La France appelle à entendre les « aspirations profondes du peuple malgache ».

Homme de foi et de terrain, Randrianirina incarne désormais les espoirs d’une jeunesse lasse des coupures d’eau et d’électricité et du pillage des ressources. De sa cellule d’hôpital militaire au palais de la refondation, il a connu une ascension fulgurante et improbable. Le pays observe maintenant s’il saura transformer l’essai et écrire un nouveau chapitre pour Madagascar.

Madagascar : Michael Randrianirina investi « président de la refondation »

ANTANANARIVO – Vendredi 17 octobre 2025, l’histoire de Madagascar a bifurqué. Dans l’enceinte sobre de la Haute Cour Constitutionnelle (HCC), le colonel Michael Randrianirina est devenu le « président de la refondation ». Trois jours après la destitution d’Andry Rajoelina par l’Assemblée nationale et la prise de contrôle par l’armée, un nouveau chapitre s’ouvre sur la Grande Île, né d’un mouvement de protestation inédit et d’un putsch militaire.

Vêtu d’un costume civil mais arrivé juché sur un véhicule blindé, entouré de militaires armés et masqués, le nouvel homme fort a prêté serment. Le contraste était saisissant. Cette première prestation de serment à la HCC, organisée par « souci de sobriété », visait à ancrer dans le marbre de la loi une légitimité née dans la rue.

Un pouvoir né de la rue

Dans son discours inaugural, le colonel Randrianirina a dressé un réquisitoire sévère contre l’ancien régime. Dénonçant un « régime autoritaire » ayant plongé le pays « dans l’obscurité pendant des années », il a promis une « rupture avec le passé ». Son allocution a sonné comme un écho aux griefs de la jeunesse malgache, descendue dans les rues depuis le 25 septembre pour protester contre les coupures d’eau et d’électricité et réclamer un changement radical.

« Malheureusement, 65 ans après son indépendance, Madagascar figure encore parmi les pays les plus pauvres du monde », a-t-il lancé, dénonçant les « injustices, pillages des ressources et détournements de biens publics ». Le nouveau président a salué cette « jeunesse audacieuse » victime de ces abus, majoritairement issue de la Génération Z, qui a forcé le destin du pays.

Entre légitimité constitutionnelle et soutien militaire

La cérémonie, bien que sobre, n’en était pas moins significative. La présence de diplomates – français, suisse, allemand, ainsi que des représentants britanniques, chinois et de l’Union européenne – et d’anciennes figures politiques comme l’ex-président Marc Ravalomanana, envoyait un signal : la communauté internationale observe.

Pourtant, derrière les apparences constitutionnelles, la réalité du pouvoir reste teintée de militarisme. L’arrivée du colonel en blindé, escorté de soldats, rappelait le soutien crucial de l’armée – celui-là même qui, sous son impulsion, avait refusé de « tirer sur nos amis, nos frères, nos sœurs » manifestants.

Les défis de la refondation

Le nouveau pouvoir promet de « réparer les torts » subis par les victimes de la répression et de garantir les libertés fondamentales. Mais des doutes persistent. Un petit rassemblement s’est formé devant la HCC pour rappeler au régime naissant de « continuer à écouter la voix du peuple ».

Madagascar entre ainsi dans une période de transition incertaine, portée par les espoirs d’une génération et la poigne d’un colonel. La « refondation » est annoncée ; son accomplissement reste à écrire.

Faye reçoit le livre blanc sur le massacre de Thiaroye : Vers la vérité et la reconnaissance

DAKAR – Ce jeudi, le Palais de la République a vibré d’une émotion particulière. Le président Bassirou Diomaye Faye a reçu des mains du professeur Mamadou Diouf le Livre blanc sur le massacre de Thiaroye. Le Premier ministre Ousmane Sonko et plusieurs hautes personnalités étaient présents. Cette cérémonie marque une étape clé dans la quête de vérité sur les événements tragiques du 1er décembre 1944.

Ce Livre blanc résulte d’un long travail de recherche et de concertation. Le professeur Diouf a salué « une contribution scientifique et mémorielle majeure ». L’ouvrage, remis successivement au Premier ministre puis au chef de l’État, symbolise l’unité de l’administration sénégalaise autour de ce devoir de mémoire.

