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Programmes d’investissements du PSE: Les économistes en désaccord sur les priorités

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A l’image du consultant bancaire Mohamed Dia et du Premier ministre Mahammed Dionne, certains économistes sénégalais ont des opinons diamétralement opposées sur les investissements prioritaires du régime de Macky Sall. C’est ce qui ressort des entretiens que Maïssa Badou et Ousmane Biram Sané ont accordé à EnQuête.

“Le PSE de Macky Sall envoie le Sénégal droit dans le mur”. Cette phrase est du consultant bancaire sénégalais Mohamed Dia, dans une tribune publiée sur le site du journal français Le Monde du vendredi 24 août. ‘’Avec le Plan Sénégal émergent (PSE), initié en 2014 par le président Macky Sall, le pays s’est lancé dans la construction d’infrastructures pour favoriser le développement économique. Hélas ! Les ressources mobilisées pour ces projets sont mal allouées et cela va créer une situation désastreuse, irréversible. Ces investissements sont improductifs et pourraient freiner notre croissance’’, a-t-il ajouté.

Cette sortie intervenue dans la période d’élaboration de la phase 2 du Pse n’a pas laissé indifférent le gouvernement, le chef en particulier. En effet, deux jours après cette publication, le Premier ministre en personne a écrit une contribution pour répondre à M. Dia et défendre le plan du Président Macky Sall. ‘’En dotant le Sénégal, pour la première fois de son histoire, d’une vision à moyen et long terme qui se fonde sur une combinaison réfléchie et intégrée d’une transformation structurelle de notre économie et en même temps de la revalorisation de notre capital humain, dans un cadre rénové d’intégrité et de gouvernance publique, le Président Macky Sall a véritablement fait le choix d’un Sénégal de tous et d’un Sénégal pour tous qui place notre pays, le Sénégal, de manière irréversible, sur la voie d’une émergence inclusive et d’une prospérité retrouvée et partagée’’, a rétorqué Mahammed Boun Abdallah Dionne. Avec le Pse, ajoute-t-il, le pays ‘’apprend à bien marcher sur ses deux pieds’’.

Interpellés sur cette polémique sur la pertinence des investissements prioritaires en cours de réalisation, les économistes ont eu des avis divergents. Pour Maïssa Badou, on ne peut pas mettre en avant des infrastructures ‘’extrêmement coûteuses’’ dont la rentabilité est aussi ‘’douteuse’’ pour développer un pays. ‘’En premier lieu, ils ont un problème de priorités. Dans un pays qui se cherche encore, je ne peux pas comprendre qu’on mette en avant une arène de lutte ou une aréna, alors qu’on peine à orienter les étudiants par défaut d’universités. Pendant 7 ans, on n’a pas pu orienter tous les étudiants. On va peut-être forcer Diamniadio en octobre pour des raisons de campagne électorale’’, affirme l’économiste joint par téléphone hier par EnQuête. Concernant Ila Touba, il renchérit qu’avec les 5 entrées de l’infrastructure, le trajet peut coûter au chauffeur ‘’10 000 F CFA’’.

Sur ce, M. Babou ne voit pas l’intérêt pour un transporteur d’emprunter cette voie, sauf en cas d’urgence. Maïssa Babou estime que les habitants de Touba ont ‘’besoin d’autres choses’’, telles que des dispensaires, hôpitaux, réseaux d’assainissement, etc. Ce qui fait dire au Pr d’économie que l’ordre des priorités des projets est à ‘’revoir’’. ‘’Ils sont en train d’inverser les rôles pour des raisons électoralistes. Même si on est de Fatick et qu’on aime la lutte, ça ne justifie pas qu’on construise une arène à la place d’un hôpital ou d’une université. Ça, c’est le propre des pays qui marchent sur la tête. La Francophonie nous a coûté presque 87 milliards de francs CFA, alors que ce n’était pas une priorité. Si on regarde les investissements majeurs du gouvernement, globalement, on se rend compte qu’il y a un problème’’, a-t-il dit.

