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Les détenus de la maison d’arrêt de Louga réinsérés par l’agriculture

maison d'arrêt de Louga
La Maison d’arrêt de Louga offre à ses pensionnaires majeurs en fin de détention et ayant une bonne conduite, l’opportunité de préparer leur réinsertion sociale à travers des activités champêtres volontaires et rémunérées.
A l’entrée de la ville de Louga, sur la partie faisant face aux installations d’une usine de produits industriels et agricoles s’étendent des champs à perte de vue. C’est ici que ces détenus ont l’occasion d’exercer des activités champêtres.
De loin, on aperçoit de chaque côté des groupes d’individus qui travaillent activement. Ils sont en train de récolter les premières productions de niébé et d’arachide.
L’on se croirait presque dans le cadre de travaux ordinaire, mais à l’approche, des gardes pénitentiaires attirent l’attention. Ils sont en train de surveiller des détenus de la Maison d’arrêt de Louga en plein travaux champêtres.
Certains détenus baissent la tête à notre passage tandis que d’autres s’activent bruyamment et se perdent parfois au milieu des cultures qui dépassent leurs genoux. C’est dans ce champ 10 ha qu’ils préparent leur réinsertion sociale à la fin de leur détention.
’’Nous sommes là aujourd’hui, pour la première récolte de niébé et d’arachide de ce champ d’une superficie de 10 ha. Ces terres appartiennent à la MAC de Louga. C’est une activité de préparation à la réinsertion sociale des détenus’’, a expliqué l’inspecteur régional de l’administration pénitentiaire de Saint-Louis et Louga, Serigne Cheikh Bakhoum.
Selon M. Bakhoum, la MAC exploite ce champ ’’pour permettre aux détenus de s’occuper et de lutter contre l’oisiveté à l’intérieur des établissements pénitentiaires, mais leur permettre d’avoir un pécule pour qu’à leur sortie, ils puissent investir en milieu ouvert’’’.
’’Les ventes issues de cette récolte seront divisées en deux parties. 80% seront destinés aux détenus et 20% à l’amortissement du matériel. Sur ces 80%, les 1/3 reviendront à l’établissement pénitentiaire et les 2/3 aux détenus’’, a-t-il fait savoir.
’’Nous en sommes à notre deuxième année d’exploitation. L’année dernière la pluviométrie n’était pas bonne et nous avions fait une faible production. Mais cette année, nous espérons faire de bonnes récoltes’’, a-t-il dit.
     Se porter volontaire, avoir une bonne conduite
Selon l’inspecteur Bakhoum, 30 détenus ont été sollicités pour l’activité du jour, mais seule une dizaine est présente régulièrement. Ils sont sélectionnés suivant des critères bien définis.
’’Nous ne prenons pas n’importe qui, mais des détenus majeurs, condamnés définitifs et volontaires. Le volontariat est important. Il ne s’agit pas de faire du travail forcé. Ce sont les détenus eux-mêmes qui se portent volontaire. Il doit aussi avoir une bonne conduite et faire preuve de gage sérieux de réadaptation sociale’’, a-t-il expliqué.
Pour Serigne Cheikh Bakhoum, c’est ’’un devoir’’ pour la société d’apprendre un métier au prisonnier pour sa réinsertion sociale après sa détention.
’’Les prisons regorgent de potentiels qui doivent être exploités. Il y a une main-d’œuvre pénale disponible, jeune rigoureux et en bonne santé, disciplinée. Et pour relever le défi en matière de sécurité alimentaire, nous pouvons faire de la prison le fer de lance de cette politique’’, a estimé Bakhoum.
Cependant, il a précisé, il revient à l’Etat d’appuyer les MAC en matériel agricole tandis que les collectivités locales peuvent mettre les terres à leur disposition.
’’Les collectivités locales doivent lever tout ce qui est stigmate. Les détenus ont vocation de venir un jour dans la société’’, soutient M. Bakhoum qui plaide aussi le partenariat public-privé.
’’Nous tendons la main au secteur privé. Il y a un fort potentiel en prison pour pouvoir réaliser ce qu’on appelle les projets à forte intensité de main-d’œuvre pénale’’, a-t-il souligné.

             Réalisations et perspectives
La maison d’arrêt propose plusieurs activités en saison sèche et en saison des pluies, selon son directeur.
’’Durant la saison sèche, nous faisons des activités de maraîchage , de jardinage. L’aviculture est aussi pratiquée, nous avons un poulailler de mille sujets au niveau de la MAC’’, a dit le Lieutenant, Sidy Sall.
’’Un détenu qui est condamné à un an s’il fait un mois, il a épuisé son capital de sommeil qui était en lui, on essaie de l’occuper et de libèrer son esprit et lui permettre d’avoir un pécule pour qu’à sa sortie, il puisse investir dans d’autres secteurs’’, explique-t-il.
Serigne Cheikh Bakhoum rappelle que l’inspection régionale de l’administration pénitentiaire s’étend sur les établissements pénitentiaires de Saint-Louis, Louga Linguère, Dagana et Podor.
’’Ici à Louga, nous faisons de l’agriculture, de l’aviculture, maraîchage . Les femmes font de la teinture et couture et les mineurs font l’enseignement’’, a dit M. Bakhoum.
A Saint-Louis, a-t-il poursuivi, les détenus font de la pisciculture, de l’aviculture. D’ailleurs, 25 d’entre eux ont bénéficié grâce à une convention signée avec le 3FPT, d’une formation en menuiserie bois.
A Podor, l’inspection régionale développe une activité rizicole. Une convention a été nouée avec un GIE pour exploiter trois hectares de riz. A Dagana aussi, les détenus exploitent un champ.
’’Nous voulons gagner en envergure. Nous avions signé une convention avec la SAED et l’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA) pour disposer de terres au niveau des collectivités locales et bénéficier de l’accompagnement de l’Etat’’, informe M. Bakhoum.
L’administration veut développer de projets, cette année, dit-il.
’’Avec le ministre de la Justice, nous avons un projet de faire de l’embouche bovine à Louga. Nous allons faire venir des vaches de la Hollande’’, explique-t-il.
En détention depuis quelques années, Bath Gueye a l’opportunité de préparer sa réinsertion grâce à ces activités champêtres.
’’Le travail se passe bien et nous remercions les gardes pénitentiaires. Nous travaillons en toute tranquillité sans aucune pression. L’année dernière, j’étais là et cette année je suis revenu. S’il y avait une quelconque difficulté, je ne serai pas venu puisque c’est une activité volontaire’’, explique-t-il.
Cette activité revêt une grande importance pour lui et ses codétenus, car étant payés après chaque vente.
’’L’argent gagné, nous le gardons pour préparer notre sortie. C’est ici que j’ai appris le métier d’agriculteur et cette année j’encadre les nouveaux venus’’, dit-il.
Iba Ndiaye, un autre prisonnier abonde dans le sens. ’’Je suis très content. Grâce à cette activité, nous avons la possibilité de sortir, de travailler et de mettre de côté de l’argent. C’est un plaisir pour nous de mener cette activité’’, soutient le détenu qui est à un mois de la sortie après deux années de détention.

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