La décision de la CAF apres la finale de la CAN alors remportée par le Sénégal ravive les tensions entre Dakar et Rabat, sur fond de relations anciennes et stratégiques.
Le Sénégal et le Maroc entretiennent des relations anciennes, mais celles-ci traversent une zone de turbulences depuis la finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), initialement remportée par le Sénégal avant d’être attribuée au Maroc sur décision administrative.
À Dakar, notamment sur la rue Mohamed V, connue pour abriter des commerçants marocains, la vigilance est de mise. Un dispositif policier y est visible, même si aucun incident majeur n’a été signalé. Cette prudence intervient après la décision de la Confédération africaine de football de retirer, le 17 mars, le titre au Sénégal, invoquant l’abandon temporaire de la pelouse par les joueurs après un penalty accordé au Maroc.
À contre-courant de cette décision, le président Bassirou Diomaye Faye s’est affiché publiquement avec le trophée, marquant ainsi une forme de contestation symbolique. Dans la foulée, le Sénégal a saisi le Tribunal arbitral du sport pour contester cette décision.
Un climat tendu mais maîtrisé
Malgré ces tensions, la situation reste loin d’une crise diplomatique ouverte comme celle de 2008, qui avait conduit au rappel des ambassadeurs. Toutefois, des appels au boycott de produits marocains ont émergé sur les réseaux sociaux.
Le 18 mars, Dakar a également demandé l’ouverture d’une enquête internationale pour des soupçons de corruption au sein des instances de la CAF. Une initiative perçue comme sensible par certains observateurs, qui redoutent des répercussions sur les relations bilatérales.
Par ailleurs, des déclarations de responsables sportifs sénégalais évoquant une influence marocaine au sein de la CAF ont contribué à alimenter les tensions.
La question des supporters au cœur des crispations
Un autre point de friction concerne la détention au Maroc de 18 supporters sénégalais, condamnés pour hooliganisme après des incidents survenus lors de la finale. Leur procès en appel a été renvoyé au 13 avril.
À Dakar, plusieurs manifestations ont réclamé leur libération, certains les qualifiant d’« otages ». Le Premier ministre Ousmane Sonko a regretté cette situation, estimant qu’elle dépasse le cadre strict du sport.
Des relations profondément ancrées
Malgré ces tensions, les liens entre les deux pays restent solides. Des observateurs rappellent le caractère unique de cette relation, fondée à la fois sur des bases diplomatiques, économiques et culturelles.
Les échanges religieux jouent également un rôle clé, notamment à travers la confrérie tidiane, dont le fondateur, Cheikh Ahmed Tidiane, repose à Fès, destination privilégiée de nombreux fidèles sénégalais.
Sur le plan économique, le Maroc demeure un partenaire important du Sénégal, avec des investissements significatifs dans plusieurs secteurs, notamment les infrastructures, la finance et l’énergie.
Entre tensions sportives et intérêts communs
Au niveau diplomatique, les deux pays continuent de partager des positions communes sur certaines questions internationales, notamment le dossier du Sahara occidental.
Face à la montée des tensions, plusieurs voix appellent à l’apaisement. Pour l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères Cheikh Tidiane Gadio, un différend sportif ne saurait remettre en cause des relations construites sur plusieurs décennies.
Ainsi, malgré les crispations liées à la CAN, Dakar et Rabat semblent déterminés à préserver une coopération stratégique jugée essentielle de part et d’autre.