Maïssa Babou : ‘’Parler de Train rapide, c’est se moquer des gens’’

Pour ce qui est du Train express régional (Ter) dont la livraison est prévue le 14 janvier 2019, selon le Pm, Maïssa Babou est du même avis que le consultant bancaire Mohamed Dia. Pour lui, ‘’parler de Train rapide, c’est se moquer des gens’’. D’après M. Badou, le Train express régional (Ter) coûte 1000 milliards de francs CFA et doit s’arrêter 10 fois sur une distance de 57 km. ‘’Quand on est dans un investissement de ce niveau, la rentabilité ne pourra jamais se faire si le prix du billet n’est pas calé à 3000 F CFA au minimum. Il faut être conséquent. S’il fallait faire un train, on pouvait en faire un qui ne coûterait pas 200 milliards de F CFA. On n’a pas besoin d’un Ter’’, dit-il. Donc, l’économiste soutient que ce train aurait dû être amené au Fouta, vu que cette localité ‘’souffre de désenclavement’’. Le problème de transport pose un ‘’vrai défi’’ pour le développement de cette zone.

En fait, Maïssa Babou est catégorique. Pour lui, quand on veut mettre en avant des investissements de prestige, on ‘’fausse’’ le chemin du vrai développement qui doit être celui local. Cet interlocuteur affirme qu’avec l’élaboration de la 2ème phase du Pse, pour la période 2019-2023, le gouvernement ne peut pas gagner le pari de l’émergence. ‘’Nous sommes trop mal partis. Le problème actuel du Sénégal est lié à l’endettement. Nous sommes bloqués. Nous sommes presque à 61%, selon les chiffres officiels. Mais officieusement, ça dépasse ce taux. Actuellement, le Sénégal doit son salut à la manne pétrolière et au gaz. Tous les nouveaux prêts seront adossés à ces ressources’’, fait-il savoir.

D’ailleurs, il pense que le gouvernement est en train de ‘’vendanger’’ les ressources alors qu’on n’a même pas commencé l’exploitation. ‘’Ce n’est même plus une question de signatures pour le Sénégal, mais celle de ressources naturelles disponibles. Or, le pays n’a que 10% de ces ressources. Il faut noter que tous les pays qui ont du pétrole en Afrique ont des problèmes. C’est le cas du Gabon, du Congo. Quand on veut engager le Pse 2, ce sera forcément sur la base d’endettement. Car le pays n’a pas de ressources propres pour financer son développement’’, relève-t-il. Pour le Pr Babou, il fallait, dès 2012, s’orienter vers le développement. M. Babou soutient que ce plan, conçu par des spécialistes américains, ‘’n’est pas propre au Sénégal’’. ‘’Si le Pse est bien écrit, il est mal exécuté. Quand on dit transformation structurelle de notre économie, qu’est-ce qu’on a fait de notre arachide ? Au lieu de transformer ça, on l’exporte de façon brute. Ils n’ont rien fait à ce niveau’’, regrette Maïssa Babou.


Ousmane Biram Sané : ‘’On peut tout reprocher à Macky Sall sauf la clarté et la pertinence de sa vision économique et sociale’’

Contrairement à ce dernier, l’économiste-financier Ousmane Biram Sané certifie que c’est ‘’la première fois’’ qu’un président de la République est ‘’élu’’ sur la base d’un programme économique. Il s’agit du ‘’Yoonu Yokkute’’ qui, pour lui, est une vision à long terme. ‘’Quand il est arrivé au pouvoir, il a mis des experts dessus, ce qui a donné le Pse. On a toujours reproché aux dirigeants africains d’avoir une courte vision de l’horizon économique de leur politique. Avec l’arrivée de Macky Sall, il y a un horizon programmatique.

C’est un plan qui est très cohérent. Il est en train de le déployer avec Programmes d’actions prioritaires. Tous les pays marchent en fonction de ce plan. C’est un plan qui peut survivre aux deux mandats du président Macky Sall’’, défend-il. Ainsi, l’ancien directeur national de la Bourse régionale des valeurs mobilières (Brvm) s’est inscrit en faux par rapport à l’article de Mouhamed Dia et à l’opinion de M. Babou. Pour M. Sané, le Ter, même s’il est ‘’coûteux’’, il faut voir ce qu’il rapporte en termes de mobilité dans la mégalopole de Dakar. ‘’Quand on cherche de la croissance économique, on cherche également de la production, du travail. Cela suppose qu’un travailleur arrive dans son lieu de travail à l’heure et reparte à l’heure et en bonne santé. Il ne perd pas du temps dans les embouteillages immenses que Dakar connaît. Donc, si on amène un système de transport rapide qui est le Ter, couplé au Bus rapid transit (Brt), on est en train de résoudre le problème de mobilité du transport, d’accroissement de la productivité. C’est celle-ci qui va soutenir la croissance’’, explique-t-il.