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Dans une allocution forte, le président Faye a affirmé : « Cette cérémonie ne célèbre pas un souvenir, elle consacre un acte de vérité. » Il a salué « une œuvre collective nourrie par la recherche, la conviction et le devoir ». Pour lui, ce travail représente « un récit par nous, pour nous », né du refus de laisser d’autres écrire l’histoire africaine.

Un devoir de mémoire pour éclairer l’avenir

Le chef de l’État a aussi évoqué les limites de la coopération française. Il a déploré le manque de transparence dans la transmission des archives, regrettant que la France ne partage pas encore tous les documents disponibles. Ce constat montre que le chemin vers la vérité complète reste long et exigeant.

Le président a ensuite encouragé la poursuite des fouilles archéologiques. Selon lui, « la vérité historique ne se décrète pas, elle se découvre ». Il a rendu un vibrant hommage aux Tirailleurs africains, rappelant que leur mémoire doit continuer d’éclairer la conscience du continent.

Pour Bassirou Diomaye Faye, ce Livre blanc ne se limite pas à revisiter le passé. Il doit inspirer les générations futures à bâtir une Afrique de paix, de justice et de fraternité. Par cet acte, le Sénégal affirme plus que jamais sa volonté d’écrire sa propre histoire, avec lucidité et dignité.

Le livre, pilier de la nouvelle souveraineté culturelle

Le Président Bassirou Diomaye Faye a présidé ce jeudi l’ouverture du premier Forum national sur le Livre et la Lecture, dessinant les contours d’une ambitieuse politique culturelle centrée sur la « renaissance du livre ».

DAKAR – Dans une salle comble, face aux acteurs d’un monde littéraire longtemps resté dans l’ombre, le Président de la République a tenu des propos qui résonneront longtemps. Ce jeudi 16 octobre 2025, Bassirou Diomaye Faye a ouvert le tout premier Forum national sur le Livre et la Lecture, un événement historique qui place la culture au cœur du projet de société sénégalais.

« Le livre libère »

D’entrée, le Chef de l’État a donné le ton, avec un discours où chaque mot pesait son poids de sens. « Le livre n’instruit pas seulement : il libère, inspire et façonne les aspirations des peuples ainsi que les idéaux des Nations », a-t-il affirmé, devant un parterre d’écrivains, d’éditeurs et de bibliothécaires visiblement émus. Pour le Président Faye, le livre n’est pas un accessoire culturel, mais l’instrument essentiel pour bâtir « le Sénégal souverain, juste et prospère que nous voulons ».

Les « bâtisseurs invisibles »

Dans une allocution remarquée, le Chef de l’État a rendu un hommage appuyé à tous les maillons de la chaîne du livre, ces « bâtisseurs invisibles de notre humanité commune ». Un geste fort envers des professionnels souvent oubliés des politiques publiques, mais dont le travail participe directement, selon lui, à la construction de l’identité nationale.

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Au-delà des déclarations de principe, le Président a annoncé des mesures structurantes. Modernisation des bibliothèques, renforcement de toute la filière du livre, promotion active des publications en langues nationales : autant d’axes concrets qui traduisent une volonté politique sans précédent. Il a également évoqué la réinvention de la Foire internationale du livre et du Salon national du Livre, avec l’ambition affichée de faire de Dakar un pôle culturel continental de premier plan.

L’Agenda 2050 comme boussole

Ce forum s’inscrit résolument dans la mise en œuvre de l’Agenda national de Transformation 2050, qui fait du savoir et de la culture des leviers stratégiques du développement. « Ma volonté est claire : faire du livre un pilier du développement et du rayonnement du Sénégal », a martelé le Président Faye, promettant un accompagnement durable de l’État.

Alors que le Sénégal engage sa mue culturelle, ce forum historique pourrait bien marquer le début d’une nouvelle ère. Celle où le livre, libéré de son statut marginal, deviendra le compagnon de route d’une nation en quête de sa pleine souveraineté intellectuelle.