Pour ce financier, il n’y a pas suffisamment d’infrastructures au Sénégal. D’ailleurs, admet M. Sané, quand on juge par la subsistance des abris provisoires et l’état des infrastructures hospitalières, ça peut être noté comme un ‘’point faible’’ de la politique d’investissement du Président Macky Sall. De ce fait, il a salué le Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc) et le Programme d’urgence de modernisation des axes et territoires frontaliers (Puma) destinés à déconcentrer l’investissement en infrastructures dans l’intérieur du pays. ‘’On peut tout reprocher à Macky Sall sauf la clarté et la pertinence de sa vision économique et sociale. Les investissements que l’Etat fait pour l’accès à l’eau à Dakar sont rattrapés par la démographie galopante, l’industrialisation, le boom économique. Aucun pouvoir ne peut se passer des investissements de mise à niveau réguliers pour Dakar. Tout est concentré ici. La capitale est à elle seule une sur-priorité’’, signale-t-il. L’économiste pense qu’un investissement de mobilité urbaine devient ‘’une urgence’’.

Par rapport à l’accès à l’eau, Mouhamed Dia a indiqué dans sa contribution qu’une ‘’usine de dessalement de l’eau de mer coûte 135 milliards de francs CFA et aurait réglé le problème de l’eau une bonne fois pour toutes’’.

Il faut noter que le consultant bancaire a aussi soutenu qu’à ce rythme d’investissement des projets d’infrastructures, le Sénégal ‘’court à la faillite’’. Ce que nie catégoriquement M. Sané. ‘’Toutes les institutions financières crédibles acceptent que le niveau d’endettement du Sénégal est conforme à la norme édictée par l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa). Je ne vois pas de quoi s’alarmer’’, rassure-t-il. Toutefois, M. Sané reconnaît qu’il faut étudier davantage les conditions de prêts des dettes commerciales. ‘’Parfois, c’est des taux assez chers et qui seront douloureux au moment du remboursement. Les taux d’intérêts sont très élevés et les maturités assez longues. Mais l’Etat pourra, avec des perspectives qui se présentent en termes de pétrole et de gaz, essayer de restructurer sa dette. Il faut reconnaître qu’on n’est pas en situation de surendettement, il faut même optimiser les conditions d’endettement pour que le service de la dette soit soutenable à notre Pib’’, poursuit l’économiste.

Aujourd’hui, la contribution du secteur du tourisme dans le Produit intérieur brut (Pib) explique, selon lui, la finalisation de l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd). D’après ce consultant, la compétition des pays sur le plan touristique, c’est le nombre de nuitées qu’ils vendent par an, le nombre de grandes conférences qu’ils tiennent. ‘’De ce point de vue, l’aéroport de Dakar ne répondait plus aux contraintes de compétitions touristiques internationales. C’est pourquoi Aibd a été finalisé par le Président Macky Sall. Couplé à cela, un centre de conférence Abdou Diouf qui, quoique cher, contribue à faire du Sénégal une plaque tournante des grandes conférences internationales, lesquelles ont des retombées économiques, sociales, politiques et diplomatiques au pays. Le pont de Farafenni désenclave définitivement la région sud’’, signale-t-il.

Aujourd’hui, si M. Dia qualifie le PSE d’irréaliste, de plan ‘’égoïste conçu pour fournir à court terme un bilan au chef de l’Etat, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2019’’, M. Sané rétorque que le bilan, c’est l’enjeu dans une démocratie. ‘’Le parti qui gouverne en a besoin, et l’opposition a aussi besoin de le discréditer. Tant qu’on est un bon gouvernement, on a une feuille de route, avec des évaluations d’étapes. Dans tous les cas, il est incontestable qu’à partir du Pse, on est en train de renouer avec le chemin de la croissance’’, argumente l’ancien Directeur national de la Brvm.


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